Si tu veux juger des moeurs d'un peuple, écoute sa musique.

Mechanical Bride — Living With Ants

Publié le 5 juin 2011 | Ecrit par | Catégories : Disques, Fictions | 1 commentaire »

Je n’y croyais pas vraiment et pourtant j’y suis allé. Je savais que ce serait difficile, mais malgré tout j’avais un espoir. Cette petite voix qui dit que c’est possible et que dans le domaine amoureux il n’y a aucune règle valable. C’était pourtant gros comme une maison : tout allait être compliqué. Elle était insaisissable et moi déjà dépendant d’elle.

Sous des airs de célibataire, elle n’était pas vraiment disponible et pensait encore à un autre. J’étais complètement envouté et ne pensais qu’à elle. J’avais à nouveau quinze ans, dix-sept ans plus tard. Anxieux au coeur qui palpite, je pesais chacun des mots que je lui disais, de peur de l’effrayer. Difficile de la voir. Entre deux rendez-vous, elle m’accordait un peu de temps, souvent autour d’un café, plus rarement un cocktail. Les tête-à-tête l’effrayaient. Rapidement, elle conviait ses amis, pour lesquels je n’étais également qu’un simple ami. Elle y arrivait à merveille, mais il devenait de plus en plus difficile pour moi de faire semblant. Lassé aussi d’entendre parler de ses ex, j’avais parfois l’impression d’être un déversoir à pensées ou de devenir complètement transparent. Comme si elle n’avait pas encore compris mes sentiments à son égard.

Longtemps prisonnière d’un couple qui l’avait déçue, elle était éprise de liberté. Elle ne prévoyait rien, changeait ses projets au dernier moment, faisait courir tout le monde, en plantait d’autre. Passer un moment en sa compagnie me faisait me sentir privilégié. Je buvais ses paroles, ses récits décousus mais tellement vivants. Sa position était plus que confortable. Bien installée dans son moelleux fauteuil en cuir, elle n’avait qu’à claquer des doigts pour que j’accoure. Sur mon strapontin branlant, ma liaison avec elle ne tenait à rien, ou plutôt qu’à sa bonne volonté.

Une simple décision de sa part et tout serait terminé.

Sans doute flattée par mes attentions envers elle, elle ne coupait pourtant jamais réellement les ponts, sa grande spécialité. Pétrie d’orgueil, elle ne voulait jamais perdre, rien ni personne. Être en couple sans l’être, voilà à quoi j’étais arrivé. Se parler de tout et de rien pendant la journée, ne jamais se voir le soir pour passer un moment enfin seul. J’étais devenu indisponible pour toutes les autres alors qu’elle, ne l’était que pour moi.

Elle se livrait pourtant beaucoup, sans jamais trop se dévoiler. Pour en savoir plus sur elle, il fallait creuser, gratter le vernis qui la recouvrait, passer les barrières d’une éducation qui paraissait la brider. Sous une apparence de fille bien établie se cachait une fragilité hyper sensible et un caractère bien trempé. Cela ne l’empêchait pas d’être paumée : boulots, amours, avenir, peu de choses avaient de sens pour elle. Sa remise en question était grande, la mienne avait déjà eu lieu. Dans ce cas, rien ne peut marcher. L’un ralentit, l’autre veut avancer. L’un va vers le haut, l’autre le tire vers le bas. Nous voilà à la croisée de deux chemins qui ne vont pas dans la même direction.

Les hommes y étaient pour beaucoup dans ce chagrin. Tellement séduite, tellement déçue. Je ne savais comment la convaincre de la sincérité de mon affection. Alors qu’elle avait peur de s’engager à nouveau, je ne lui proposais rien d’autre que de tenter sa chance. Bizarrement, je ne me voyais pas avec elle dans un an, ni vivre toute ma vie à ses côtés ; mais je brulais d’un désir ardent qui se réveillait dès qu’elle m’approchait. À peine sentais-je son parfum que les pensées les plus instinctives m’envahissaient. Dans un étrange rapport amour/haine, je me devais de la posséder, mais aussi de la protéger contre d’autres hommes qui continueraient à aussi peu la respecter.

Puis j’ai compris au fil des semaines, que derrière tout cela se cachait peut-être de la manipulation, qu’elle soit consciente ou pas. Je n’avais plus du tout la maitrise sur ma vie, pendu à ses décisions. Chaque coup que je pensais prendre en avance, n’était finalement qu’une réaction aux siens. Elle avait la main et savait lire mieux que quiconque dans mon jeu. J’en étais même arrivé à modifier en apparence ma personnalité pour tenter de la bluffer. En vain.

Je n’étais plus moi et je ne voulais qu’elle.

Ses bras n’ont été finalement le seul privilège intime que j’ai obtenu d’elle, mais aussi l’explication par laquelle je me suis jeté dans cette relation dont je savais qu’elle était vouée à l’échec. Je ne m’étais jamais senti aussi bien dans les bras de quelqu’un depuis des années. Ses bras qui réussissaient l’exploit de m’apaiser enfin et me dire qu’ils n’étaient là que pour moi. Ses bras dont je devais me contenter tant elle ne voulait pas se livrer plus à moi. Mes bras connaissent ; et pourtant les siens m’apprennent la patience. Mes bras dans lesquels elle ne s’est abandonnée qu’une seule fois, jouissant enfin sous mes caresses.

Ne pas savoir quand je vais la voir, quand je pourrais passer une nuit avec elle, simplement pour caresser une nouvelle fois ce corps qui m’obsède. Désorganiser ma vie pour me dire que je serai disponible à la moindre de ses demandes ; seulement pour avoir la chance d’embrasser son cou et la sentir frissonner sous mes lèvres. Pour glisser une mèche derrière son oreille et voir un sourire se dessiner sur ses lèvres. Pour avoir l’impression de braver l’interdit dès que j’approche certaines parties de son corps.

Seulement, voilà. Rien n’est possible. Je suis à nouveau seul face à moi-même. Elle n’aura été qu’une respiration, à moi maintenant de reprendre mon souffle.


Agoria — Impermanence

Publié le 9 février 2011 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Disques, Fictions | 5 commentaires »

Ce soir-là au Rex Club, l’ambiance était étrange. J’avais pourtant l’habitude d’y venir voir Agoria, véritable architecte sonore spécialisé dans les sets all night long. Mon arrivée tardive expliquait certainement l’odeur âcre de transpiration qui y régnait. Je savais que ce soir je ne rentrerai pas solitaire chez moi. Mais je n’avais manifestement pas tout prévu.

Quand on arrive à 3 h du matin, l’ambiance d’un club est immédiate. À chaque fois, je prends l’énergie du dancefloor en pleine face. Comme si les danseurs ne faisaient qu’un. Comme s’ils formaient les pistons d’une immense machine consumant de l’énergie instantanément dissipée et n’étant utile à rien, sinon à être produite. Une gabegie salvatrice dans un monde où il fallait désormais tout économiser.

Déjà ivre, je décidais de repérer quelques proies que j’estimais faciles. Je n’aimais pas parler des filles comme ça, mais plus les années passaient, plus je me rendais compte de l’évidence de ce rapport chasseur/chassée. Je n’étais pas dans le meilleur endroit pour assouvir mes besoins. Ici, à part quelques rares, les filles n’étaient généralement pas très sensibles à mes charmes. J’aimais celle aux cheveux courts qui me renvoyaient vers ma propre part d’homosexualité.

Alors que je m’approchais de la plus jeune en essayant de me coller le plus sensuellement que je pouvais à son corps, elle eut une réaction de dégout en me voyant. Je le savais, je n’étais pas son type, mais il fallait que j’en sois sûr. Dans mes oreilles résonnait la voix libidineuse de Carl Craig, posée sur cet instrumental groovy comme le diable.

La seconde semblait bien plus réceptive. J’avais compris à son regard qu’elle avait aussi remarqué mon envie d’elle.

Elle n’avait rien loupé de mon approche sur la première, d’abord jalouse, puis affichant un sourire en coin lorsqu’elle comprit que je n’avais aucune chance. C’est elle qui vint naturellement vers moi, m’enlaçant comme peu de fois je l’avais été. Calqués sur les rythmes sortant des baffles, nos mouvements étaient de plus en plus intimes. Elle me fit boire quelques gorgées dans son verre, la chaleur accablante commençait à avoir raison de moi.

Perles de sueurs, moiteur du visage, puis du corps entier.

Flash.

Un escalier.

Des lumières qui défilent.

Le vent dans les cheveux.

Blackout.

À mon réveil elle était à mes côtés. Mon corps nu témoignait certainement de ce qui avait dû se passer entre nous. J’étais chez elle, elle dormait profondément, sa vodka ne devait pas contenir que du tonic. Je me sentais mal, j’avais froid. J’enfilais mon string, mon soutien-gorge et le reste de mes vêtements, puis je rentrais chez moi. Troublée, mais heureuse.


Top des Blogueurs 2010

Publié le 13 décembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 3 commentaires »

Le Top Blogueurs 2010 : La sélection des meilleurs albums de l’année

15 en 2008, 37 en 2009, nous sommes cette année 60 blogueurs musiques francophones à vous présenter au travers d’un classement commun les 20 albums qui nous auront collectivement le plus marqué en 2010. En espérant en toute humilité vous permettre de redécouvrir certains disques ou mieux d’en découvrir de nouveaux…

The Radio Dept - Clinging To A SchemeThe Radio Dept – Clinging To A Scheme

Branche Ton Sonotone : Les suédois de The Radio Dept. creusent le sillon d’une pop douce et fantomatique avec un acharnement de surdoués. Leur dernier opus a la couleur d’un coucher de soleil sur un lac scandinave : mélodies diaphanes, tourbillons distordus et rythmiques hypnotiques sont au rendez-vous d’un album qui a un goût d’insaisissable. Un charme nordique, à la fois enjoué et nostalgique, distant et incroyablement émouvant. A lire la critique du Golb et de Branche Ton Sonotone

En écoute sur Spotify

Syd Matters	- BrotheroceanSyd Matters - Brotherocean

La musique à Papa : Mon histoire avec Syd Matters ? Cela me rappelle ces filles que l’on rencontre comme ça au hasard d’une soirée et auxquelles on n’attache d’abord pas vraiment d’importance. Pas qu’elles soient moches, loin de là, mais on les trouve un peu …chiantes, manquant de fantaisie. Et puis, un jour, c’est la révélation. On ne comprend pas vraiment pourquoi : est-ce nous qui avons changé ou est-ce elles ? En tout cas, "Brotherocean" a résonné comme une évidence. Comme s’il n’y avait rien eu avant. Et tant pis, s’il n’y a rien après… "A moment in time ", comme disent les anglais. A lire la critique de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes et de So Why One More Music Blog

En écoute sur Deezer

Deerhunter - Halcyon DigestDeerhunter – Halcyon Digest

Esprits Critiques : Réussir un mélange est une chose compliquée. Si vous mélangez des couleurs dans un verre, il y a des chances que vous obteniez un cocktail maronnasse peu appétissant. La musique de Deerhunter, ça pourrait être ça. En mêlant de la noirceur, du son brut, du kraut, des mélodies presque pop et un son aquatique, le risque de gloubiboulga est présent. Pourtant, la bande à Bradfortd Cox a (encore) livré une œuvre subtile et unique, et arrive (encore) à polir un genre qu’il faudrait créer pour eux. Ils savent en tout cas faire monter une ambiance en neige, profiter de ce son vaporeux pour que le brouillard précipite en averse et mener vers une fusion encore plus fluide entre l’écriture et le son. A lire les critiques de Tasca Potosina et de Ears Of Panda

En écoute sur Spotify

Pantha du Prince - Black NoisePantha du Prince – Black Noise

Playlist Society : "Black Noise" est un lac perdu dans les montagnes : derrière son romantisme pictural et ses sonorités enivrantes et apaisantes se cachent les traits des tornades à venir et des rayons du soleil qui comme chez Turner caressent les tragédies. Les mélodies électroniques de Hendrik Weber nous guident alors dans la taïga, se dérobent et nous abandonnent face à l’aurore boréale. A lire la critique de Pop Revue Express et le live report de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes

Joanna Newsom - Have One On MeJoanna Newsom – Have One On Me

Brainfeeders & Mindfuckers : Joanna Newsom ne s’impose jamais nulle part. Elle se fraie un chemin délicatement, avec grâce, avec le temps de son côté. Elle effleure du son de sa harpe, comme une caresse derrière l’oreille, sa voix est devenue satin, mais au fond, rien n’a changé. Elle reste impossible à apprivoiser, toujours insaisissable. Elle s’échappe par tous les détours, dans cette forêt qu’elle dessine en trois disques et quelques chansons. Il suffit donc d’être patient, de la laisser s’approcher peu à peu, puis de se plonger entièrement dans la mystique lumineuse de "Have One On Me". Alors Joanna Newsom devient cette amie imaginaire qui ne peut sortir que d’un rêve. Mais tout est bien réel. A lire les critiques de Playlist Society et de Listen See Feel

Mount Kimbie - Crooks & LoversMount Kimbie – Crooks & Lovers

Chroniques Automatiques : "Crooks & Lovers", trop court, bancal mais pourtant tellement maitrisé, contient des morceaux frisant la perfection, qui dragueront tous les cœurs sensibles. Mélancolie electronica matinée de rythmes 2-step, Mount Kimbie, c’est surtout mini-jupes et
arcs-en-ciel, bitume et claquements de doigts. Bonheur. A lire les articles de Brainfeeders & Mindfuckers et de Musik Please

Cougar - PatriotMGMT – Congratulations

Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ? : MGMT avait réussi à prouver sa capacité à coller quelques tubes imparables au milieu d’un album fadasse. Le "toujours difficile deuxième album" en est l’antithèse : pas de morceau direct (hormis l’imparable Brian Eno) mais un album fabuleux de complexité, de richesse, une pièce montée de folie(s) et de "plus" qui jamais ne touchent au "trop". Si c’est ça l’avenir du space-rock (ou du prog), on signe des deux mains, et on attend la synthèse en sifflotant "Flash Delirium". A lire les critiques de Des Oreilles dans Babylones et du Golb

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Zola Jesus - StridulumZola Jesus – Stridulum

Unsung : Pour la première fois, Zola Jesus s’est enregistrée en studio, entourée de musiciens professionnels. Cette production soignée met surtout en valeur sa voix profonde, ce timbre légèrement rauque à donner des frissons, renforcé par la réverbération, l’atmosphère angoissante entre rythmiques 80′s, piano entêtant, et des textes emprunts de doutes, d’espoirs fragiles, et de complaintes mélancoliques. Cet émouvant "Stridulum" révèle une jeune artiste talentueuse. A lire les articles de Little Reviews et Toujours Un Coup d’Avance !

Gil Scott Heron - I'm New HereGil Scott Heron – I’m New Here

Arbobo : Une histoire d’ange déchu, une histoire vraie. Une histoire de phoenix, de père putatif du rap extrait de tôle par un producteur aux doigts d’or. Il a serré la main du diable, le bougre. Gil Scott-Heron vient peut-être de publier son plus bel album, le plus noir, creusé à mains nues dans le bitume crasseux de New York. Ca saigne, ça saigne mais c’est vivant. C’est palpitant. A lire les critiques de My(Good)Zik et du Choix de Mlle Eddie

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LCD Soundsystem - This is HappeningLCD Soundsystem – This is Happening

I Left Without My Hat : James Murphy a beau s’en amuser et assurer le contraire ("You wanted a hit, but that’s not what we do"), ses Lcd Soundsystem, tout en popisant leur propos, n’auront pas franchement changé leur fusil d’épaules avec "This is Happening", troisième et ultime album du groupe. Continuant de rendre hommage à la musique contemporaine par divers emprunts voulus ou fortuits (du Velvet Underground par ci, du Bowie par là), "This is Happening" est un disque aux contours rock, aux beats toujours synthétiques, mais à la vision globale très pop. Surtout, il n’est rien de moins qu’une belle épitaphe pour une des aventures discographiques les plus passionnantes et emballantes de ces dix dernières années, au fronton de laquelle le mot plaisir semble avoir été gravé en lettres d’or. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et La Musique à Papa

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Sufjan Stevens - The Age of Adz Sufjan Stevens – The Age of Adz

Ears of Panda : 5 ans après Illinois, Sufjan Stevens nous revient, non sans quelques doutes, avec son projet le plus personnel et sûrement le plus risqué. Retrouvant ses premières amours pour la musique électronique sans abandonner pour autant son goût pour la pop baroque, le compositeur de 35 ans accouche d’un disque pour le moins étonnant. Le génie détruit pour mieux reconstruire et nous offre cet album d’un genre nouveau; à l’ambition démesurée, aux sons hachés, rugueux, épileptiques même, sans perdre jamais de sa superbe. On retrouve alors, dans l’essence même de ce disque, ce doux rêveur toujours en perpétuel mouvement, qui nous avait laissés sans nouvelles depuis bien trop longtemps. A lire les critiques de Esprits Critiques et Brainfeeders & Mindfuckers

Flying Lotus - CosmogrammaFlying Lotus – Cosmogramma

So Why One More Music Blog : Le prodige originaire de la Cité des Anges s’affranchit sur ce troisième album des formats classiques en terme de durée et des carcans trop étroits d’un genre que l’on définissait comme l’abstract hip-hop. Entouré de musiciens talentueux et confirmés, élégant dans son costume de chef d’orchestre qui lui sied à merveille, il dirige des micro-symphonies aussi organiques qu’électroniques, laissant parler son héritage et s’exprimer sa fibre jazz. A lire les critiques de De La Lune On Entend Tout et de Nuage Noir

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Caribou - SwimCaribou – Swim

Pomme de Pin : Hypnotique et viscéral, réfléchi et instinctif, cérébral et dansant, sur "Swim", Caribou mêle boucles électroniques et rythmiques tribales et en profite pour réconcilier la tête et les jambes. L’expression Intelligent Dance Music reprend des couleurs et en une tournée tellurique, toutes batteries dehors, Dan Snaith fait mentir tous les clichés sur les mathématiciens. A lire les critiques de Five Minutes et So Why One More Music Blog

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Owen Pallett - HeartlandOwen Pallett – Heartland

C’est entendu : Débarrassé de son pseudo geek à souhait (Final Fantasy), Owen Pallett brandit l’étendard de son patronyme civil comme le symbole d’une ambition enfin assouvie. Auto-proclamé Seigneur Divin du Royaume de "Heartland", il décore cet univers d’arrangements subtilement magnifiques et réalise un chef d’oeuvre pop dont la "lecture" révèle une mise en abyme homo-érotico-créatrice digne de tous nos louanges. A lire les critiques de Feu à Volonté et de Ears Of Panda

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Janelle Monae - The ArchAndroidJanelle Monae – The ArchAndroid

Le Gueusif Online : Une torpille de soul-funk qui n’oublie pas d’être outracière, voire parfois un peu kitsch, mais qui détonne certainement dans le paysage musical monochrome de cette année 2010. Une voix, une présence et un talent à suivre, que ce soit en studio ou en live, où toute la classe de Janelle Monàe resplendit. A lire les critiques de With Music In My Minds et Music Lodge

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The Black Keys - BrothersThe Black Keys – Brothers

Le Choix de Mlle Eddie : Ô Dan Auerbach que ta voix est belle ! "C’est pour mieux te régaler", pourrait-il me répondre. Le duo d’Akron s’autorise tout sur cet album : rock, blues, pop et même soul, avec une production qui n’a jamais été aussi bonne. Un poil trop lisse, diront certains, par rapport à ses prédécesseurs. C’est vrai, mais ce qu’ils perdent en abrasivité ils le gagnent en diversité. Et Auerbach n’a jamais aussi bien chanté. Ce Brothers, c’est la grande classe. A lire les critiques de La Quenelle Culturelle et du Gueusif Online

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Beach House - Teen Dream.Beach House – Teen Dream

Hop : Beach House tutoie enfin les sommets avec ce troisième album. Plus faciles d’accès, plus immédiates que par le passé, les chansons de Beach House brillent ici par l’éclat des mélodies, par la beauté triste et bouleversante des arrangements assez somptueux que l’on trouve tout au long de ces dix hymnes à la mélancolie qui évoquent la froideur d’une piste de danse au petit matin. A lire les critiques de Between The Line Of Age et du Choix de Mlle Eddie

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Four Tet - There is Love in YouFour Tet – There is Love in You

Good Karma : Obsédant : c’est le moins que l’on puisse dire de ce cinquième album de Kieran Hedben. Très loin de son groupe de post-rock Fridge, l’Anglais a choisi la musique électronique pour s’exprimer en solo. En résulte un disque inspiré par le jazz, la house et l’electronica. Il y livre des compositions aussi bien dansantes qu’introspectives, à l’inspiration et la production impeccables. Lumineux. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et de I Left Without My Hat

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Swans - My Father Will Guide Me Up A Rope To The SkySwans – My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky

Where Is My Song : A l’heure des come backs périmés et après 13 ans de silence, les Swans réactivés offrent un album magistral, oppressant, monolithique, volontiers misanthrope, beau comme un mensonge et sale comme la vérité. Une rigoureuse apocalypse. Bande son idéale pour la fin du monde civilisé, que l’on peut désormais attendre avec sérénité. A lire les critiques de Playlist Society et du Golb

En écoute sur Spotify

Gonjasufi - A Sufi and a KillerGonjasufi – A Sufi and a Killer

Des Oreilles Dans Babylone : Sans aucun doute possible l’ovni musical de 2010, Sumach Ecks a surpris tout le monde. Débarqué de nulle part bien qu’actif depuis les années 90, il est sorti de son désert de Mojave parrainé par Warp pour nous livrer un disque intemporel et inclassable. Soul chamanique, hip hop dérangeant, rock bordélique, chaque plage de cet objet unique accouche d’un genre nouveau. Il y a tant d’inventivité et d’imagination dans cet album qu’il est impossible d’en faire le tour en moins de cent écoutes. Passer à côté serait une erreur monumentale. A lire les critiques de Chroniques Electroniques et de Les Insectes sont nos amis

Les participants au Top des Blogueurs 2010 :

Alain de Soul Kitchen, Anakin de Attica Webzine, Arbobo de Arbobo, Benjamin F de Playlist Society et de Ricard SA Live Music, Benjamin L de Le Transistor, Benoit de Pop Revue Express et de Hop, Catnatt de Heaven can wait, Cedric de So Why One More Music Blog, Daniel de Listen See Feel, Dat’ de Chroniques Automatiques, Dr Franknfurter de The Rocky Horror Critic Show, Dragibus de Les insectes sont nos amis, Eddie de Le Choix de Mlle Eddie, Edouard de Ears of Panda, Ed Loxapaq de Chroniques Electroniques, Elliott de Weirdbrowser, Neska de Adiktblog, Fabien de Kdbuzz, GT de Music Lodge, Gui Gui de Les Bons Skeudis et du Mellotron, Guic’The Old de Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ?, Jimmy de Nuage Noir, Joanny de Discobloguons, Joe Gonzalez de C’est entendu, Joris de Tasca Potosina, JS de Good Karma, Ju de Des Oreilles Dans Babylone, Julien LL de Des Chibres et Des Lettres, Junko de Unsung, Laure de Not For Tourists, Laurent de Rocktrotteur, Leroy Brown de I’ll give her mélodies, Marc de Esprits Critiques, Martin de Branche Ton Sonotone, Matador de Between The Lines Of Age, Michael de Crystal Frontier, Mmarsup de Little Reviews, Myriam de Ma mère était hipster, Nathan de Brainfeeders & Mindfuckers, Nicolas de Soul Brotha Music, Olivier de Feu à Volonté, Olivier R de Where Is My Song, Paco de De La Lune On Entend Tout, Paul de Pomme de Pin, Pauline de E-Pop, Pierre de Musik Please, Rod de Le Hiboo, Romink de My(Good)Zik, Sabine de With Music In My Mind, Sfar de Toujours un coup d’avance !, Ska de 7 and 7 is, Sunalee de Bruxelles Bangkok Brasilia, Sylphe de Five-Minutes, Systool de Le Gueusif Online, Thibault de La Quenelle Culturelle, Thomas de Le Golb, Twist de I Left Without My Ha, Vincent de La musique à Papa, Violette de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes, Xavier de Blinking Lights

Chef de projet : Benjamin F / Identité visuelle et design : Laurent / Communication : Romink, Sylvie et les Waaa / Porte-paroles : Arbobo et JS

Plus de tops : le classement de GT sur Music Lodge


Trent Reznor and Atticus Ross — The Social Network

Publié le 5 octobre 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 1 commentaire »

En vacance de Nine Inch Nails depuis plusieurs mois, Trent Reznor continue toutefois de fourmiller de projet. Après le médiocre EP de How To Destroy Angels promis à sa femme, le voilà de retour en compagnie d’Atticus Ross pour signer la BO de The Social Network, qui raconte l’histoire de la création de Facebook.

The Social Network

Producteur de l’ombre de Nine Inch Nails et de bien d’autres projets (Bomb The Bass ou Jane’s Addiction), Atticus Ross ose cette fois-ci inscrire son nom en grand sur la pochette de cette bande originale. Il faut dire que l’ambiance particulièrement sombre et claustrophobe de l’ensemble rappelle Ghost I-IV sur lequel le duo avait intimement collaboré en 2008.

Le couple continue ici dans une veine purement instrumentale. Si l’esprit général reste éloigné de l’esthétique ambient et industrielle de Ghost I-IV, on sent tout de même les réminiscences de l’ADN du duo ressortir. Pas évident pour des artistes aussi entiers de se plier aux diktats de Hollywood, ils s’en sortent pourtant à merveille, créant au final un album absolument homogène.

David Fincher n’aura toutefois pas gardé l’ensemble de la grosse heure de musique du disque, casant également les chansons d’autres artistes dans son film, notamment dans quelques scènes de fête ou d’ambiance. Le réalisateur a bien compris qu’il était obligé de faire concorder un montage bien particulier, à la hauteur de la musique de Reznor et Ross. Plusieurs scènes marient ainsi parfaitement les deux univers. La course d’aviron sur une version survoltée du In The Hall of the Mountain King d’Edward Grieg, montée tel un clip, illustre parfaitement cette volonté.

Si l’homogénéité est l’un des maitres mots du disque, certains titres ressortent tout de même du lot. À côté de cette réinterprétation de la création d’Edward Grieg, In Motion fait le grand écart avec son beat dansant taillé pour les discothèques. Le duo s’amuse également à l’exercice chiptune sur Pieces Form the Whole, saupoudré de sons de Gameboy. On We March, avec son introduction de boite à rythmes et son riff de piano, rappelle les belles heures de The Fragile.

Après nous avoir vrillé l’esprit pendant une heure, on ressort pourtant de l’écoute de ce disque avec un sentiment d’apaisement. Comme si une bête nous avait traversé le cerveau pour le laisser finalement au repos.


Neil Young — Le Noise

Publié le 27 septembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 9 commentaires »

En s’associant à son compatriote Daniel Lanois, Neil Young signe l’un des plus beaux albums de cette rentrée. Après plus de quarante ans de carrière.

Le Noise

Ça vous tombe dessus un jour où vous n’avez rien demandé. Pourquoi avoir posé sur votre platine le vinyle de Harvest acheté d’occasion quelques mois plus tôt ? Plusieurs années auparavant, vous vous souveniez avoir refusé d’écouter Neil Young. Non pas par manque de curiosité, mais plutôt par souci d’affirmation. Quand tout un lycée se dévoue au grunge alors que c’est la musique électronique qui éveille vos sens, voilà un bon moyen de se démarquer. Nous étions en juin, le temps était chaud et pluvieux, le soleil était en train de se coucher, masqué par les épais nuages. Les premières notes d’Out on the Weekend résonne et vous comprenez tout de suite que ce refus d’adolescent était l’une des pires erreurs musicales de votre vie.

Depuis ce jour, vous ne cessez de découvrir des albums incroyables de ce Canadien. Vous vous êtes mis en tête de consciencieusement écouter son oeuvre. Alors que vous en êtes à peine arrivé à 1975, vous êtes déjà abasourdi par la richesse de sa musique. De Everybody Knows This is Nowhere avec son groupe Crazy Horse au sublime On the Beach, vous êtes ébahi par cette sensibilité qui touche toujours juste, par ce talent de composition à fleur de peau. Alors qu’il vous reste encore trente-cinq ans de carrière de l’artiste à découvrir, le hasard du calendrier fait que le désormais indispensable Neil Young sort son nouvel album, Le Noise.

À cette nouvelle, c’est d’abord la peur qui vous assaillit. Est-il vraiment utile de se gâcher la découverte d’une carrière exceptionnelle en écoutant peut-être l’album de trop ? Vous hésitez longuement, puis vous apprenez que l’album est réalisé par Daniel Lanois, compatriote de choix du chanteur. Producteur émérite vu aux côtés de Bob Dylan, U2, Ron Sexsmith ou Nick Cave, l’homme a l’art de mettre en son les guitares comme personne. Neil Young ne s’y trompe pas, allant même jusqu’à déclarer que lors de l’enregistrement de Le Noise, sa guitare « sonnait comme Dieu ».

Vous vous rendez alors compte que ce sacré Neil n’a pas tort. Armé d’une simple guitare bourrée d’effets en tout genre, le bonhomme sait encore y faire tout seul derrière un micro. Il déroule pendant trente-huit minutes, huit titres d’une beauté insolente. Seulement huit titres oui, mais huit chansons qui vont à l’essentiel. La mise en son de Daniel Lanois, son travail sur les textures de guitare et sur la voix ajoute un supplément d’étrangeté, une ambiance en clair-obscur qui soutient l’inspiration encore intacte du compositeur. Une seule écoute du titre Love and War, sa voix de tête intacte sur Someone Gonna Rescue You ou le parfait jeu de guitare tout en retenue sur Peaceful Valley Boulevard suffisent à s’en convaincre. Et à se réjouir d’avoir encore trente-cinq ans de sa musique à découvrir.


Chocolate Genius Inc. — Swansongs

Publié le 6 septembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 9 commentaires »

Musicien rare parmi les rares, Marc Anthony Thompson sort d’un silence discographique long de cinq ans. Avec Swansongs il offre un album subtil, aérien et touchant. Tout comme sa prestation acoustique dans les studios attenants à son label français No Format.

Certains albums vous parlent comment vous parlerait un ami. On y retrouve une partie de soi, on échange, on est touché, mais on ne saurait dire pourquoi. Impossible d’y mettre des mots concrets, impossible de trouver une formulation adéquate pour faire comprendre ce que l’on ressent. Plus le temps avance, plus je rencontre le symptôme avec les disques que j’aime et qui me touchent au plus profond de mon âme. Comme si justement la musique s’adressait directement à cette dernière, sans avoir besoin d’un quelconque langage autre que le solfège pour se faire comprendre.

Swansongs est typiquement de ces disques là. Difficile de dire quoi que ce soit de cet album. Le style est passe-partout : ballades classieuses autant inspirées par la musique noire que blanche, autant par la soul que la pop. Quelques touches électroniques viennent ajouter un léger surplus de modernité pour que l’ensemble ne paraisse pas suranné. Puis un jour on se retrouve parmi une petite quinzaine de personnes, dans un studio aux rideaux tirés, un verre de vin à la main, assis dans un canapé confortable, à deux mètres de Marc Anthony Thompson accompagné du guitariste Seb Martel. Et l’on est subjugué.

Six chansons lui suffisent à nous émouvoir comme jamais. Ce n’est que du blues que chante finalement Thompson. Ses chansons transpirent la mélancolie, la tristesse même. Qui se souvient de la dernière où il a vu un chanteur essuyer ses larmes à la fin d’une chanson ? C’est pourtant à cela que l’on a assisté après avoir terminé un morceau déchirant dédié à sa mère. En trois mesures nous voilà happés dans son univers raffiné pour lequel Seb Martel cisèle quelques parties de guitare non moins exquises. On se rend compte que finalement, le disque Swansongs n’est qu’un début, une porte d’entrée dans l’univers émotionnel de Marc Anthony Thompson.

D’après Seb Martel, des concerts sont en préparation pour de possibles dates à la Boule Noire d’ici à la fin de l’année. Sortie de l’album le 18 octobre.


The Chemical Brothers – Further

Publié le 13 juin 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 6 commentaires »

Et si on se cotisait pour les Chemical Brothers ? Depuis 2002 et Come with us (leur premier album qui faisait moins bien que les précédents), le duo britannique semble ne pas avoir acquis de nouvelles machines. En résulte toujours ce même son entre techno psychédélique et énergie rock. Avantage du procédé : on reconnait un album de Tom Rowlands et Ed Simon entre mille.

Cela ne loupe pas avec Further, premier album des Chemical Brothers depuis trois ans. En ouverture, Snow imprime son larsen et sa rythmique avec basse et vocaux répétitifs, mais c’est surtout Escape velocity, second titre épique de douze minutes qui utilise à outrance tous les codes chimiques de la fratrie. Des montées interminables, une boucle basique et une efficacité redoutable.

Car malgré cette utilisation encore et encore des mêmes sons, le résultat donne une immense envie de danser comme on en avait plus eu depuis It began in Afrika. Ce titre est loin d’être le seul à remplir ce contrat. Horse power se pose aussi comme une machine à dancefloor avec un hennissement de cheval comme principal gimmick. Entre ces titres, le duo insère quelques morceaux plus pop (K+D+B), downtempo (Another world) ou carrément psychédélique (Dissolve, une des meilleures productions du disque).

En seulement huit titres et 52 minutes (leur album le plus concis depuis Exit planet dust), les deux Mancuniens montrent qu’un recours aux featurings limité donne bien plus d’homogénéité à leurs albums. Surtout, les Chemical Brothers reviennent à la valeur principale de leur musique qui leur faisait défaut depuis des années : l’hédonisme.

  • Album Further disponible le 14 juin (EMI)


Arandel – In D

Publié le 11 juin 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 2 commentaires »

Introspection maladive et ambiance lunaire. L’écoute d’In D d’Arandel laisse forcément des séquelles. Entièrement réalisé sans aucun sample ni utilisation de MIDI, l’album s’inspire et rend hommage au mythique In C de Terry Riley. Cette performance technique pour un album lorgnant fortement du côté de la musique électronique ne masque pas pour autant l’artistique. Comme toujours, la contrainte appelle l’inspiration. Cela est confirmé par une nouvelle fois par Arandel.

Pour cet album le musicien a fait appel à divers instruments : boites à rythmes, claviers analogiques, stylophone, hapidrum, mélodica, violoncelles, flûtes ou xylophone. Il se paye même le luxe de faire appel à la voix de Fredo Viola. En résulte une oeuvre d’une incroyable richesse ballotant l’auditeur d’une ambiance digne des meilleurs clubs européens (In D #7) à une vision d’une apocalypse approchante a pas lent, mais assurés (In D #9).

On navigue aussi bien entre les eaux troubles souillées auparavant par Brian Eno (In D #6) que vers une chorale angoissante rappelant le son émis par le mystérieux monolithe de 2001, l’odyssée de l’espace et portée par une basse dub lancinante. L’ensemble propose une homogénéité digne des grands disques. On comprend alors la somme de travail effectué pour cet album sombre et troublant. Encore un coup de maître chez InFiné, les bonnes habitudes vont être difficile à perdre.

  • Album In D disponible le 28 juin (InFiné / Discograph)
  • In D prochainement en écoute sur Deezer


1973 – Bye bye cellphone

Publié le 19 mai 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 2 commentaires »

15 mai 2010, il souffle un vent encore froid à Paris malgré le printemps bien avancé. En ce week-end de l’Ascension, la Flèche d’Or est pourtant aussi peu remplie qu’en plein mois d’août. On rêve depuis un mois à l’été qui avait bizarrement fait une apparition durant le Printemps de Bourges. Depuis un mois tourne aussi en boucle sur la platine Bye bye cellphone, le premier album du trio parisien 1973.

Sur la scène de cette ancienne gare de la Petite Ceinture parisienne, le trio accompagné de sa section rythmique déroule sa pop subtile et réchauffe enfin l’ambiance pourrie précédemment par Young Man. Difficile de penser que derrière ce titre naïf se cachait autre chose qu’un disque de hippies prônant le retour aux sources. La date choisie comme nom de baptême du groupe pouvait également laisser penser à des gamins de dix-huit ans, nostalgiques d’une époque où le rock n’était pas seulement une mode chez H&M. Rien de tout ça n’est finalement juste, ce premier album n’est rien d’autre que le premier disque de grands gamins, très loin d’être des teenagers.

Comment des gosses auraient-ils pu de toute manière composer ces onze chansons au sens mélodique plus entendu en France depuis longtemps ? Pour arriver à ce niveau de perfection en terme d’arrangement pop, c’est vers les années 60 qu’il faut se tourner. Du banjo aux claviers vintage, tous les clichés y passent sans pourtant jamais sonner comme tels. Difficile, voire impossible, de ne pas écouter l’album en entier une fois lancé et être émerveillé devant tant de cohérence. L’évidence même des mélodies et l’atmosphère terriblement ensoleillée de l’ensemble nous fait finalement pousser des ailes et rêver d’évasion.

Road trip en cabriolet à travers les États-Unis, cheveux aux vents pour ceux à qui il en reste, ou farniente au bord de l’eau. On s’imagine pendant ce moment précieux où le soleil se noie dans la mer. Plus rien alors n’a d’importance puisque l’endless summer est là et que l’on tient le disque parfait pour l’accompagner. Et l’on pense alors aux propos de Montesquieu dans son interprétation de la théorie des climats : « la paresse y sera le bonheur ».


Lilly Wood & The Prick / Invicible friends

Publié le 17 mai 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 12 commentaires »

Un tube tient à peu de choses. Certains producteurs et compositeurs en rêvent pendant des années avant d’en décrocher enfin un. D’autres ont une recette personnelle, déclinable à l’envie, mais ne fonctionnant en général qu’un temps. Enfin, certains préfèrent l’artisanat : une voix et une guitare suffisent parfois. Lilly Wood & The Prick l’a bien compris.

Au tout début de l’année dernière débarquait un EP de six titres intitulés malicieusement Lilly Wood and the what ? . Enregistré avec trois bouts de ficelles il posait déjà les bases du duo formé par Ben et Nili. Avant de se conclure sur une étonnante reprise de L.E.S. artistes de Santogold, le disque s’ouvrait surtout sur Down the drain, incroyable tube en puissance. Une rythmique simple et entrainante, un décalage total avec des paroles qu’il vaut mieux ne pas traduire sous peine de dépression et un refrain imparable composaient cette recette implacable. Depuis, beaucoup de travail a été fait. Le groupe a rencontré le producteur Pierre Guimard, ressorti une seconde version de l’EP, mieux produite et s’est surtout attelé à la ce premier album.

Beaucoup pensaient que Lilly Wood & The Prick n’étaient finalement qu’un énième groupe de folk parisien qui finirait noyé au milieu de ses contemporains. À l’écoute d’Invicible friends, c’est certainement le contraire qui se produira. Petite usine à tube, l’album n’hésite pas à côtoyer tous les styles, sans jamais frôler l’overdose. La longue intro voix piano teinté de soul sur Cover my face débouche finalement sur une pop langoureuse. No no (kids) est une déclaration d’amour à toutes celles qui se contrefichent de leur horloge biologique. Prayer in C devient une lente ritournelle grâce à un parfait gimmick de flute. Le duo se permet même de commettre un nouveau tube avec My best. Si les radios jouent le jeu, Lilly Wood & The Prick deviendront les prochains The Ting Tings ou The Dø. Rien de moins.