La musique, c'est du bruit qui pense.

Patti Smith / Cité de la musique / 20.01.2011

Publié le 21 janvier 2011 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Fictions | 7 commentaires »

La dernière fois que j’avais vu Patti Smith en concert, je marchais. C’était l’été dernier, juste avant que je me fasse faucher par cette putain de bagnole. Ce soir je retournais la voir sur ce fauteuil roulant dont je n’arrivais pas à me défaire depuis.

Moi qui adorais les concerts, j’avais complètement arrêté d’aller en voir. Quelques semaines après l’accident, encore bien esquinté, j’avais tenté le coup. Je m’étais retrouvé parqué avec d’autres handicapés. Trop normal pour me sentir à ma place avec eux, trop abimé pour rester parmi les valides. Et puis je ne supportais plus de voir tous ces gens se trémousser en rythme. Les médecins m’avaient promis que je remarcherais un jour, mais pour ça il fallait que je travaille. L’épreuve me semblait trop dure, comme ça m’était souvent arrivé dans ma vie, je préférais miser sur ma paresse et passer mon temps à me morfondre au fond de mon fauteuil.

Pourtant ce soir-là à la Cité de la musique, je sais que les choses seront différentes. Pour la première fois depuis longtemps je me sens à égalité avec les autres spectateurs. Ici tout le monde est assis, personne pour m’enfoncer un peu plus au fond de cette machine froide qui me sert de fauteuil.

Quand Patti rentra sur scène un frisson me parcourut des pieds à la tête, la dernière fois que je l’avais vue en concert, je marchais.

Ce soir, elle donne un concert acoustique, sans batterie. Cette absence d’électricité résonne en moi comme l’absence d’influx nerveux dans mes jambes. Cette scène sans batterie me rappelle que je ne sens désormais plus le sang battre à la mesure de mon coeur dans mes membres inférieurs. Ce concert amputé me balance mon image en pleine gueule. Et pourtant, j’encaisse.

Patti Smith

Au fil des chansons, je commence à comprendre que ce manque n’en est finalement pas un. Avec des guitares acoustiques et sans rythmique, le groupe arrive à restituer une intensité que je n’aurais jamais cru possible. Entourée de ses sept musiciens, Patti s’appuie sur leur talent, en premier lieu desquels Lenny Kaye, le complice de toujours qui a accepté de débrancher sa guitare pour elle et sa fille Jesse Smith au piano. Tony Shanahan à la basse tient également son rang en élevant son instrument comme l’un des éléments central du set. Il sait la faire résonner parfaitement en écho de l’indispensable guitare de Luca Lanzi. Les deux seuls instruments électriques de la scène. Comme s’ils étaient là pour allumer cette émanation qui permet d’embraser les autres instruments.

Quand raisonnent les premières notes de Because The Night, il devient difficile de se retenir. Je vois juste à ma gauche une première personne se lever et se mettre à danser dans l’allée. Ce que je craignais se produit alors, une véritable marée humaine commence à affluer des rangées de fauteuils, me réduisant ainsi une nouvelle fois à mon piètre statut d’éclopé. J’avais rarement vu la Cité de la musique prise d’une telle crise d’hystérie.

Pourtant face à cette foule debout je n’ai cette fois-ci pas la haine. Je suis même absolument subjugué par Patti Smith, plus revendicative et porteuse d’espoir que n’importe quel gamin désabusé de 2011. « The future is now ! » déclame-t-elle au milieu des magnifiques vers récités en introduction de Beneath The Southern Cross. Il me devient tellement, difficile de résister à tellement de sincérité que je laisse finir par couler quelques larmes. Puis comme subjugué par l’émotion, je m’agrippe à l’épaule de mon voisin et me hisse péniblement sur mes jambes tellement frêles, sentant cet influx électrique et ces battements les parcourir de nouveau.

La dernière fois que j’ai vu Patti Smith en concert, je marchais. La prochaine fois, c’est sûr, je marcherai.


Ava / China Club / 18.01.2011

Publié le 18 janvier 2011 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Fictions | 4 commentaires »

Cela faisait plusieurs mois qu’il n’était pas allé au cinéma. Il avait pourtant fini par se laisser tenter par Poupoupidou. Une belle blonde, Jean-Paul Rouve et une histoire qui se passait dans le Jura, sa région d’origine, avaient fini par le convaincre. Il était finalement ressorti du film en ayant découvert Ava, le groupe qui en avait composé la BO.

Ava

En recherchant le lendemain d’où venait ce groupe, il comprit rapidement qu’un de leur concert été prévu au China Club. Il n’y avait jamais mis les pieds, mais n’hésita pas très longtemps. Le froid était revenu sur Paris ce soir-là. En entrant dans le China Club, il reçu donc la chaleur du lieu en pleine face. Il fut tout de suite séduit par l’ambiance de bar à opium du restaurant, ce lieu dégageait une ambiance coloniale qui lui plaisait bien. Mais c’est au sous-sol que le concert d’Ava était prévu. Là on se croyait plutôt dans un fumoir à cigare, une odeur qui lui manquait tant depuis qu’il avait arrêté d’en fumer, il y a bien longtemps.

Dans ce cadre, la première partie du concert était parfaite. En simple duo acoustique, Ava déroulait ses chansons en anglais de manière absolument parfaite. Caché derrière sa mèche, le chanteur maniait sa voix si androgyne à merveille. Ces chansons faisaient aussi bien penser à l’univers enneigé du film qu’à un coucher de soleil au bord d’une plage du Pacifique. Cette universalité l’avait réellement touché. Il profita de la pause pour reprendre un deuxième whisky.

Installé dans son fauteuil club, il avait de plus en plus envie de ce fichu cigare qui lui manquait tant.

Puis le groupe revint pour une deuxième partie. Cette fois-ci, quatre nouveaux musiciens accompagnaient le duo. Il fallait donc s’attendre à bien plus d’énergie. Il fut d’abord surpris par les paroles désormais en français. Cela le chagrinait même un peu. Amoureux de Bashung et Gainsbourg, il avait toujours du mal avec la simplicité de certains artistes francophones dans ce domaine. Il remarqua aussi que la composition des chansons avait radicalement changé. On était là bien plus proche d’une collection de tubes FM que de chansons à fleur de peau. Étonnant de voir tant de schizophrénie en un même groupe.

Le concert terminé, il sorti du China Club, croisa un tabac encore ouvert. Il ne put s’empêcher d’acheter un Cubain. Il resta ainsi dans la rue dix minutes à sentir ces feuilles de tabac. Arrivé chez lui, il lança la BO du film, choisit Chemistry, se versa un dernier verre de whisky et finit par allumer son cigare. Le moment était parfait.


Arandel + Francesco Tristano / Café de la Danse / 15.01.2011

Publié le 16 janvier 2011 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Fictions | 2 commentaires »

Une semaine qu’elle se préparait pour venir au Café de la Danse. Avant, elle ne connaissait pas du tout InFiné, mais elle savait qu’il fallait être là. Le matin même, elle avait lu un article dans Libération qui l’avait conforté dans son choix. Cette soirée serait sold out ou ne serait pas.

Elle ne savait pas vraiment comment s’habiller. Elle n’était jamais venue au Café de la Danse. Le Rex Club elle connaissait bien, mais les salles de concert n’étaient pas vraiment son fort. Surtout pour des artistes hybrides comme ceux sur scène ce soir. Elle avait été retournée par l’album d’Arandel, In D : une forte inspiration techno soutenue par une esthétique très analogique. Francesco Tristano l’avait en revanche beaucoup moins convaincue. L’album d’Aufgang avait bercé son année 2009, mais son album solo l’avait laissée sur sa faim.

Arandel

Cheveux roux, peau diaphane, robe rouge, large ceinture tombant sur les hanches, grandes bottes marron : ce qui était certain, c’est qu’on la remarquerait ce soir. Déjà dans la queue qui s’étendait jusque dans la rue de Lappe, elle sentait les regards se tourner vers elle. Elle était arrivée pourtant parmi les premières dans une salle déserte et avait donc atterri dès son entrée au bar de l’étage. De fil en aiguille et de rencontre en rencontre, elle avait fini par boire plus que de raison sans se rendre compte qu’Arandel jouait déjà depuis un quart d’heure.

Plutôt que de descendre dans la micro fosse du Café de la Danse, elle avait choisi de regarder le concert depuis l’étage. La vue sur les musiciens était imprenable : elle les voyait derrière leurs machines, accueillir leurs invités s’appropriant une guitare, un piano ou un theremin. Elle était même impressionnée par leur maitrise de la flute traversière et du saxophone. Elle avait loupé Arandel il y a quelques mois au Batofar, mais ne pouvait s’empêcher d’être entièrement absorbée par sa musique.

Ici tout était moite. Les mélodies vaporeuses se trouvaient rapidement soutenues par un beat sensuellement insupportable.

Depuis une heure, la progression était de plus en plus palpable. Rien n’y personne ne pouvait arrêter cela, des cris dans la foule prouvaient que le public était touché par la sincérité de l’ensemble. Même vu de l’étage, sans un son très enveloppant , le résultat était parlant.

Francesco Tristano

Elle fut d’autant plus déçue par Francesco Tristano. Seul au piano, l’un des tiers d’Aufgang s’annonçait prometteur. Son album, Idiosynkrasia, était loin de faire l’unanimité. Il était pourtant précédé d’une immense réputation sur scène. Dès les premières mesures, elle tentait d’entrer dans le son du pianiste. Les basses parlaient à son corps, la quadriphonie à son cerveau. Elle pouvait difficilement se retenir de se dandiner sur cette musique.

Son décolleté attirait les regards des hommes autour d’elle, pourtant aucun n’osait l’aborder, absorbée qu’elle était par le son. Elle avait mal dormi et son cou était tendu, elle tentait alors de se décontracter les cervicales en tournant sa tête dans tous les sens. Ses mains la massaient en attente d’autres plus masculines dont elle rêvait. Parfois les beats osaient enfin soutenir les mélodies au piano, il lui était difficile de résister à l’envie de rester dans la fosse. Pourtant, les longs passages calmes l’incitèrent à reboire quelques verres à l’étage. Elle le regretta rapidement en entendant cette reprise du Strings Of Life de Derrick May qui vint clore la prestation de Tristano.

Elle n’avait vraiment aimé qu’une première moitié de cette soirée. Elle était à Paris. Il était seulement 23 heures. Il restait encore des Eurostar en direction de Londres. Dans à peine trois heures, Agoria commencerait à jouer à la Fabric. Elle avait encore largement le temps de se rendre à la Gare du Nord. Une semaine qu’elle se préparait pour découvrir InFiné. Elle avait une nuit pour en profiter plus que jamais.


Festival GéNéRiQ : a night in Dijon

Publié le 19 décembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Festivals | 1 commentaire »

Les Transmusicales ne sont plus l’événement qui clôt la saison française des festivals. C’est plus à l’est qu’il faut désormais se rendre pour finir l’année en beauté, au festival GéNéRiQ qui se partage entre plusieurs villes de la région.

Florent Marchet

C’est à Dijon que nous avons été conviés pour découvrir cette quatrième édition de ce festival d’hiver organisé par les programmateurs des Eurockéennes. Organisé en partenariat avec TGV, c’est donc tout naturellement dans la voiture-bar de l’un d’entre eux que s’ouvrent les festivités. Florent Marchet nous y chante Noël au cours un showcase d’une petite demi-heure. Juste le temps de nous mettre en jambe et de faire ensuite un petit somme avant d’enchainer avec un concert-surprise.

Cali

Dans la vieille ville de Dijon, nous voilà donc une petite cinquantaine de privilégiés dans un très bel appartement d’un hôtel particulier. Là, c’est Cali qui entre dans la pièce pour interpréter très quelques chansons en toute simplicité : piano, guitare sèche ou trompette l’accompagneront tour à tour. Et bizarrement, on se surprend à aimer sa musique que l’on trouve le plus souvent insupportable. On parvient presque à lui excuser son affreuse reprise d’Enjoy The Silence de Depeche Mode et on se laisse porter par la sincérité du bonhomme qui finira son set sur une très belle version dépouillée de Nous serons tous les deux.

The Bewitched Hands

Le marathon continue ensuite dans la salle de la Vapeur en périphérie de la ville. Le cadre a beaucoup moins de cachet, mais on y est tout aussi accueillant. Deux scènes, des boissons pas chères, un bon son : tout est réuni pour assister à un bon concert de The Bewitched Hands (oui, encore eux). Simplement dommage que les Dijonnais ne soient pas venus plus nombreux. Pour ce troisième concert des Rémois en un mois (ça devient de l’obsession), on est toujours aussi conquis par l’hédonisme de leur musique.

La soirée se terminera ensuite par des sets bien plus moyens de Monarchy et Teenage Bad Girl. On y aura finalement rencontré des gens adorables, découvert une petite ville qui se bouge plus que d’autres bien plus importantes et surtout appris l’origine du kir expliquée par un homme de goût. Rien que pour ça, on reviendra l’année prochaine.


Attention Talents Live à la Flèche d’Or

Publié le 18 décembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 2 commentaires »

La Fnac faisait son show mardi dernier à la Flèche d’Or. Son opération Attention Talents Live mettait en avant certains des groupes les plus hypes du moment sur la scène parisienne. Parfois un peu trop.

On est tout d’abord surpris par le manque d’originalité de Sly Johnson. C’est joli, ça groove, la voix est belle, mais l’ensemble reste désespérément plat. Rien à faire, on s’ennuie ferme. On se demande ensuite ce que Cocoon fait ici. Le groupe qui a reçu un disque d’or la veille après leur concert au Casino de Paris, n’a en effet rien à prouver. Heureusement qu’une voix off nous explique qu’ils jouent en quelque sorte ce soir le rôle de parrains. Toutes les remarques concernant Sly Johnson reste pourtant valables (hormis le groove) pour les Auvergnats qui nous réveilleront finalement par une étonnante reprise de l’immense Empire State of Mind de Jay-Z.

The Bewitched Hands

On espère ensuite se réveiller un peu avec Jamaica. Leur style est rythmé, punchy, tout est ultra carré. Dans la petite salle de la Flèche d’Or, le résultat est bien meilleur que sur la scène du Zénith lors du dernier Festival des Inrocks, mais on regrette le plus chez Jamaica, c’est de ne pas assez insister sur leur côté power trio. Les bandes enregistrées de clavier sur lesquelles ils jouent ont tendance à diluer leur énergie qui pourrait rattraper des compositions finalement peu originales. Il faut dire que le public composé presque essentiellement de professionnels de la musique est à l’enthousiasme ce que Jean-Jacques Goldman est à l’inventivité musicale.

Il faudra finalement attendre le dernier concert de la soirée pour enfin prendre un vrai plaisir à écouter The Bewitched Hands. Les Rémois distillent une pop toujours aussi lumineuse sur scène. Les compositions à tiroir sont astucieuses, bien construites et soutenues par des choeurs toujours aussi bien travaillés. On sent que tout le monde s’éclate sur scène. Ouf, on a failli s’ennuyer.

Photo : © Ben Calens


La nuit du rat

Publié le 14 décembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Fictions | 3 commentaires »

D’habitude elle aimait ça. Depuis deux heures, elle marchait. Quand il faisait beau avec des chaussures confortables, elle trouvait ça agréable. C’est même l’une de choses qu’elle préférait faire, elle qui avait l’habitude de rester debout à piétiner une bonne partie de son temps. Mais là, il faisait nuit, froid, humide et elle portait des talons.

Cela faisait un mois ou deux déjà qu’elle se posait des questions, elle hésitait, elle tergiversait. Sa situation elle ne l’avait pas vraiment choisie, mais y avait pourtant foncé tête baissée. Dès son adolescence elle savait que ça tournerait mal. Mère dépressive et quittée par un père au mieux absent, au pire violent. Sans repère elle avait connu les garçons bien trop tôt. Tellement facile de les séduire quand on est aussi mignonne. Ce pouvoir, elle avait vite compris qu’il serait son principal atout. Elle en avait d’ailleurs bien besoin. Complètement désintéressée par les cours, elle n’avait même pas eu son bac.

De toute manière, que faire d’un bout de papier signifiant désormais qu’on avait seulement le droit d’entrer en fac pour se retrouver au chômage cinq ans plus tard ? Elle avait choisi une tout autre voie : celle de la décadence. De sa petite ville de province elle n’avait connue que sa boite de nuit pendant un an. Elle y allait presque tous les soirs, jusqu’à épuisement. L’avantage lorsque l’on est une fille comme elle, c’est que ce genre d’endroit ne coute rien. On sous-estime souvent l’atout économique d’être une fille. La boite était assurée de voir dix mecs payer une entrée rien que pour avoir ne serait-ce que l’espoir de lui adresser un mot. On lui payait des verres à gogo, elle était ivre facilement et finissait chez des garçons de la même manière.

Tellement facile dans le lot d’en trouver un qui en sorte un peu. Il n’avait rien d’exceptionnel, mais il était différent. Il habitait surtout Paris et n’était ici que de passage. En quelque sorte l’échappatoire rêvée. Après une brouille avec sa mère, elle pensait qu’elle ne lui adresserait plus jamais un mot. Loin de la seule famille qui lui restait, là voilà désormais dans la Ville Lumière. Où l’illusion que tout est possible est à sa portée. L’illusion seulement.

Ce qu’elle n’avait pas prévu c’est la manière dont ça se passerait avec son mec. Trop jeune, trop riche. Trop jeune pour être aussi riche.

Elle avait vite compris que tout ça était louche. Il disait qu’il était dans les affaires, essentiellement des bars, mais loin d’être tous très honnêtes. Elle avait aussi très vite compris que les filles qui y bossaient n’étaient pas vraiment des serveuses. Elle avait pourtant rapidement accepté d’y travailler aussi. Même si son mec était blindé, elle savait que ça ne durerait pas entre eux. L’argent facile a toujours du charme. Et puis cent euros pour sucer des queues, c’était finalement pas très éloigné de ce qu’elle avait fait dans la boite de son patelin.

Pendant quelques mois tout se passait bien. Les clients n’étaient finalement pas ces gros dégueulasses qu’elle avait imaginés au début. Son mec, ou plutôt son patron, l’avait placée dans un bar chic, un de ceux fréquentés par des hommes bien éduqués et propres sur eux. Jamais un mot plus haut que l’autre, ils semblaient nourris de bonnes manières. Ce n’était pas pour ça qu’ils n’étaient pas de sales pervers lubriques, mais ils le cachaient bien au premier abord.

Dans ce cocon sordide, elle se sentait finalement en sécurité et avait fini par baisser la garde. Ce taré elle ne l’avait pas vu venir. Un vrai porc qui voulait sans cesse aller plus loin. Trop loin. Il revenait souvent la voir, elle ne voulait plus le recevoir, mais lui ne voulait voir qu’elle. Elle n’avait plus vraiment choix. Honteuse de la situation, elle n’osait même pas demander leur avis aux autres filles. Elle était la favorite du patron, ça n’aidait pas à se faire accepter.

Puis un jour tout avait dérapé. Cette fois-ci elle n’avait pas voulu céder à son caprice de vieux vicieux. Il avait commencé à la gifler, comme son père le faisait si bien quand elle était gamine. Elle n’avait pas vraiment réfléchi en agrippant l’extincteur à côté duquel son client l’avait fait valdinguer, avec le recul elle considérerait ça comme un réflexe de survie. Comme pour venger la Marilou de Gainsbourg, elle lui défonça le crâne avec le lourd réservoir rouge. Il n’avait même pas crié, personne ne s’en était rendu compte, mais elle savait que dès qu’on s’en apercevrait, ça en serait fini pour elle.

Elle sortit discrètement de la pièce, la ferma à clé, emprunta la sortie de service. Elle se mit à fuir, se disant qu’elle ferait peut-être mieux de rentrer chez sa mère. Deux heures qu’elle marchait. D’habitude elle aimait ça.

La nuit du rat, extrait de Wolf & Wheel de La Féline.


Top des Blogueurs 2010

Publié le 13 décembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 3 commentaires »

Le Top Blogueurs 2010 : La sélection des meilleurs albums de l’année

15 en 2008, 37 en 2009, nous sommes cette année 60 blogueurs musiques francophones à vous présenter au travers d’un classement commun les 20 albums qui nous auront collectivement le plus marqué en 2010. En espérant en toute humilité vous permettre de redécouvrir certains disques ou mieux d’en découvrir de nouveaux…

The Radio Dept - Clinging To A SchemeThe Radio Dept – Clinging To A Scheme

Branche Ton Sonotone : Les suédois de The Radio Dept. creusent le sillon d’une pop douce et fantomatique avec un acharnement de surdoués. Leur dernier opus a la couleur d’un coucher de soleil sur un lac scandinave : mélodies diaphanes, tourbillons distordus et rythmiques hypnotiques sont au rendez-vous d’un album qui a un goût d’insaisissable. Un charme nordique, à la fois enjoué et nostalgique, distant et incroyablement émouvant. A lire la critique du Golb et de Branche Ton Sonotone

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Syd Matters	- BrotheroceanSyd Matters - Brotherocean

La musique à Papa : Mon histoire avec Syd Matters ? Cela me rappelle ces filles que l’on rencontre comme ça au hasard d’une soirée et auxquelles on n’attache d’abord pas vraiment d’importance. Pas qu’elles soient moches, loin de là, mais on les trouve un peu …chiantes, manquant de fantaisie. Et puis, un jour, c’est la révélation. On ne comprend pas vraiment pourquoi : est-ce nous qui avons changé ou est-ce elles ? En tout cas, "Brotherocean" a résonné comme une évidence. Comme s’il n’y avait rien eu avant. Et tant pis, s’il n’y a rien après… "A moment in time ", comme disent les anglais. A lire la critique de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes et de So Why One More Music Blog

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Deerhunter - Halcyon DigestDeerhunter – Halcyon Digest

Esprits Critiques : Réussir un mélange est une chose compliquée. Si vous mélangez des couleurs dans un verre, il y a des chances que vous obteniez un cocktail maronnasse peu appétissant. La musique de Deerhunter, ça pourrait être ça. En mêlant de la noirceur, du son brut, du kraut, des mélodies presque pop et un son aquatique, le risque de gloubiboulga est présent. Pourtant, la bande à Bradfortd Cox a (encore) livré une œuvre subtile et unique, et arrive (encore) à polir un genre qu’il faudrait créer pour eux. Ils savent en tout cas faire monter une ambiance en neige, profiter de ce son vaporeux pour que le brouillard précipite en averse et mener vers une fusion encore plus fluide entre l’écriture et le son. A lire les critiques de Tasca Potosina et de Ears Of Panda

En écoute sur Spotify

Pantha du Prince - Black NoisePantha du Prince – Black Noise

Playlist Society : "Black Noise" est un lac perdu dans les montagnes : derrière son romantisme pictural et ses sonorités enivrantes et apaisantes se cachent les traits des tornades à venir et des rayons du soleil qui comme chez Turner caressent les tragédies. Les mélodies électroniques de Hendrik Weber nous guident alors dans la taïga, se dérobent et nous abandonnent face à l’aurore boréale. A lire la critique de Pop Revue Express et le live report de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Joanna Newsom - Have One On MeJoanna Newsom – Have One On Me

Brainfeeders & Mindfuckers : Joanna Newsom ne s’impose jamais nulle part. Elle se fraie un chemin délicatement, avec grâce, avec le temps de son côté. Elle effleure du son de sa harpe, comme une caresse derrière l’oreille, sa voix est devenue satin, mais au fond, rien n’a changé. Elle reste impossible à apprivoiser, toujours insaisissable. Elle s’échappe par tous les détours, dans cette forêt qu’elle dessine en trois disques et quelques chansons. Il suffit donc d’être patient, de la laisser s’approcher peu à peu, puis de se plonger entièrement dans la mystique lumineuse de "Have One On Me". Alors Joanna Newsom devient cette amie imaginaire qui ne peut sortir que d’un rêve. Mais tout est bien réel. A lire les critiques de Playlist Society et de Listen See Feel

Mount Kimbie - Crooks & LoversMount Kimbie – Crooks & Lovers

Chroniques Automatiques : "Crooks & Lovers", trop court, bancal mais pourtant tellement maitrisé, contient des morceaux frisant la perfection, qui dragueront tous les cœurs sensibles. Mélancolie electronica matinée de rythmes 2-step, Mount Kimbie, c’est surtout mini-jupes et
arcs-en-ciel, bitume et claquements de doigts. Bonheur. A lire les articles de Brainfeeders & Mindfuckers et de Musik Please

Cougar - PatriotMGMT – Congratulations

Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ? : MGMT avait réussi à prouver sa capacité à coller quelques tubes imparables au milieu d’un album fadasse. Le "toujours difficile deuxième album" en est l’antithèse : pas de morceau direct (hormis l’imparable Brian Eno) mais un album fabuleux de complexité, de richesse, une pièce montée de folie(s) et de "plus" qui jamais ne touchent au "trop". Si c’est ça l’avenir du space-rock (ou du prog), on signe des deux mains, et on attend la synthèse en sifflotant "Flash Delirium". A lire les critiques de Des Oreilles dans Babylones et du Golb

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Zola Jesus - StridulumZola Jesus – Stridulum

Unsung : Pour la première fois, Zola Jesus s’est enregistrée en studio, entourée de musiciens professionnels. Cette production soignée met surtout en valeur sa voix profonde, ce timbre légèrement rauque à donner des frissons, renforcé par la réverbération, l’atmosphère angoissante entre rythmiques 80′s, piano entêtant, et des textes emprunts de doutes, d’espoirs fragiles, et de complaintes mélancoliques. Cet émouvant "Stridulum" révèle une jeune artiste talentueuse. A lire les articles de Little Reviews et Toujours Un Coup d’Avance !

Gil Scott Heron - I'm New HereGil Scott Heron – I’m New Here

Arbobo : Une histoire d’ange déchu, une histoire vraie. Une histoire de phoenix, de père putatif du rap extrait de tôle par un producteur aux doigts d’or. Il a serré la main du diable, le bougre. Gil Scott-Heron vient peut-être de publier son plus bel album, le plus noir, creusé à mains nues dans le bitume crasseux de New York. Ca saigne, ça saigne mais c’est vivant. C’est palpitant. A lire les critiques de My(Good)Zik et du Choix de Mlle Eddie

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LCD Soundsystem - This is HappeningLCD Soundsystem – This is Happening

I Left Without My Hat : James Murphy a beau s’en amuser et assurer le contraire ("You wanted a hit, but that’s not what we do"), ses Lcd Soundsystem, tout en popisant leur propos, n’auront pas franchement changé leur fusil d’épaules avec "This is Happening", troisième et ultime album du groupe. Continuant de rendre hommage à la musique contemporaine par divers emprunts voulus ou fortuits (du Velvet Underground par ci, du Bowie par là), "This is Happening" est un disque aux contours rock, aux beats toujours synthétiques, mais à la vision globale très pop. Surtout, il n’est rien de moins qu’une belle épitaphe pour une des aventures discographiques les plus passionnantes et emballantes de ces dix dernières années, au fronton de laquelle le mot plaisir semble avoir été gravé en lettres d’or. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et La Musique à Papa

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Sufjan Stevens - The Age of Adz Sufjan Stevens – The Age of Adz

Ears of Panda : 5 ans après Illinois, Sufjan Stevens nous revient, non sans quelques doutes, avec son projet le plus personnel et sûrement le plus risqué. Retrouvant ses premières amours pour la musique électronique sans abandonner pour autant son goût pour la pop baroque, le compositeur de 35 ans accouche d’un disque pour le moins étonnant. Le génie détruit pour mieux reconstruire et nous offre cet album d’un genre nouveau; à l’ambition démesurée, aux sons hachés, rugueux, épileptiques même, sans perdre jamais de sa superbe. On retrouve alors, dans l’essence même de ce disque, ce doux rêveur toujours en perpétuel mouvement, qui nous avait laissés sans nouvelles depuis bien trop longtemps. A lire les critiques de Esprits Critiques et Brainfeeders & Mindfuckers

Flying Lotus - CosmogrammaFlying Lotus – Cosmogramma

So Why One More Music Blog : Le prodige originaire de la Cité des Anges s’affranchit sur ce troisième album des formats classiques en terme de durée et des carcans trop étroits d’un genre que l’on définissait comme l’abstract hip-hop. Entouré de musiciens talentueux et confirmés, élégant dans son costume de chef d’orchestre qui lui sied à merveille, il dirige des micro-symphonies aussi organiques qu’électroniques, laissant parler son héritage et s’exprimer sa fibre jazz. A lire les critiques de De La Lune On Entend Tout et de Nuage Noir

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Caribou - SwimCaribou – Swim

Pomme de Pin : Hypnotique et viscéral, réfléchi et instinctif, cérébral et dansant, sur "Swim", Caribou mêle boucles électroniques et rythmiques tribales et en profite pour réconcilier la tête et les jambes. L’expression Intelligent Dance Music reprend des couleurs et en une tournée tellurique, toutes batteries dehors, Dan Snaith fait mentir tous les clichés sur les mathématiciens. A lire les critiques de Five Minutes et So Why One More Music Blog

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Owen Pallett - HeartlandOwen Pallett – Heartland

C’est entendu : Débarrassé de son pseudo geek à souhait (Final Fantasy), Owen Pallett brandit l’étendard de son patronyme civil comme le symbole d’une ambition enfin assouvie. Auto-proclamé Seigneur Divin du Royaume de "Heartland", il décore cet univers d’arrangements subtilement magnifiques et réalise un chef d’oeuvre pop dont la "lecture" révèle une mise en abyme homo-érotico-créatrice digne de tous nos louanges. A lire les critiques de Feu à Volonté et de Ears Of Panda

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Janelle Monae - The ArchAndroidJanelle Monae – The ArchAndroid

Le Gueusif Online : Une torpille de soul-funk qui n’oublie pas d’être outracière, voire parfois un peu kitsch, mais qui détonne certainement dans le paysage musical monochrome de cette année 2010. Une voix, une présence et un talent à suivre, que ce soit en studio ou en live, où toute la classe de Janelle Monàe resplendit. A lire les critiques de With Music In My Minds et Music Lodge

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The Black Keys - BrothersThe Black Keys – Brothers

Le Choix de Mlle Eddie : Ô Dan Auerbach que ta voix est belle ! "C’est pour mieux te régaler", pourrait-il me répondre. Le duo d’Akron s’autorise tout sur cet album : rock, blues, pop et même soul, avec une production qui n’a jamais été aussi bonne. Un poil trop lisse, diront certains, par rapport à ses prédécesseurs. C’est vrai, mais ce qu’ils perdent en abrasivité ils le gagnent en diversité. Et Auerbach n’a jamais aussi bien chanté. Ce Brothers, c’est la grande classe. A lire les critiques de La Quenelle Culturelle et du Gueusif Online

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Beach House - Teen Dream.Beach House – Teen Dream

Hop : Beach House tutoie enfin les sommets avec ce troisième album. Plus faciles d’accès, plus immédiates que par le passé, les chansons de Beach House brillent ici par l’éclat des mélodies, par la beauté triste et bouleversante des arrangements assez somptueux que l’on trouve tout au long de ces dix hymnes à la mélancolie qui évoquent la froideur d’une piste de danse au petit matin. A lire les critiques de Between The Line Of Age et du Choix de Mlle Eddie

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Four Tet - There is Love in YouFour Tet – There is Love in You

Good Karma : Obsédant : c’est le moins que l’on puisse dire de ce cinquième album de Kieran Hedben. Très loin de son groupe de post-rock Fridge, l’Anglais a choisi la musique électronique pour s’exprimer en solo. En résulte un disque inspiré par le jazz, la house et l’electronica. Il y livre des compositions aussi bien dansantes qu’introspectives, à l’inspiration et la production impeccables. Lumineux. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et de I Left Without My Hat

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Swans - My Father Will Guide Me Up A Rope To The SkySwans – My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky

Where Is My Song : A l’heure des come backs périmés et après 13 ans de silence, les Swans réactivés offrent un album magistral, oppressant, monolithique, volontiers misanthrope, beau comme un mensonge et sale comme la vérité. Une rigoureuse apocalypse. Bande son idéale pour la fin du monde civilisé, que l’on peut désormais attendre avec sérénité. A lire les critiques de Playlist Society et du Golb

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Gonjasufi - A Sufi and a KillerGonjasufi – A Sufi and a Killer

Des Oreilles Dans Babylone : Sans aucun doute possible l’ovni musical de 2010, Sumach Ecks a surpris tout le monde. Débarqué de nulle part bien qu’actif depuis les années 90, il est sorti de son désert de Mojave parrainé par Warp pour nous livrer un disque intemporel et inclassable. Soul chamanique, hip hop dérangeant, rock bordélique, chaque plage de cet objet unique accouche d’un genre nouveau. Il y a tant d’inventivité et d’imagination dans cet album qu’il est impossible d’en faire le tour en moins de cent écoutes. Passer à côté serait une erreur monumentale. A lire les critiques de Chroniques Electroniques et de Les Insectes sont nos amis

Les participants au Top des Blogueurs 2010 :

Alain de Soul Kitchen, Anakin de Attica Webzine, Arbobo de Arbobo, Benjamin F de Playlist Society et de Ricard SA Live Music, Benjamin L de Le Transistor, Benoit de Pop Revue Express et de Hop, Catnatt de Heaven can wait, Cedric de So Why One More Music Blog, Daniel de Listen See Feel, Dat’ de Chroniques Automatiques, Dr Franknfurter de The Rocky Horror Critic Show, Dragibus de Les insectes sont nos amis, Eddie de Le Choix de Mlle Eddie, Edouard de Ears of Panda, Ed Loxapaq de Chroniques Electroniques, Elliott de Weirdbrowser, Neska de Adiktblog, Fabien de Kdbuzz, GT de Music Lodge, Gui Gui de Les Bons Skeudis et du Mellotron, Guic’The Old de Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ?, Jimmy de Nuage Noir, Joanny de Discobloguons, Joe Gonzalez de C’est entendu, Joris de Tasca Potosina, JS de Good Karma, Ju de Des Oreilles Dans Babylone, Julien LL de Des Chibres et Des Lettres, Junko de Unsung, Laure de Not For Tourists, Laurent de Rocktrotteur, Leroy Brown de I’ll give her mélodies, Marc de Esprits Critiques, Martin de Branche Ton Sonotone, Matador de Between The Lines Of Age, Michael de Crystal Frontier, Mmarsup de Little Reviews, Myriam de Ma mère était hipster, Nathan de Brainfeeders & Mindfuckers, Nicolas de Soul Brotha Music, Olivier de Feu à Volonté, Olivier R de Where Is My Song, Paco de De La Lune On Entend Tout, Paul de Pomme de Pin, Pauline de E-Pop, Pierre de Musik Please, Rod de Le Hiboo, Romink de My(Good)Zik, Sabine de With Music In My Mind, Sfar de Toujours un coup d’avance !, Ska de 7 and 7 is, Sunalee de Bruxelles Bangkok Brasilia, Sylphe de Five-Minutes, Systool de Le Gueusif Online, Thibault de La Quenelle Culturelle, Thomas de Le Golb, Twist de I Left Without My Ha, Vincent de La musique à Papa, Violette de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes, Xavier de Blinking Lights

Chef de projet : Benjamin F / Identité visuelle et design : Laurent / Communication : Romink, Sylvie et les Waaa / Porte-paroles : Arbobo et JS

Plus de tops : le classement de GT sur Music Lodge


Prince of Moriarty Johanson is dodelijk

Publié le 3 décembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 1 commentaire »

N’ayez pas peur de ce titre, il ne sera ici pas question du dernier mashup en date de DJ Zebra. Il résume tout simplement une semaine de concert riche en voyages, de Badgad à Stockholm en passant par Lille et les USA.

Roken Is Dodelijk

C’est Roken Is Dodelijk qui ouvrait le bal mardi soir au Nouveau Casino. Ce groupe de Lillois est avant tout une rencontre, celle avec leur chanteur Jérôme en plein concert d’Arcade Fire lors de la dernière édition de Rock en Seine. Lui aussi avait choisi de le regarder depuis les téléviseurs placés dans l’espace VIP. Un humour pince-sans-rire autour d’un verre m’avait mis la puce à l’oreille sur ce nom imprononçable. Depuis, leur deuxième EP, The Terrible Things, a séduit un public averti.

Sur la scène du Nouveau Casino, le groupe a parfois donné l’impression de ramer un peu face à un public pas très réceptif. On pouvait pourtant comprendre que leur talent de composition est bien réel, tout comme les arrangements vocaux en live. On restera marqué par ceux absolument superbes du dernier titre joué ce soir-là, Stereo Skin.

Jay-Jay Johanson

Le lendemain, c’est la Suède qui prend le relais pour la première soirée du festival ÅÄÖ dédié à ses musiques actuelles. Archi complète, cette soirée recevait Prince Of Assyria de son vrai nom Ninos Dankha. Né à Bagdad avant d’être élevé en Suède, suite à la fuite de ses parents d’Irak, le chanteur a récemment marqué les esprits de son bel album Missing Note. Sur scène on retrouve toute la fragilité de son interprétation, même si on éprouve parfois un tout petit peu de lassitude face à ses compositions folk-pop.

La bonne surprise viendra de Jay-Jay Johanson. Sa voix reconnaissable entre mille était ce soir là accompagnée d’un simple piano et de quelques boucles issues de son laptop. L’accueil est ultra chaleureux et Jay-Jay visiblement très heureux d’être de retour à Paris. 12 ans depuis la Route du Rock 1998, dernier endroit où j’avais finalement eu des nouvelles de lui. Les retrouvailles furent très belles et émaillées de quelques chansons de son album de l’époque Whiskey. Et l’on se rend compte que ses compositions depuis tiennent aussi bien la route et qu’on n’aurait peut-être pas dû le lâcher en cours de route.

Moriarty

Enfin, hier soir, à l’issue de la conférence de presse du TGV GéNéRiQ, c’est Moriarty qui nous faisait l’honneur d’un showcase d’une petite demi-heure. Rassemblés comme ils savent si bien le faire autour d’un unique micro, les membres du groupe jouent le jeu à fond. On aura même droit à une composition commune avec feu Jack The Ripper. Puis on échangera avec le bassiste à la fin du concert, nous racontant la série de concerts à venir en février durant toute une semaine au Trianon.

Le festival ÅÄÖ continue :

  • Yaya Herman Dune + Nina Kinert + Bye Bye Bicycle / 3 décembre / Point Éphémère
  • Nicolaï Dunger + Frida Hyvönen + Anna von Hauswolff / 4 décembre / La Flèche d Or
  • The Concretes + Pacific ! feat. Sarah Assbring (El Perro del Mar) / 6 décembre / Point Éphémère


Dix euros pour un métro

Publié le 26 novembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Fictions | 7 commentaires »

Il avait froid. Il avait passé la nuit dans ce foyer de travailleurs où le chauffage était en panne depuis une semaine. Malgré l’épaisse couverture qu’il avait réussi à se procurer auprès d’une association, il dormait tout habillé pour ne pas perdre une seule calorie de la chaleur de son corps. Il craignait aussi de se faire piquer ses rares affaires, l’ambiance n’était pas vraiment à la franche camaraderie dans sa chambrée. Chacun pour sa gueule, Dieu pour personne.

Là, il se trouvait dans le métro, ligne 3. Matin, 8 h 30, heure de pointe. Il avait réussi à trouver une place assise. Ce n’était pas du luxe, car ses jambes lui faisaient mal. Pas facile lorsque l’on doit aller bosser sur un chantier toute une journée dans le froid. Il avait enfin trouvé du boulot après dix jours de galère depuis qu’il était arrivé à Paris. À chaque station, il essayait d’en déchiffrer le nom inscrit sur les plaques situées sur le quai. Même si une voix les prononçait dans sa rame, il n’arrivait pas vraiment à les comprendre.

Il était stressé. Ses mains de travailleur tremblaient, aussi bien à cause du froid accumulé pendant la nuit que de la tension qui ne demandait qu’à s’exprimer. Il ne fallait pas qu’il se loupe. Une erreur lors de cette journée et il dégagerait comme cela lui était déjà arrivé l’avant-veille. Il avait faim. La soupe d’hier soir ne lui avait pas vraiment suffi, mais quand c’est gratuit, on ne peut vraiment pas faire le difficile.

Il fallait vraiment qu’il mange. Tout en continuant de guetter les noms des stations défiler sous ses yeux, il ouvrit sa vieille sacoche en cuir.

Elle contenait autant de poches que de saloperies qui avaient pu lui arriver dans la vie. De l’une d’entre elles, il sortit une pochette en plastique tellement usée qu’elle n’était plus transparente que dans un lointain souvenir. Elle était entourée d’un élastique bien serré, mais surtout étanche.

Il en extirpa ce qui était désormais la prunelle de ses yeux. Son passeport était tout ce qui lui restait d’officiel. Un livret en impeccable état sur lequel était inscrit le nom d’un pays indéchiffrable. À la fois, le témoin de tout ce qu’il avait fui, mais aussi le billet retour vers un endroit où y était resté toute sa famille. À l’intérieur il y trouva les quatre billets de dix euros méticuleusement pliés. C’était tout ce qu’il lui restait. Il en prit un, remis son passeport dans la pochette puis sa sacoche. Il espérait pouvoir s’acheter quelque chose à manger pour ne pas avoir à travailler toute la journée le ventre vide.

Soudain il comprit que cette station était la bonne. Le mot affiché sur le quai ressemblait à celui qu’on lui avait inscrit la veille sur un bout de papier. Pas évident de le reconnaitre à cette distance et sans les lunettes dont il avait tant besoin. Il se leva d’un bond, sortit sans bousculer personne. J’étais debout juste devant sa place désormais libre. Emu par cet homme je ne pensais même pas à m’asseoir, tout en le regardant partir au loin sur le quai. Puis un voyageur, baladeur à la main et casque sur les oreilles, bondit dessus comme s’il avait trouvé l’eldorado. Les portes se fermèrent, le métro repartit.


Chocolate Genius Inc. : frissons à la Boule Noire

Publié le 25 novembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 1 commentaire »

En septembre dernier, Mark Anthony Thompson avait bluffé quelques privilégiés lors d’une courte session acoustique organisée à l’occasion de la sortie en France chez No Format de son album Swansongs. On l’attendait sur scène de pied ferme. Hier soir à la Boule Noire il fut (presque) parfait.

Habité par sa musique

Nul ne l’étant vraiment (parfait), on ne pouvait espérer mieux que la prestation qu’a livrée hier Chocolate Genius Inc. Le chanteur new-yorkais, pieds nus, casquette de gavroche et ongles de la main gauche vernis de noir prouve non seulement qu’il possède un vrai talent d’interprétation, mais aussi qu’il sait s’entourer. Difficile en effet de faire mieux que le groupe qui l’accompagnait hier.

Le clavier originaire de Harlem, son «vieil ami» pourtant bien jeune, sait aussi bien faire groover sont piano électrique que le coupler avec une multitude de pédales pour en tirer des sons improbables lors de ses solos. Le batteur de la Nouvelle-Orléans, aussi dépressif que Droopy, semblait décuver derrière ses futs, mais suivait à la lettre avec un feeling indiscutable les indications de Marc Athony, largement improvisées.

Au fond, la contrebassiste (alors que l’on pressentait un temps que Vincent Ségal devait l’accompagner) tient largement son rang. Enfin, l’incroyable Seb Martel à la guitare (« my brother ») déroule son jeu tout en subtilité, entre touché de corde jazz, rock, folk et blues. Tout fonctionne parfaitement entre les musiciens sur lesquels le chanteur peut poser son chant en toute confiance.

My Mom, toujours aussi émouvante

Car il faut bien ça à Mark Anthony Thompson, un écrin pour sa voix de velours. Un canevas sur lequel il peut aussi bien rigoler de ses vannes incessantes que pleurer des émotions qu’il sait encore mieux exprimer. Car passer du rire aux larmes est certainement ce qu’il préfère. Un instant il déconne en lançant sa serviette à la gueule du premier spectateur dans le public, celui d’après il se lance dans un chanson triste comme jamais.

« Une chanson sur le fait d’aimer la bonne personne au mauvais moment » : en une phrase, voilà le genre de thème définitif que Chocolate Genius peut balancer à son public. De quoi faire raisonner en soit un vécu universel et bien présent. Avant de nous achever seul au piano avec cette hallucinante chanson adressée à sa mère My Mom : « But this house smells just the same, but my mom can’t remember my name ». Introspection. Réflexion. Frissons.

  • En concert le 7 avril 2011 au Café de la Danse.
  • Merci à Romain de My(Good)Zik pour la première photo.