La musique vaut toutes les philosophies du monde.

Liars / Sisterworld

Publié le 2 mars 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 3 commentaires »

Sisterworld débute sur une voix  douce accompagnée d’un choeur angélique avant une déflagration, une minute et quarante secondes plus tard. Ce premier titre Scissor résume finalement bien ce nouvel album de Liars : une alternance de mélodies subtiles et de rage expulsée. Sur une rythmique lourde, cordes et glockenspiel habillent No barrier fun, tandis que Here comes all the people commence sur une guitare claire, qui n’est pas sans rappeler les sons utilisés par Cure à ses tout débuts. La suite de la chanson est une superposition d’harmonies vocales et de notes légèrement dissonantes créant cette ambiance toute particulière. Drip évolue dans une atmosphère sourde et cotonneuse, les claustrophobes en seront pour leurs frais. L’esprit post-punk des débuts reprend ses droits sur Scarecrows on a killer slant. Une basse électronique accompagne une rythmique martiale et des guitares saturées.

Puis l’ambiance se calme sur I still can see an outside world où les harmonies vocales rappellent des Beatles encore plus sous acide qu’à l’époque. Mais là encore, le temps se gâte et la retenue ne manque pas d’exploser comme pour rappeler la structure de Scissor. Avec ses cinq minutes au compteur, Proud evolution pourrait presque passer pour un morceau de rock progressif au milieu de ces titres courts, au lieu de ça, l’hypnotisme du morceau ferait plutôt penser à la parfaite résurrection de Can. Drop dead continue ensuite d’explorer cette atmosphère bancale chère au groupe, puis The overachievers renoue avec un punk que les Ramones n’auraient pas renié. Goodnight everything se fait quant à elle plus douce et remplie de riffs lancinants et même conclue par des cuivres. Too much, too much fait mentir son titre en concluant cet album qui parait court malgré ses quarante-deux minutes. Là encore, le chant est mis en avant, Liars en oublie même la rythmique, le faisant évoluer sur une nappe de guitare entêtante.

Superbe effort que ce Sisterworld pour les New Yorkais de Liars. Ne capitalisant pas sur leurs albums passés, le groupe arrive à se réinventer et avancer en explorant de nouvelles pistes. L’un des plus beaux albums de rock de cet hiver finissant.


Gorillaz / Plastic beach

Publié le 26 février 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 27 commentaires »

Gorillaz a changé, c’est ce dont on a pu se rendre compte hier soir lors de l’écoute du nouvel album, Plastic beach, organisée par EMI avant sa sortie le 8 mars prochain. Une écoute c’est insuffisant pour se faire une idée définitive, mais c’est assez pour donner ses premières impressions. Quand on pose le casque, une fois que tout l’album a défilé, un sentiment mitigé se dégage. Oui ce nouvel album détonne dans la discographie du groupe, un pas a été franchi en terme de variété de production. Non, les featurings à foison sur ce disque, prometteurs, ne sont pas tous bons.

Après une Orchestral intro, voilà Snoop Dogg qui débarque dans l’univers du groupe en cartoon. Le beat de Welcome to the world of the plastic beach est lourd, les riffs funky fusent, on se balade dans une Californie enfumée et on s’en prend plein la gueule dès l’ouverture. Kano et Bashy prennent le relais sur White flag. Bien plus agressif ce titre marie hip-hop et sonorités orchestrales orientales. Damon Albarn montre enfin le bout de son nez sur Rhinestone eyes. Quelque peu désabusé, il use ici du talk over sur un rythme downtempo, habillé de quelques riffs de funk synthétique. Stylo, premier extrait déjà entendu sur le Net donne finalement le ton de cet album. Ce retour aux sources electro funk du hip-hop est ce qui fait la marque de fabrique de l’album. Sur ce titre Mos Def (en retrait) et l’immense Bobby Womack s’en donnent à coeur joie. Gruff Rhys de Super Furry Animal donne ensuite le change à De La Soul sur Superfast jellyfish. Couplet hip-hop, refrain pop-rock, on comprend vite qui fait quoi.

Troisième sommet de l’album après Welcome to the world of the plastic beach et Stylo, Empire ants avec les méconnus Little Dragon déroule son ambiance éthérée sur des rythmes qui se colorent une nouvelle fois d’electro funk. Le tout est intense et la chanteuse du groupe emblématique. Glitter freeze s’annonce ensuite comme l’un des importants featurings de l’album puisque Mark E Smith de The Fall y participe. On est vite dérouté, puis emporté. La rythmique est martiale, parfois bancale, les synthés sont agressifs et le chanteur n’y fait que déclamer quelques phrases. La conclusion de la chanson est plus légère et lumineuse. On respire enfin. Une rupture est marquée dans l’évolution du disque.

Nouveau sommet du côté des invités de marque, Some kind of nature avec Lou Reed déçoit. Avec ce titre on repart sur une veine plus pop et Damon Albarn accompagne le New Yorkais dans son délire. Le chanteur de Blur s’offre ensuite son quart d’heure américain, seul sur On melancholy hill (dansant et enjoué) puis Broken aux forts relents de son ancien groupe, Death of a party rode dans les parages. Quatrième sommet de l’album, Sweepstakes donne au flow de Mos Def un extraordinaire écrin. La production très électronique et sombre de cet ambitieux titre propose une progression et une superposition de trames sonores. Des beats de batterie acoustique s’ajoutent au long du morceau, on en ressort étourdi.

Immense déception, les retrouvailles des Clash survivants Mick Jones et Paul Simonon sur Plastic beach sont d’une nullité sans pareille. À trop attendre, on est forcément déçu, Gorillaz ne déroge pas à la règle. To binge marque le retour de Little Dragon, pour une ritournelle en duo avec Damon. Dernier sommet, Cloud of unknowing met en avant toute la classe de Bobby Womack seul aux manettes dans cet exercice soul orchestral. Puis l’album se referme avec un seizième titre offert à Damon, Pirate jet, qui ne propose rien d’inoubliable. Les fans du groupe vont être surpris, le son Gorillaz n’est plus le même. Une nouvelle étape vient d’être franchie, plus adulte, plus mature, plus travaillée. Il ne reste plus qu’à écouter ce disque de nouvelles fois pour se faire un avis définitif.


Agoria / Balance 016

Publié le 24 février 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 2 commentaires »

L’art du DJ mix est délicat. Celui enregistré sur disque encore plus. Une prestation éphémère devant un public a ceci d’excitant qu’elle se cale sur le désir de la foule, sur son envie de danser et sa réceptivité à la musique proposée. Certains de ces sets enregistrés en club dans des conditions idéales ont durablement marqué l’histoire des albums mixés. L’un des plus beaux exemples de ce type est la série Mix-up éditée par Sony Japon dans les années 90. Takkyu Ishino, Ken Ishi, Fumiya Tanaka, mais surtout Derrick May et Jeff Mils avaient dynamité le genre avec leurs sets explosifs. Enregistrés en live, on y entendait notamment les cris du dancefloor à chaque break tonitruant. Le genre de disque qui donne des frissons, même après des années d’écoutes intensives.

L’exercice auquel s’attaque Agoria avec ce Balance 016 est tout autre. Il relève de la réflexion plutôt que de l’instinctivité. Ici, rien n’est dû à l’improvisation, on se trouve plutôt devant une compilation mixée. Les titres sont choisis et calés au millimètre. C’est le mental qui prime sur le physique. Le genre avait trouvé l’un de ses maitres en la personne de Richtie Hawtin. Le Canadien avait notamment produit l’un des summums du genre en 1999, Decks, EFX & 909 et dans une moindre mesure, sa suite en 2001, DE9 | Closer to the edit. En écoutant ces disques, on comprend mieux pourquoi il a participé de près à l’élaboration du logiciel Final Scratch. Bien plus récemment Joris Voorn avait franchi une nouvelle étape dans ce sens l’année dernière avec le Balance 014, un incroyable mix chirurgical en deux CDs puisant dans plus de cent titres. Un hymne à l’amour d’Ableton Live.

Le Français Agoria est pour sa part bien plus sage. Ce Balance 016, double CD également, ne s’attaque qu’à une cinquantaine de titres. Bien heureusement, beaucoup de styles y passent, toujours enchainés avec la classe et goût auxquels nous a habitués l’un des fondateurs du label InFiné. LCD Soundsystem, Jonny Greenwood, Tosca, Avril, Aphrodite’s Child, Sylvain Chauveau, Emiliana Torrini ou Aufgang ont ainsi été choisis par le DJ. Autant dire que le voyage proposé (le premier disque est sous-titré Aller retour) ne se limite pas à la seule techno à laquelle certains auraient pu s’attendre. Agoria ne réduit toutefois pas sa participation à la série Balance à un simple enchainement. L’ordre et le mix est d’une cohérence extrême et se nourrit de superbes montées telles celle proposée par l’assemblage d’Altre voci d’Agoria et de Train in Austria part 2 de Glimpse. Sans aucun doute l’un des plus beaux numéros d’équilibriste de ce début d’année.


Dorian Wood : artiste Net Emergence de février

Publié le 10 février 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques, Internet | 4 commentaires »

Enfin ! Enfin, je vous parle de cette incroyable « utopie musicale » initiée par Valoche, créateur du très bon blog B comme BoxsSons. Net Emergence part d’une idée simple et noble : faire émerger tous les mois un artiste déniché sur le Web. Pour cela le principe est simple : un jury de 12 personnes (musiciens, blogueurs, journalistes ou simples amateurs de musique) choisit un groupe parmi la liste proposée. Une fois celui-ci sélectionné, chacun doit relayer l’information pour faire connaître l’artiste au plus grand nombre. J’ai l’honneur de faire partie du jury depuis la création du projet il y a trois mois et la honte de n’en parler enfin sur ce blog qu’aujourd’hui !

Ça aurait été un crime de passer sous silence le talent de Dorian Wood. Ce Californien auteur d’un premier album paru en 2007, Bolka, et d’un EP en 2009, Black pig suite, compose une pop qu’on pourrait qualifier tout simplement de parfaite. Avec peu de moyens, Dorian Wood a réussi à réunir sur ces quatre chansons une ribambelle de musiciens et d’instruments : trompettes, accordéons, choristes ou contrebasses. Navigant entre les relents déglingués de Tom Waits et la voix de Michael Stipe, Dorian Wood est une vraie belle découverte. Il ne lui reste plus qu’à compter sur son talent pour attirer le public qu’il mérite. Ou toucher du bois.


Domenico Curcio / Piano Solo

Publié le 9 février 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 4 commentaires »

En ces temps agités de crise du disque, certains artistes ou labels n’hésitent pas à tenter l’innovation. C’est souvent le meilleur moment pour trouver de nouvelles solutions de commercialisation de la musique, comme le soutien Emmanuel Torregano dans son livre d’entretiens Vive la crise du disque. C’est également concrètement le cas de Domenico Curcio, un pianiste belge qui depuis plusieurs mois a mis sur pied son album Piano solo. Désormais enregistré et disponible, l’album a suivi une longue gestation très intéressante dans sa démarche.

Dès l’année dernière, Domenico Curcio commence à faire parler de lui en proposant chaque semaine une vidéo de lui interprétant un nouveau titre de son album. Il dévoile ainsi comme cela son disque au fur et à mesure et mise sur la fidélité de son auditoire. Mais c’est une autre idée qui fera beaucoup parler de lui : son concept de concert à domicile en direct. Le pianiste se déplace ainsi gratuitement chez vous gratuitement (seuls le logement et le voyage sont à vos frais). En invitant ses amis et en les faisant participer à ces frais, on obtient ainsi un concert intimiste par un pianiste talentueux pour un prix dérisoire et très éloigné des tarifs des concerts actuels.

Depuis le mois dernier, l’album de Domenico Curcio est enfin disponible. Là encore, son mode de distribution est original. Le prix du téléchargement est à la discrétion de l’internaute, le montant est libre. Le CD au packaging soigné est en revanche vendu 15 euros, dont 2 euros iront directement dans la poche de l’Unicef. Le comble dans tout ça, c’est que cet album est très bon. Les dix huit titres sont d’une cohérence parfaite et rappellent au grès de leurs notes aussi bien Erik Satie, que Keith Jarret ou encore Harrold Budd, mais avec une influence romantique très présente. En plus d’être sympathique, Domenico Curcio est talentueux et imaginatif. Ce serait dommage de ne pas aller à sa rencontre.


Four Tet / There is love in you

Publié le 6 février 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 5 commentaires »

Difficile d’arriver après la tempête. Que dire d’un tel album alors que tout a été très justement dit bien avant ? Que faire d’un disque qui obsède autant une platine ? Comment arriver à décrocher d’un tel album ? Difficile à dire quand on entend de quelle manière Kieran Hebden a produit There is a love in you. Touche-à-tout de génie, le guitariste de Fridge (son groupe à la discographie en pointillé) survole les styles sans aucun complexe. Mieux encore, il se permet non pas de les juxtaposer, mais de dépasser ce genre de collage grossier commun à beaucoup de groupes qui tentent le cross over. En résulte des titres d’une finesse extrême, navigant entre l’ambient, le folk, le jazz, le trip-hop ou l’electronica.

La presse britannique s’était même risquée il y a quelques années à inventer le mot folktronica pour qualifier le style de Pause, son second album. Rien n’y fera, même ce néologisme sera de trop pour parler de cette « intelligent dance music ». Énumérer ces genres ne rime finalement à rien, pour décrire la musique de Four Tet. Il vaut mieux parler ici d’émotions, car ce sont bien elles qui guide l’écoute de There is in love in you. Angel echoes nous donne l’impression d’être pris dans un tourbillon vocal. Les neuf minutes de Love cry et sa rythmique jazz hypnotisent par son hédonisme. Circling incite à l’introspection, tandis que Sing et son gimmick entêtant donnent envie de danser. Les arpèges de This unfolds nous plongent dans une léthargie régénérante et Revesing nous englobe dans une ouate confortable et onirique. Puis Plastic people nous en réveille et She just likes to fight conclue l’album en nous donnant un incroyable espoir en la vie.

Parfois, écrire permet d’évacuer une obsession et de passer à autre chose. Rien n’est moins sûr avec ce disque.


Clara Moto – Polyamour

Publié le 3 février 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 10 commentaires »

À l’heure où la pop mondiale ne regarde que le nombril de Brooklyn, certains labels comme InFiné préfèrent braquer leurs projecteurs sur des tendances venues d’ailleurs. Après Aufgang l’année dernière, c’est sur le premier album de Clara Moto que s’ouvre 2010 pour l’indépendant français.

Loin de l’esthétique classico-technoïde du trio, l’Autrichienne s’applique dans une musique électronique froide et minimaliste. Sur des beats très ronds et groovy, Clara Moto pose quelques percussions discrètes et des mélodies tout en finesse. La native de Graz se permet même de rappeler sur cet album Mimu. Cette chanteuse, déjà aperçue sur le titre Silently l’année dernière, pose ici sa voix sur Deer and fox. Le résultat très réussi sonne comme un Superpitcher au féminin.

Mais Clara Moto ne sait pas seulement réaliser de la musique dansante. Elle oublie également les rythmes comme sur les superbes Goodnight twilight ou Joy of my heart (avec quelques bribes vocales). Quand les beats reprennent, comme sur Three minutes ou Take a second, on se voit bien danser dessus au petit matin, en plein milieu du Panorama Bar de Berlin en regardant le soleil se lever par la fenêtre. Le genre de groove par lequel on est emporté grâce à la mélodie qu’il souligne. Comme souvent, quand la pop tourne en rond, le mieux est encore de se tourner vers la musique électronique.


Top des blogueurs 2009

Publié le 16 décembre 2009 | Ecrit par | Catégories : Disques | 7 commentaires »

Le Top Blogueurs 2009 : La sélection des meilleurs albums de l’année :

Le Top des Blogueurs regroupe 37 passionnés de musique réunis autour d’un classement des meilleurs albums de l’année avec pour objectif de défendre leurs coups de cœur et découvertes sans pour autant négliger les incontournables de 2009. Après de longs débats et plus de 580 disques cités, nous sommes heureux de vous présenter cet article collaboratif publié à l’identique sur tous nos blogs ! Lire la suite »


Massive Attack / Heligoland

Publié le 10 décembre 2009 | Ecrit par | Catégories : Disques | 17 commentaires »

Massive Attack peut-il se réinventer après plus de vingt ans de carrière ? L’ancien Wild Bunch peut-il être encore musicalement pertinent ? Heligoland, dans les bacs le 8 février prochain, nous donne la réponse. Surprenante. Lire la suite »


Benjamin Biolay / La superbe

Publié le 24 octobre 2009 | Ecrit par | Catégories : Disques | 50 commentaires »

benjamin biolay la superbe

Benjamin Biolay vient de briser la malédiction qui le poursuivait. Avec La superbe, il est enfin reconnu à sa juste valeur au sein d’une chanson française amorphe et convenue.

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