Toute musique qui ne peint rien n'est que du bruit.

Body & Soul @ Plages Electroniques, Cannes | 17.08.2011

Publié le 19 août 2011 | Ecrit par | Catégories : Festivals | Pas encore de commentaires »


Les premières fois (Pantiero 2011)

Publié le 15 août 2011 | Ecrit par | Catégories : Festivals, Fictions | 2 commentaires »

Cet été-là, c’était ma toute première fois. À cet âge là on n’a encore rien vu, mais on ne le sait pas encore. On pense que tout sera toujours comme ça : excitant, interdit, éternel. On dit oui à tout ce que l’on nous propose, de peur de ne plus jamais avoir l’occasion de le refaire un jour.

Enchaîner les premières fois procure ce petit gout de découverte infinie. Cette envie de prolonger ce plaisir indéfiniment. Sans comprendre qu’on le perdra forcément à un moment, à force de répétition. Cet été-là, je partais en vacances pour la première fois toute seule avec mes amies. Camping à Mandelieu, plages et sorties à Cannes.

Il était du coin, il avait dix-huit ans. J’avais seize ans, j’étais du Nord. L’amourette de vacances parfaite. Elle aussi on pense qu’elle durera pour toujours ; et qu’on se reverra aux vacances de la Toussaint ; et qu’avec un peu de chance on passera Noël ensemble. Il n’en sera forcément rien, mais on ne peut pas s’y résoudre à l’instant où l’on vit ce moment. On tombera de haut et l’on sera forcément déçu ; pour la première fois.

C’est ce soir-là que je me suis sentie ivre pour la première fois. Ma jupe en coton me semblait encore plus légère que d’habitude. Ce délicat courant d’air venait régulièrement caresser ma peau dorée après quelques jours de plages. Ce vin blanc bu sur la terrasse du Palais des Festivals s’accordait parfaitement avec les enfantillages musicaux de Gold Panda caché derrière sa capuche.

Je me sentais bien ; pour la première fois.

La tête me tournoyait un peu, juste ce qu’il faut pour ce que cet autochtone me la fasse tourner pour tout le reste de l’été. Enveloppé par les couches successives de cette musique lancinante je me laissais aller dans ses bras aux muscles secs mais assez puissants pour me soutenir. Je sentais battre son buste contre le mien à l’unisson des beats sortant des haut-parleurs. En le voyant, j’avais cette fois-ci décidé de ne pas minauder et de m’abandonner à lui avec confiance, comme si j’avais fait un pari avec moi-même ; pour la première fois.

Puis Trentemøller arriva sur scène avec tout son groupe. Jamais de ma vie je n’aurais imaginé qu’un Danois puisse faire une telle musique. Pour cette première fois en festival, ce serait la première fois que des frissons me parcouraient le corps à cause de la musique. Jamais jusqu’à présent je ne pensais qu’une telle chose soit possible. On me l’avait décrit comme simple DJ, je découvre un homme derrière ses claviers, accompagné de plusieurs musiciens, dont une guitariste tellement élégante qu’elle me donne envie de monter sur scène un jour ; pour la première fois.

À fin des concerts, je compris que c’était le moment ou jamais de franchir le pas avec mon Cannois. Ses parents étaient partis en vacances pour deux semaines, il nous proposait de tout passer le reste de la nuit chez lui. Le frisson du défendu était plus fort que jamais, mais j’allais en connaître un encore plus intense cette nuit-là ; pour la première fois.

C’est comme ça que je compris que saisir les premières fois tout au long de ma vie permettait de se sentir à chaque fois comme un gosse. Une manière de rester jeune ; une dernière fois.


Festival GéNéRiQ : a night in Dijon

Publié le 19 décembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Festivals | 1 commentaire »

Les Transmusicales ne sont plus l’événement qui clôt la saison française des festivals. C’est plus à l’est qu’il faut désormais se rendre pour finir l’année en beauté, au festival GéNéRiQ qui se partage entre plusieurs villes de la région.

Florent Marchet

C’est à Dijon que nous avons été conviés pour découvrir cette quatrième édition de ce festival d’hiver organisé par les programmateurs des Eurockéennes. Organisé en partenariat avec TGV, c’est donc tout naturellement dans la voiture-bar de l’un d’entre eux que s’ouvrent les festivités. Florent Marchet nous y chante Noël au cours un showcase d’une petite demi-heure. Juste le temps de nous mettre en jambe et de faire ensuite un petit somme avant d’enchainer avec un concert-surprise.

Cali

Dans la vieille ville de Dijon, nous voilà donc une petite cinquantaine de privilégiés dans un très bel appartement d’un hôtel particulier. Là, c’est Cali qui entre dans la pièce pour interpréter très quelques chansons en toute simplicité : piano, guitare sèche ou trompette l’accompagneront tour à tour. Et bizarrement, on se surprend à aimer sa musique que l’on trouve le plus souvent insupportable. On parvient presque à lui excuser son affreuse reprise d’Enjoy The Silence de Depeche Mode et on se laisse porter par la sincérité du bonhomme qui finira son set sur une très belle version dépouillée de Nous serons tous les deux.

The Bewitched Hands

Le marathon continue ensuite dans la salle de la Vapeur en périphérie de la ville. Le cadre a beaucoup moins de cachet, mais on y est tout aussi accueillant. Deux scènes, des boissons pas chères, un bon son : tout est réuni pour assister à un bon concert de The Bewitched Hands (oui, encore eux). Simplement dommage que les Dijonnais ne soient pas venus plus nombreux. Pour ce troisième concert des Rémois en un mois (ça devient de l’obsession), on est toujours aussi conquis par l’hédonisme de leur musique.

La soirée se terminera ensuite par des sets bien plus moyens de Monarchy et Teenage Bad Girl. On y aura finalement rencontré des gens adorables, découvert une petite ville qui se bouge plus que d’autres bien plus importantes et surtout appris l’origine du kir expliquée par un homme de goût. Rien que pour ça, on reviendra l’année prochaine.


Des Inrocks et des claques

Publié le 9 novembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Festivals | 9 commentaires »

Il y a des années comme ça où l’on se dit que la programmation des Inrocks ne nous tente pas vraiment. Qu’encore plus qu’à l’habitude le festival cède à la tentation de la hype. Et puis finalement on y va. Et puis on prend des claques.

Carl Barat

Il faudra quand même être patient pour se les prendre. Ce n’est ni Carl Barat et ses reprises de Libertines ou Anoraak qui devaient avoir un peu chaud dans la Boule Noire qui nous les donnent. La première vient d’un petit gars irlandais, menton en avant et coupe au bol. Sous son pseudo de Villagers il livre à la Cigale des versions musclées de ses chansons finissant souvent dans de grosses montées de guitares. Il se rattrapera juste après la fin de la soirée au nouveau Café Cigale attenant à la salle où il se prêtera au jeu de la session acoustique solo. Un petit moment de grâce notamment lorsqu’il interprétera le très beau Cecilia & Her Selfhood.

Ce même dimanche soir lui succédait Kele Okereke, chanteur emblématique des bons, mais souvent surestimés Bloc Party. Alors qu’il signe certainement l’un des meilleurs singles de l’année avec Tenderoni, Kele ne suit pas la tendance sur son très faible album The Boxer. C’était sans compter ce qu’il en ferait sur scène, sublimant des chansons plus que moyennes par de l’énergie à revendre. Il ira même jusqu’à transformer un public distant en dancefloor.

Villagers en acoustique au Café Cigale

De quoi pleurer lorsque l’on entend ensuite Katerine, invité spécial de la soirée selon le billet. Au moins, les Inrocks ne nous auront pas menti, le voir sur scène est spécial : aucune chanson ne tient la route, son second degré poussé à l’extrême cache désormais certainement un manque d’inspiration flagrant. On est loin, très loin, de ses premiers disques aux compositions brillantes, lorsqu’il assumait son talent alors bien réel. Finalement, c’est nous qui lui mettrions bien des claques.

Heureusement que la soirée du lendemain au Zénith nous consolera. Passés Is Tropical et Jamaica, à la musique pas du tout en rapport avec les Caraïbes, on sera sous le charme de The Bewitched Hands (vous pouvez arrêter de dire On the Top of Our Heads, ils se sont rendu compte que c’était trop long), des Rémois bien plus californiens que Schwarzenegger. Pop gracieuse et solaire dans ce Zénith glacial, car bien vide en ce lundi soir. Le son n’est pas parfait, mais les refrains emplis de choeurs nous comblent.

LCD Soundsystem et sa boule à facette

Puis LCD Soundsystem met tout le monde d’accord. Introduit par le vieillot I’m not il love de 10 CC, le concert enfonce directement la porte d’entrée de notre cerveau avec Dance Yrself Cleaner. Oui les enceintes crépitent, oui on note quelques problèmes techniques, mais bordel qu’est ce que c’est bon. C’est très fort, mais on peut qu’écouter LCD Soundsystem comme ça. Drunk Girls, Daft Punk is Playing at My House, Tribulations ou I Can Change s’enchainent avec délectation. Impossible de passer à côté de l’immense Yeah qui prend tout son sens sur scène ou du superbement émouvant All My Friends qui fait partie des chansons dance capables d’arracher une larme. Du Bataclan à Rock en Seine en passant par les Eurockéennes, le groupe new-yorkais de James Murphy n’aura livré que des prestations incroyables. Et autant de claques.


Rock en Seine : une histoire de scène

Publié le 30 août 2010 | Ecrit par | Catégories : Festivals | 11 commentaires »

Pour sa huitième édition Rock en Seine atteint l’âge adulte. Moins turbulent, parfois trop sérieux, le festival affichait pourtant complet avant son commencement pour la première fois de son existence.

105 000 spectateurs sur les trois jours, c’est l’affluence record qu’a atteint le week-end dernier Rock en Seine, plaçant le festival francilien parmi les plus importants de France. Une densité de spectateurs qui touche aux limites du domaine de Saint-Cloud en donnant une impression de saturation souvent bien réelle. Une simple observation des files d’attente aux toilettes donnait une idée de la chose.

Massive Attack intense sur la Grande Scène

Cette densité devenait parfois même insupportable devant certains concerts de la scène de la Cascade. Impossible de bouger un orteil devant la prestation pourtant ultra dansante de LCD Soundsystem. La faute à une répartition des concerts en vigueur depuis plusieurs années et toujours aussi étonnante : la scène de la Cascade, de taille moyenne, se retrouve ainsi la seule à proposer un concert tandis que la Grande Scène et la scène de l’Industrie (la plus petite) restent muettes.

En résulte un afflux d’une bonne partie des 35 000 spectateurs quotidiens dans une jauge qui peut en contenir entre 10 000 et 15 000. Proposition pour l’année prochaine : revoir l’organisation du site de manière à pouvoir faire jouer les scènes moyennes et petites en même temps et ainsi permettre au public de se répartir entre elles. Un indice a d’ailleurs été donné à la conférence de presse de clôture : une quatrième scène pourrait faire son apparition pour l’édition 2011 dont les billets sont d’ailleurs déjà en vente.

Des concerts en dent-de-scie

Du côté de l’artistique, le bilan reste mitigé cette année. Parmi les très bons concerts, LCD Soundsystem arrive en tête : une musique dansante, hypnotique, tout en étant mélancolique, sombre et surtout d’une élégance folle. Le groupe confirme ainsi son talent sur scène, ce dont plus personne ne doutait. Presque vingt ans après la parution de son premier album, Massive Attack démontre une nouvelle fois l’intensité de sa musique. Après un début de concert poussif (notamment à cause des nouveaux titres, un ton en dessous), le concert décolle avec les classiques du groupe d’une consistance toujours aussi remarquable.

Presque plus une découverte bien que toujours sans album, les Niçois de Quadricolor ont confirmé leur talent mélodique sur scène, malgré un set très court de moins de trente minutes. C’était également un vrai plaisir de savourer un revival 90s via Cypress Hill et Underworld.

La principale déception est venue de Roxy Music. On attendait beaucoup de la reformation de l’ancien groupe de Brian Ferry, on obtiendra une prestation qui sentait la naphtaline. Leur musique a mal vieilli et la voix de Brian Ferry noyée sous une tonne de reverb n’était même pas en mesure de rattraper l’ensemble. On rigolera également beaucoup devant la prestation de 2 Many DJs, décidément pire insulte au DJing depuis David Guetta, avec un set trop time-codé avec les images pour ne pas être préconçu à l’avance. On passera enfin sous silence l’interruption du concert très attendu d’Arcade Fire (toutefois pas par tout le monde) pour cause de pluie. Difficile de savoir qui est responsable de cette décision, mais on repense alors à la prestation de presque deux heures que Muse avait donné en juillet dernier sous la tempête bretonne des Vieilles Charrues. Et on se dit que les Anglais craignent définitivement moins la pluie que les Canadiens.


Plages Electroniques : techno minimale, expérience maximale

Publié le 19 août 2010 | Ecrit par | Catégories : Festivals | Pas encore de commentaires »

Depuis maintenant cinq éditions les Plages rythment l’été cannois. Cette année encore, le festival a confirmé sa place de plus important événement musical azuréen en terme de fréquentation et s’est clôturé en beauté au son d’une techno minimale.

Difficile de ne pas être impressionné par le grand barnum des Plages lorsque l’on débarque sur la plage du Palais. Montées et démontées dans la journée, les installations ont permis cette année aux Cannois et aux touristes de venir danser pieds dans le sable tous les mardis. Si le prix d’entrée a sensiblement augmenté pour cette cinquième édition, il reste certainement le plus compétitif de France. À huit euros la soirée, impossible de faire mieux en regard de la programmation regroupant des noms tels que Derrick May, Norman Jay ou Tiefschwartz.

Ces derniers ont d’ailleurs rassemblé le plus de monde pour cette ultime soirée du 17 août. 12 200 personnes sont ainsi venues danser sur la techno minimal proposée également ce soir-là par les trois artistes et groupes azuréens H-Tenza, SW4P CTRL et Nicolas Masseyeff. Preuves supplémentaires que la scène locale est de très bonne tenue, mais sait aussi s’exporter. Sur tout l’été 2010, 56 000 spectateurs auront finalement assisté à la totalité des soirées. Le succès populaire ne se dément donc pas, amplifié par la reconnaissance nationale qu’a connu le festival cette année.


Festival Fnac Indétendances : Nada Surf rame à Paris Plages

Publié le 1 août 2010 | Ecrit par | Catégories : Festivals | 4 commentaires »

Cette quatrième date du festival gratuit parisien aura laissé un goût d’inachevé. Une programmation qui donne envie sur le papier, mais qui n’arrive finalement pas à soulever l’enthousiasme.

Deux groupes étaient très attendus hier soir à Indétendances, le festival de Paris Plages : les régionaux de l’étape Lilly Wood & The Prick et Nada Surf. Lafayette et Lonely Drifter Karen venaient compléter cette affiche pop/rock. Lafayette ouvre la soirée dès 18 h avec son rock énergique, mais basique. Mélange en Izia (pour la voix et l’attitude) et Ebony Bones (pour le look excentrique), la chanteuse peine à trouver ses marques malgré sa bonne volonté au milieu de composition globalement très plates.

Lilly Wood sur la scène peu intimiste d'Indétendances

Chouchous de la blogosphère musicale parisienne depuis plusieurs mois, Lilly Wood & The Prick prennent ensuite le relais. Impressionné « de jouer pour la première fois sur une scène aussi grande », le groupe ne se démontera pas et déroulera les chansons de son album Invicible friends. Leur pop raffinée se verra elle aussi noyée quelque peu dans l’immensité de la scène de la place de l’Hôtel de Ville.

La grande interrogation de la soirée sera tout de même la prestation de Lonely Drifter Karen. Coincée entre Lilly Wood & The Prick et Nada Surf, le trio international (origines autrichiennes, espagnoles et italiennes) a du mal à imposer sa pop éthérée. Seule surprise, l’étonnante reprise de The model originellement composée par Kraftwerk.

Tête d’affiche de la soirée, Nada Surf fera difficilement mieux. On a pourtant de la tendresse pour ce groupe qui avait cartonné en 1996 avec son hymne Popular. Pressé par sa maison de disque pour réitérer le carton, le groupe n’avait pas cédé et avait ensuite produit The proximity effect en 1998 et Let go en 2002, deux albums de power pop plutôt réussis.

On a depuis l’impression que le groupe vivote et capitalise sur ces succès passés. Face au public peu enthousiaste de Paris Plages hier, les New-Yorkais parfaitement francophones auront du mal à imposer leur musique. Malgré la classe de Martin Wenk de Calexico à la trompette qui les accompagne sur toute cette tournée et ajoute de la profondeur, la mayonnaise à du mal à prendre. Une fois encore, la scène semble un peu trop grande pour leur pop intimiste et le public pas réellement réceptif. Une semaine plus tôt, le groupe jouait un set acoustique devant 50 personnes dans les coulisses du Paléo Festival en Suisse. Une configuration parfaite pour leur musique intimiste.


La référence Paléo

Publié le 29 juillet 2010 | Ecrit par | Catégories : Festivals | 7 commentaires »

Le Paléo reste encore et toujours à part dans le petit monde des grands festivals. Référence organisationnelle, l’événement musical suisse qui vient de fêter son 35e anniversaire est toujours aussi bien rodé et populaire.

Sur tous les festivals de l’été, impossible de ne pas entendre une référence au Paléo dans la bouche de chaque organisateur. Des Eurockéennes aux Vieilles Charrues en passant par les Déferlantes, chacun y va de son compliment envers le festival nyonnais. En arrivant sur place, on comprend mieux les raisons de cet enthousiasme généralisé.

General Elektriks explosif

Impossible de rencontrer un seul problème au Paléo. On croirait presque que les 4400 bénévoles ont réponse à n’importe quelle question. Ici la presse et les professionnels sont choyés. Salle média confortable, bios des artistes du jour mises à disposition, consignes ouvertes jusqu’à 4 h du matin pour y entreposer son matériel, personnels aux petits soins ne sachant que faire pour vous faciliter la vie : on se sent vraiment bien sur cette plaine de l’Asse.

Le site d’une quinzaine d’hectares (plus de 80 avec les parkings) est d’ailleurs incroyablement aménagé et se démarque fortement des autres festivals. En plus d’une offre musicale riche (plus de 170 concerts), la gastronomie n’est pas en reste. Oubliées les galettes saucisses, ici on voyage dans les cuisines du monde entier sur plus de 100 stands exclusivement dédiés à la nourriture. Presque un appel à ne voir aucun concert.

Voyage en Afrique

Ouvert sur le monde, le Paléo consacre également chaque année son Village du monde à une partie du globe. C’est l’Afrique australe qui était à l’honneur en 2010, année de la Coupe du monde oblige. Entrer dans ce village éphémère, c’est être dépaysé. En plus de la cuisine régionale (oui, encore), toute la décoration nous plonge au coeur de l’Afrique. Sur la scène située sous le chapiteau du Dôme ne jouent que des groupes africains comme l’incroyable Staff Benda Bilili, émouvant par la sincérité de ses membres atteints de poliomyélite.

Showcase de Nada Surf improvisé

Le Paléo propose également une vraie idéologie en matière de sécurité : « Pendant six jours, le Paléo est une ville de 50 000 personnes. Il n’y a pas de contrôle de sécurité, c’est une question de philosophie. On ne fouille pas les gens à l’entrée d’une ville », déclarait dans ce sens Daniel Rossellat, directeur du festival, pendant la conférence de presse de clôture.

Du côté musical, le Paléo n’est pas ce qu’il y a de plus pointu en la matière et ne se revendique d’ailleurs pas cette image. Ici tout le monde doit en avoir pour son compte. On a ainsi droit à de nombreuses têtes d’affiche francophones déjà vues ailleurs sur le mois de juillet (Souchon, Dutronc, Diam’s), mais aussi quelques superbes surprises absolument incroyables (la leçon de hip-hop de NERD ou celle de batterie de Motörhead, le showcase acoustique de Nada Surf).

Plus que la musique, c’est donc l’état d’esprit général du festival qui séduit. Très bon esprit ambiant, respect mutuel de tous les festivaliers, conditions d’accueil frôlant la perfection : on s’y sent bien. On y reviendra.


Les Vieilles Charrues battent la démesure

Publié le 20 juillet 2010 | Ecrit par | Catégories : Festivals | 3 commentaires »

Cette 19e édition aura confirmé le festival breton comme le plus grand événement musical français. Avec des artistes souvent très populaires, les Veilles Charrues brassent tous les styles, toutes les générations, mais aussi beaucoup de bière.

12 campings, 5 000 bénévoles, 35 000 campeurs, 198 000 entrées payantes, 242 000 spectateurs : difficile ne ne pas avoir le tournis dès que l’on parle chiffres à propos des Vieilles Charrues. Il est pourtant surprenant de voir que le site de Kerampuilh sur lequel se tient le festival n’est pas aussi immense que cela, à peine plus grand que la presqu’île de Malsaucy où se tiennent les Eurockéennes. Ce qui impressionne ici est la densité de spectateurs au mètre carré. Les deux grandes scènes Kerouac et Glenmor se font face et alternent leurs concerts. Entre les deux, 50 000 personnes diablement friandes d’alcool et rarement sobres.

Ruée vers Muse dès le jeudi

Du côté artistique, les Vieilles Charrues misent sur du gros, du très gros. Le jeudi soir, en plus de Revolver et des excellents Raveonettes, Dutronc est toujours aussi bon. Avec un show en bonne partie semblable à celui de la semaine précédente aux Déferlantes, il y déploie une voix encore plus chaude. Mais l’événement de la soirée sera bien entendu le concert de Muse. Têtes d’affiche exclusives aux Vieilles Charrues, les Anglais très décriés sur disque feront montre de leur maestria totale sur scène. Dans des conditions météorologiques épiques (le vent et les trombes d’eau ont failli provoquer l’annulation du concert seulement quelques minutes avant son commencement), le groupe délivre une puissance sonore phénoménale qui prend toute sa dimension dans un espace aussi vaste que cette plaine remplie de 45 000 personnes. Une énorme claque.

Le lendemain vendredi, le vrai festival peut commencer. En plus des deux grandes scènes, le Cabaret Breton, la scène Xavier Grall et un Jardin de Curiosité consacré aux arts forains ouvrent leurs portes. La fragile Sophie Hunger se retrouve propulsée sur la grande scène où sa musique trouve étonnamment écho. Wovenhand verra son folk habité entrecoupé par la musique hongroise de Muzsikas. NTM mettra du coeur à son concert, mais sera pénalisé par un mix pas vraiment adapté à leur musique. Mika sera une autre bonne surprise, bien plus en forme qu’aux Eurockénnes, il livre une prestation impeccable.

Le grain de folie Sexy Sushi

Le samedi, après la bonne humeur de Féfé en ouverture, les Islandais de FM Belfast feront du grand n’importe quoi tout en mettant le feu en plein après-midi. Midlake ramènera de la douceur sur une scène un peu trop grande pour sa musique intimiste. Fanfarlo sera la belle surprise pop des Charrues : arrangements classieux et bonne humeur communicative. Loin de la performance d’Indochine où l’on a du mal à suivre la voix très mal assurée de Nicola Sirkis, bien dommage lorsque l’on dispose de musiciens aussi bons. Phoenix sera en revanche impeccable et même halluciné par l’ambiance incroyable durant leur concert. Au royaume des dingues, c’est Sexy Sushi qui remporte la palme ce jour-là. Le duo electro-punk nous balance une musique proche de Fischerspooner, casse des écrans, maltraite des arbres et se met à poil. Du grand n’importe quoi comme parfaite contre-programmation d’Indochine.

Quatre jours de WTF

Le grand beau temps sera de la partie dimanche. Comme première tête d’affiche de la journée, Souchon, habituellement peu friand de festivals se régale devant un public reprenant ses chansons en choeur. Nous, on s’endort un peu. M se tape un gros délire pour un concert ne comprenant qu’une poignée de chansons de 15 minutes. Loin de l’esprit de ses précédentes tournées, il fait ici la part belle à l’improvisation. Le groupe est bon et donne tout, on peut adhérer ou rester hermétique devant ces musiciens qui se font plaisir. Étienne de Crécy prendra le relais avec son désormais très connu système de cubes lumineux efficace. On pourra aussi choisir d’aller voir Toots And The Maytals, vétérans reggae en place comme jamais, devant un auditoire au taquet. C’est Jamiroquai qui clôturera le festival avec un prestation musicalement impressionnante, mais donnant l’impression d’être conduite en pilote automatique.

Alors que l’on pensait atteindre les limites de Kerampuilh, l’édition des vingt ans l’année prochaine risque fort de taper encore plus gros. Les rumeurs font circuler des noms aussi prestigieux que les Rolling Stones, AC/DC ou Metallica. En ayant atteint de tels sommets, il n’en faudra pas moins pour marquer les esprits.


Les Déferlantes : l’exception culturelle d’Argelès

Publié le 14 juillet 2010 | Ecrit par | Catégories : Festivals | 8 commentaires »

Dans cette partie de la Catalogne où le tourisme de masse est la règle, quelques irréductibles ont fait le pari de créer un festival à la programmation intergénérationnelle. Situé dans le cadre unique du parc de Valmy, l’événement accueille plus de 9000 spectateurs lors de chacune des trois soirées. L’occasion de croiser la route de monstres sacrés du rock (The Stooges, Deep Purple, Patti Smith) et de jeunes pousses (Gush, Izia, Coeur de Pirate).

Argelès-Plage, ses campings, ses marchands de glaces, de tongs et ses sempiternelles pizzerias-crêperies-mouleries. Aucun doute, nous sommes au royaume du tourisme familial bon marché. Ici c’est la plage qui est au coeur de toutes les activités, le centre névralgique de toutes les animations. Point de place à la culture, quelle qu’elle soit, on vient à Argelès pour ne penser à rien et profiter du bon temps au soleil.

Jacques Dutronc face au château de Valmy

C’est ce cadre étonnant qu’a choisi l’organisateur local La Frontera pour mettre sur pied l’un des plus beaux festivals rock du Sud-Ouest. Argelès-sur-Mer recèle en effet un joyau : le château de Valmy et son parc. Initiée en 1906 par l’industriel Pierre Bardou et son gendre Jules Pams, plusieurs fois ministre sous la IIIe République, sa construction se terminera en 1925. Le château appartient désormais à un particulier qui l’a transformé en chambre d’hôte, tandis que le parc, propriété de la ville d’Argelès, est prêté aux organisateurs dans le cadre de leur partenariat.

Un écrin face à la mer

C’est donc depuis les hauteurs de la commune, avec vue imprenable sur la mer, que les artistes se produisent. Le premier soir s’annonçait comme une fête pour les amateurs de chanson française. Coeur de Pirate, Renan Luce et De Palmas partageaient l’affiche avec deux pointures moins connotées : Suzanne Vega et Jacques Dutronc. La première se retrouvait pourtant reléguée à ouvrir le festival dès 18 h. Accompagnée simplement de ses bassiste et guitariste au niveau technique exceptionnel, l’Américaine a procuré aux spectateurs un réel moment de grâce. Dutronc, tête d’affiche de la soirée, fera quant à lui dans l’efficace, ne jouant que des tubes pendant presque une heure et demie. De quoi nous rappeler, si on l’avait oublié, la carrière d’envergure du Corse d’adoption (il brandira même le drapeau de l’île de Beauté sur scène).

Iggy Pop toujours aussi affuté

Tout autre ambiance le lendemain. Ce samedi soir deux légendes partageaient la scène : Patti Smith et Iggy Pop. Le concert de la première fut un moment de poésie extraordinaire. Un instant d’émotion pure qui tire des larmes sincères face à la beauté de l’ensemble. Une prestation qui risque de rester gravée dans l’histoire du festival. Iggy Pop n’était pas aussi subtil. Après s’être pris une crash barrier en plein visage lors de son concert de la veille, l’iguane reste tout de même d’attaque et fait le job. Il se tortille, se déhanche comme un forcené et ressortira de scène épuisé, soutenu par deux vigiles. Izia clôturera la soirée avec une fougue qui n’a rien à envier à son prédécesseur. Quelques heures avant, on l’entendait pourtant confier en coulisse au chanteur des BB Brunes avoir un trac monstre de jouer après les Stooges. Même si on peut lui reprocher d’en faire un trop lors de son show, impossible de penser qu’elle ne donne pas tout.

Pour cause de finale de la Coupe du monde le dimanche, la dernière soirée aura finalement lieu le lundi 12 juillet. Après avoir subi les balances de Saez pour cause d’arrivée tardive depuis Liège, mais surtout son concert où il adore enfoncer les portes ouvertes, on peut passer aux choses sérieuses. Deep Purple, l’un des groupes fondateurs du hard rock, s’en donne à coeur joie et enchaine ses tubes sourire aux lèvres : Highway star, Strange kind of woman, Lazy et bien entendu l’inusable Smoke on the water. Ne manquait que Child in time, pourtant l’un des plus beaux de l’histoire du rock. Puis Gossip vient clore les trois jours de festivités par une prestation mi-figue mi-raisin. On a connu Beth Ditto bien plus inspirée et surtout plus en forme.

Outre les prestations impeccables des figures tutélaires du rock présentes le week-end dernier, on retiendra pourtant autre chose de cette quatrième édition des Déferlantes. Difficile en effet de ne pas être marqué par la volonté des organisateurs de faire plaisir au public le plus large possible grâce à une ouverture d’esprit peu commune. Un bol d’air frais et d’authenticité, loin des clichés touristiques d’Argelès-Plage.