15 mai 2010, il souffle un vent encore froid à Paris malgré le printemps bien avancé. En ce week-end de l’Ascension, la Flèche d’Or est pourtant aussi peu remplie qu’en plein mois d’août. On rêve depuis un mois à l’été qui avait bizarrement fait une apparition durant le Printemps de Bourges. Depuis un mois tourne aussi en boucle sur la platine Bye bye cellphone, le premier album du trio parisien 1973.
Sur la scène de cette ancienne gare de la Petite Ceinture parisienne, le trio accompagné de sa section rythmique déroule sa pop subtile et réchauffe enfin l’ambiance pourrie précédemment par Young Man. Difficile de penser que derrière ce titre naïf se cachait autre chose qu’un disque de hippies prônant le retour aux sources. La date choisie comme nom de baptême du groupe pouvait également laisser penser à des gamins de dix-huit ans, nostalgiques d’une époque où le rock n’était pas seulement une mode chez H&M. Rien de tout ça n’est finalement juste, ce premier album n’est rien d’autre que le premier disque de grands gamins, très loin d’être des teenagers.
Comment des gosses auraient-ils pu de toute manière composer ces onze chansons au sens mélodique plus entendu en France depuis longtemps ? Pour arriver à ce niveau de perfection en terme d’arrangement pop, c’est vers les années 60 qu’il faut se tourner. Du banjo aux claviers vintage, tous les clichés y passent sans pourtant jamais sonner comme tels. Difficile, voire impossible, de ne pas écouter l’album en entier une fois lancé et être émerveillé devant tant de cohérence. L’évidence même des mélodies et l’atmosphère terriblement ensoleillée de l’ensemble nous fait finalement pousser des ailes et rêver d’évasion.
Road trip en cabriolet à travers les États-Unis, cheveux aux vents pour ceux à qui il en reste, ou farniente au bord de l’eau. On s’imagine pendant ce moment précieux où le soleil se noie dans la mer. Plus rien alors n’a d’importance puisque l’endless summer est là et que l’on tient le disque parfait pour l’accompagner. Et l’on pense alors aux propos de Montesquieu dans son interprétation de la théorie des climats : « la paresse y sera le bonheur ».
Un tube tient à peu de choses. Certains producteurs et compositeurs en rêvent pendant des années avant d’en décrocher enfin un. D’autres ont une recette personnelle, déclinable à l’envie, mais ne fonctionnant en général qu’un temps. Enfin, certains préfèrent l’artisanat : une voix et une guitare suffisent parfois. Lilly Wood & The Prick l’a bien compris.
Au tout début de l’année dernière débarquait un EP de six titres intitulés malicieusement Lilly Wood and the what ? . Enregistré avec trois bouts de ficelles il posait déjà les bases du duo formé par Ben et Nili. Avant de se conclure sur une étonnante reprise de L.E.S. artistes de Santogold, le disque s’ouvrait surtout sur Down the drain, incroyable tube en puissance. Une rythmique simple et entrainante, un décalage total avec des paroles qu’il vaut mieux ne pas traduire sous peine de dépression et un refrain imparable composaient cette recette implacable. Depuis, beaucoup de travail a été fait. Le groupe a rencontré le producteur Pierre Guimard, ressorti une seconde version de l’EP, mieux produite et s’est surtout attelé à la ce premier album.
Beaucoup pensaient que Lilly Wood & The Prick n’étaient finalement qu’un énième groupe de folk parisien qui finirait noyé au milieu de ses contemporains. À l’écoute d’Invicible friends, c’est certainement le contraire qui se produira. Petite usine à tube, l’album n’hésite pas à côtoyer tous les styles, sans jamais frôler l’overdose. La longue intro voix piano teinté de soul sur Cover my face débouche finalement sur une pop langoureuse. No no (kids) est une déclaration d’amour à toutes celles qui se contrefichent de leur horloge biologique. Prayer in C devient une lente ritournelle grâce à un parfait gimmick de flute. Le duo se permet même de commettre un nouveau tube avec My best. Si les radios jouent le jeu, Lilly Wood & The Prick deviendront les prochains The Ting Tings ou The Dø. Rien de moins.
Du rock rageux et du hip-hop qui fait bouger la tête de bas en haut. Ce mois-ci, le jury de Net Emergence n’a pu trancher entre deux artistes qui l’ont séduit : Electric Electric et Roger Moll’s.
Point commun des deux élus du mois : produire une musique instrumentale. Preuve qu’un chanteur est loin d’être indispensable à une musique de qualité. Quelques gimmicks de voix chez Electric Electric, quelques bribes vocales chez Roger Moll’s, cela suffit à remplacer le parfois lassant schéma couplet/refrain.
Les points communs s’arrêtent toutefois là. Electric Electric fait plutôt dans le rock nerveux, dansant et explosif. Roger Moll’s est quant à lui du genre à bricoler dans son coin avec son sampler. Tout y passe : violons, orgues et même le superbe Jane B. de Gainsbourg, chanté par Birkin en 1969.
Bourges, 17 avril 2010, Foals donne l’un des meilleurs concerts du Printemps. Dans le Palais d’Auron, l’autre quintet d’Oxford joue devant un public hyper réceptif. Les teenagers de l’assistance se prennent en pleine face la précision du jeu du groupe, ses grooves syncopés, mais surtout son énergie et son plaisir de jouer ensemble. Fort logiquement, on se met à attendre plus de raison, son second album. Depuis déjà quelques semaines, l’attente du successeur d’Antidotes semble se rallonger au fur et à mesure que l’on se rapproche de sa date de sortie.
En 2008, Foals avait en effet composé l’un des tout meilleurs albums de l’année. Antidotes était un équilibre parfait entre complexité math rock et mélodies pop. Rien que Red sock pugie proposait un refrain plus catchy que n’importe quelle clip de MTV dans les 80s. La même année en novembre, les Anglais retournaient également la Cigale pour le Festival des Inrocks grâce à un Yannis Philippakis survolté qui n’hésitait alors pas à grimper sur le balcon de la salle parisienne. Claque sur disque, claque sur scène, le groupe se plaçait ainsi de belle manière sur l’échiquier du rock européen.
C’est donc avec circonspection que l’on découvre Total life forever pourtant porté par une superbe chanson dévoilée il y a quelques semaines via un clip magnifique. Spanish Sahara promettait en effet monts et merveilles : quelques accords subtils au son d’une guitare claire, voix cristalline de Philippakis, immense montée en intensité se terminant par une explosion rythmique et mélodique. Malheureusement, ce sera la meilleure chanson de l’album, loin devant le reste du tracklisting. Quelques rares titres émergent toutefois de l’ensemble : Blue blood, le single This orient, Black gold ou After glow. Le reste n’est pas convaincant, comme Miami qui sonne comme un vieux Cure mal dégrossi. Album décevant, prestations scéniques extraordinaires, c’est tout le paradoxe qui anime Foals, un groupe qui aime décidément marquer sa différence.
Album disponible le 10 mai
En concert le 2 juillet aux Eurockéennes et le 27 août à Rock en Seine
L’art du remix est certainement l’un des exercices les plus casse-gueule qu’il soit. Certains s’en sont fait une spécialité à en devenir médiocres dans leurs propres productions, d’autres essayent tant bien que mal de s’y adonner. Outre un simple morceau, le remix peut aussi redonner vie à un album complet.
Depuis les années 90, les remix ou dub albums ont ainsi fleuri de toute part. Quelques exemples ont ainsi illuminé la discographie de certains artistes. En 1995 Ruby, pseudo de Lesley Rankine ancienne chanteuse de Silverfish, sortait ainsi Salt peter son premier album solo produit par Mark Walk. Si le résultat était loin d’être catastrophique, le disque restait toutefois un cran en dessous de la production electro-trip-hop-rajoutezlamentiondésirée de l’époque. Un an plus tard, patatras, il fallait revoir son avis avec la sortie d’un remix album judicieusement sous titré Revenge, the sweetest fruit. On y retrouvait quelques plus beaux noms d’alors : Peshay, Red Snapper, Monkey Mafia, Primal Scream et surtout Fila Brazilia pour une version de The whole is equal to the sum of its parts qui restera l’une des référence downtempo de la décennie.
À la même époque, Massive Attack confie les bandes de No protection à l’un des maîtres du dub : Mad Professor. Passé sous sa moulinette, le disque retrouve le pouvoir hautement hypnotique d’un groupe constamment sous l’emprise d’une herbe folle. Toujours dans l’exercice dub, en 1997 Adrian Sherwood, fondateur de l’incroyable label On-U Sound, passera Vanishing point de Primal Scream au filtre du dub. Cet album d’une richesse déjà affirmée verra son côté hallucinatoire renforcé par le traitement du sorcier du delay sur cet Echo dek.
La démonstration Ruby a donc également court 15 ans plus tard. Sorti l’année dernière, No hassle n’avait pas déchainé les passions par ses compositions plutôt passe-partout. Loin très loin des premiers albums très convaincants du duo autrichien. On espérait alors que le remix album (il est systématique chez Tosca pour chaque nouvel opus) remette du baume au coeur des fans déçus. Bien en a pris à Richard Dorfmeister et Rupert Huber puisque ce Pony (no hassle versions) est une réussite totale.
Le tempo global de l’album s’accélère pour éviter de nous endormir comme l’original. Les influences reggae pointent également le bout de leur nez sur la version de Birthday par Grant Phabao. Le remix d’Elitsa par Stevie Kotey et Robin Lee lorgne carrément du côté des clubs, tout comme celui de Joe Si Ha par Pete Herbert et Phil Mison. L’album se paye même le luxe de se terminer par une magnifique version tout en corde de Rosa par le KuK Streichquartett. Convaincante, cette version prend donc l’ascendant sur l’originale, un comble pour Dorfmeister qui avec Kruder a réalisé quelques-uns des plus beaux remixes des 90s.
Des claquements de doigts, une voix sans artifice teintée d’un grain de folie, un beat de batterie : voilà comment Song X ouvre Origin of stars, le nouvel album de Kyrie Kristmanson. Dès cette première chanson, on est hypnotisé par la Canadienne dont le chant imprévisible peut exploser à tout moment.
Dépassant les canons classiques du folk, la chanteuse n’hésite pas à puiser aussi bien du côté du jazz (Eruption) que de la classique ballade (Wicked wind) ou du chant traditionnel qu’on pourrait entonner autour d’un feu (Song for a blackwind). Et malgré ces différences de styles notables, l’ensemble reste d’une homogénéité à toute épreuve.
Un tour de force que rend possible la grâce de sa voix singulière, loin des clichés folk neurasthéniques du moment. Vingt ans à peine et sa musique sent déjà la maturité à plein nez. Les arrangements restent toujours sobres et minimalistes en faisant appel à la trompette, au piano ou la simple guitare sèche.
Désormais parisienne, l’étudiante prépare à la Sorbonne une thèse sur les trobairitz des XIIe et XIIIe siècles. Elle se permet même une chanson en Français, un hymne médiéval à Montmartre qui rendrait jalouse Amélie Poulain. Quelques mois après l’incontournable Chamber music de Ballaké Sissoko & Vincent Ségal, le label No Format frappe une nouvelle fois un grand coup. En onze chansons et seulement trente minutes, Kyrie Kristmanson met KO Iva Bittová, enfonce Sophie Hunger (de retour le 12 avril avec 1983) et nous rappelle que la Björk des 90s nous manque.
Le vote a été difficile ce mois-ci pour élire l’artiste Net Emergence de mars. On vous avait déjà parlé du concept en février avec l’élection de l’incroyable Dorian Wood. Ce mois-ci on change complètement d’ambiance avec les Norvégiens de The Captain And Me.
Avec les beaux jours qui reviennent, on dirait que le jury de Net Emergence a eu envie de jeter la mélancolie par les fenêtres et de faire entrer un peu de joie dans sa playlist. Avec sa « Maximalistic epic conceptual balkan country », le groupe remplit tout à fait cette mission. Maintenant, c’est à vous de jouer et de faire passer la bonne parole. Le but est de faire connaître The Captain And Me tout autour de vous !
Sisterworld débute sur une voix douce accompagnée d’un choeur angélique avant une déflagration, une minute et quarante secondes plus tard. Ce premier titre Scissor résume finalement bien ce nouvel album de Liars : une alternance de mélodies subtiles et de rage expulsée. Sur une rythmique lourde, cordes et glockenspiel habillent No barrier fun, tandis que Here comes all the people commence sur une guitare claire, qui n’est pas sans rappeler les sons utilisés par Cure à ses tout débuts. La suite de la chanson est une superposition d’harmonies vocales et de notes légèrement dissonantes créant cette ambiance toute particulière. Drip évolue dans une atmosphère sourde et cotonneuse, les claustrophobes en seront pour leurs frais. L’esprit post-punk des débuts reprend ses droits sur Scarecrows on a killer slant. Une basse électronique accompagne une rythmique martiale et des guitares saturées.
Puis l’ambiance se calme sur I still can see an outside world où les harmonies vocales rappellent des Beatles encore plus sous acide qu’à l’époque. Mais là encore, le temps se gâte et la retenue ne manque pas d’exploser comme pour rappeler la structure de Scissor. Avec ses cinq minutes au compteur, Proud evolution pourrait presque passer pour un morceau de rock progressif au milieu de ces titres courts, au lieu de ça, l’hypnotisme du morceau ferait plutôt penser à la parfaite résurrection de Can. Drop dead continue ensuite d’explorer cette atmosphère bancale chère au groupe, puis The overachievers renoue avec un punk que les Ramones n’auraient pas renié. Goodnight everything se fait quant à elle plus douce et remplie de riffs lancinants et même conclue par des cuivres. Too much, too much fait mentir son titre en concluant cet album qui parait court malgré ses quarante-deux minutes. Là encore, le chant est mis en avant, Liars en oublie même la rythmique, le faisant évoluer sur une nappe de guitare entêtante.
Superbe effort que ce Sisterworld pour les New Yorkais de Liars. Ne capitalisant pas sur leurs albums passés, le groupe arrive à se réinventer et avancer en explorant de nouvelles pistes. L’un des plus beaux albums de rock de cet hiver finissant.
Gorillaz a changé, c’est ce dont on a pu se rendre compte hier soir lors de l’écoute du nouvel album, Plastic beach, organisée par EMI avant sa sortie le 8 mars prochain. Une écoute c’est insuffisant pour se faire une idée définitive, mais c’est assez pour donner ses premières impressions. Quand on pose le casque, une fois que tout l’album a défilé, un sentiment mitigé se dégage. Oui ce nouvel album détonne dans la discographie du groupe, un pas a été franchi en terme de variété de production. Non, les featurings à foison sur ce disque, prometteurs, ne sont pas tous bons.
Après une Orchestral intro, voilà Snoop Dogg qui débarque dans l’univers du groupe en cartoon. Le beat de Welcome to the world of the plastic beach est lourd, les riffs funky fusent, on se balade dans une Californie enfumée et on s’en prend plein la gueule dès l’ouverture. Kano et Bashy prennent le relais sur White flag. Bien plus agressif ce titre marie hip-hop et sonorités orchestrales orientales. Damon Albarn montre enfin le bout de son nez sur Rhinestone eyes. Quelque peu désabusé, il use ici du talk over sur un rythme downtempo, habillé de quelques riffs de funk synthétique. Stylo, premier extrait déjà entendu sur le Net donne finalement le ton de cet album. Ce retour aux sources electro funk du hip-hop est ce qui fait la marque de fabrique de l’album. Sur ce titre Mos Def (en retrait) et l’immense Bobby Womack s’en donnent à coeur joie. Gruff Rhys de Super Furry Animal donne ensuite le change à De La Soul sur Superfast jellyfish. Couplet hip-hop, refrain pop-rock, on comprend vite qui fait quoi.
Troisième sommet de l’album après Welcome to the world of the plastic beach et Stylo, Empire ants avec les méconnus Little Dragon déroule son ambiance éthérée sur des rythmes qui se colorent une nouvelle fois d’electro funk. Le tout est intense et la chanteuse du groupe emblématique. Glitter freeze s’annonce ensuite comme l’un des importants featurings de l’album puisque Mark E Smith de The Fall y participe. On est vite dérouté, puis emporté. La rythmique est martiale, parfois bancale, les synthés sont agressifs et le chanteur n’y fait que déclamer quelques phrases. La conclusion de la chanson est plus légère et lumineuse. On respire enfin. Une rupture est marquée dans l’évolution du disque.
Nouveau sommet du côté des invités de marque, Some kind of nature avec Lou Reed déçoit. Avec ce titre on repart sur une veine plus pop et Damon Albarn accompagne le New Yorkais dans son délire. Le chanteur de Blur s’offre ensuite son quart d’heure américain, seul sur On melancholy hill (dansant et enjoué) puis Broken aux forts relents de son ancien groupe, Death of a party rode dans les parages. Quatrième sommet de l’album, Sweepstakes donne au flow de Mos Def un extraordinaire écrin. La production très électronique et sombre de cet ambitieux titre propose une progression et une superposition de trames sonores. Des beats de batterie acoustique s’ajoutent au long du morceau, on en ressort étourdi.
Immense déception, les retrouvailles des Clash survivants Mick Jones et Paul Simonon sur Plastic beach sont d’une nullité sans pareille. À trop attendre, on est forcément déçu, Gorillaz ne déroge pas à la règle. To binge marque le retour de Little Dragon, pour une ritournelle en duo avec Damon. Dernier sommet, Cloud of unknowing met en avant toute la classe de Bobby Womack seul aux manettes dans cet exercice soul orchestral. Puis l’album se referme avec un seizième titre offert à Damon, Pirate jet, qui ne propose rien d’inoubliable. Les fans du groupe vont être surpris, le son Gorillaz n’est plus le même. Une nouvelle étape vient d’être franchie, plus adulte, plus mature, plus travaillée. Il ne reste plus qu’à écouter ce disque de nouvelles fois pour se faire un avis définitif.
L’art du DJ mix est délicat. Celui enregistré sur disque encore plus. Une prestation éphémère devant un public a ceci d’excitant qu’elle se cale sur le désir de la foule, sur son envie de danser et sa réceptivité à la musique proposée. Certains de ces sets enregistrés en club dans des conditions idéales ont durablement marqué l’histoire des albums mixés. L’un des plus beaux exemples de ce type est la série Mix-up éditée par Sony Japon dans les années 90. Takkyu Ishino, Ken Ishi, Fumiya Tanaka, mais surtout Derrick May et Jeff Mils avaient dynamité le genre avec leurs sets explosifs. Enregistrés en live, on y entendait notamment les cris du dancefloor à chaque break tonitruant. Le genre de disque qui donne des frissons, même après des années d’écoutes intensives.
L’exercice auquel s’attaque Agoria avec ce Balance 016 est tout autre. Il relève de la réflexion plutôt que de l’instinctivité. Ici, rien n’est dû à l’improvisation, on se trouve plutôt devant une compilation mixée. Les titres sont choisis et calés au millimètre. C’est le mental qui prime sur le physique. Le genre avait trouvé l’un de ses maitres en la personne de Richtie Hawtin. Le Canadien avait notamment produit l’un des summums du genre en 1999, Decks, EFX & 909 et dans une moindre mesure, sa suite en 2001, DE9 | Closer to the edit. En écoutant ces disques, on comprend mieux pourquoi il a participé de près à l’élaboration du logiciel Final Scratch. Bien plus récemment Joris Voorn avait franchi une nouvelle étape dans ce sens l’année dernière avec le Balance 014, un incroyable mix chirurgical en deux CDs puisant dans plus de cent titres. Un hymne à l’amour d’Ableton Live.
Le Français Agoria est pour sa part bien plus sage. Ce Balance 016, double CD également, ne s’attaque qu’à une cinquantaine de titres. Bien heureusement, beaucoup de styles y passent, toujours enchainés avec la classe et goût auxquels nous a habitués l’un des fondateurs du label InFiné. LCD Soundsystem, Jonny Greenwood, Tosca, Avril, Aphrodite’s Child, Sylvain Chauveau, Emiliana Torrini ou Aufgang ont ainsi été choisis par le DJ. Autant dire que le voyage proposé (le premier disque est sous-titré Aller retour) ne se limite pas à la seule techno à laquelle certains auraient pu s’attendre. Agoria ne réduit toutefois pas sa participation à la série Balance à un simple enchainement. L’ordre et le mix est d’une cohérence extrême et se nourrit de superbes montées telles celle proposée par l’assemblage d’Altre voci d’Agoria et de Train in Austria part 2 de Glimpse. Sans aucun doute l’un des plus beaux numéros d’équilibriste de ce début d’année.