La musique est l'âme de la géométrie.

Voyage au centre de la Fabric

Publié le 5 novembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 1 commentaire »

Le temps est pluvieux à Londres ce jour-là. La soirée célébrant les dix ans du label Playaz est complète depuis plusieurs jours. Impossible d’avoir une place sans faire une queue interminable qui s’étire de l’entrée de la Fabric jusqu’au trottoir de la rue adjacente.

Playaz

À l’entrée de chaque bar et immeuble, les vigiles canalisent le public derrière des barrières pour ne gêner personne. On se sent parqué telles des bêtes derrière ces barreaux de métal gris et froid. L’ambiance reste bon enfant, mais flirte aussi avec les travers anglais inhérents à la boisson à outrance : quelques mètres devant nous, un gars vomit ses litres de bière absorbés bien trop vite. On pensait attendre des heures, nous voilà à l’intérieur en moins de quarante minutes.

Trois caisses où l’on ne peut payer qu’en cash. L’équivalent d’une équipe de foot aux vestiaires. On comprend mieux pourquoi l’attente est limitée malgré le monde présent ce soir. On ressent la désagréable sensation de se trouver au coeur d’un Disneyland du clubbing. Tout est optimisé et réglé comme du papier à musique. Sous l’aspect très cool du personnel, rien n’est laissé au hasard. Aucun doute, le business est loin d’être une préoccupation secondaire pour la Fabric.

Le line-up

Rapidement nous descendons les escaliers en ayant l’impression de pénétrer les entrailles de la Terre. Nous nous regardons tous constamment de peur de nous perdre dans ce dédale de couloirs. Il est à peine 22 h 30 et la piste de la grande salle est déjà pleine, assaillie des coups de boutoir assénés par Potential Badboy. Le son est loin d’être poussé à pleine puissance, mais on ressent déjà les basses prendre possession de notre corps. L’exploration du reste du club continue. Tout en briques rouges et en métal, la décoration veut imprimer son caractère industriel. Un peu trop propre sur lui pour que l’on y croie réellement. On apprend que la vidéosurveillance est omniprésente, un léger sentiment de paranoïa se fait sentir.

Les deux autres salles sont plus petites et encore relativement vides. Puis les escaliers interminables et entrecroisés nous mènent finalement à cet espace VIP qui n’a de VIP que le nom, puisqu’ouvert à tout le monde. Seul réel avantage, c’est une mezzanine dominant la piste principale. On y prend le son des DJs et l’énergie de la foule en pleine gueule. Mains accrochées à la barrière, nos tympans dégustent, tout comme le public composé à 80 % de mecs. Les bars sont nombreux et servent rapidement. À huit livres la double dose, les vodkas tonic se font nombreuses, trop nombreuses. Les lumières sont de plus en plus présentes, les lasers commencent à prendre vie. Le son augmente de volume au fur et à mesure des DJs et MCs qui se suivent dans cette salle : Pascal, Grooverider ou Brookes Brothers.

La piste vue du VIP

Durant leur set, on sent l’ambiance se tendre vers une même envie : tout donner. Les rares filles deviennent de plus en plus jolies. Les garçons sont de plus en plus barrés et nous saluent par des grimaces parfaites en cette période d’Halloween. De la drogue circule, mais le son se suffit tellement à lui-même qu’on la refuse. Puis on sort accompagner les fumeurs de clopes. Même pour ce simple geste anodin, c’est toute une logistique qui est mise en place. Vigiles, barrières et tampons sont indispensables pour accéder à l’immense cour en plein air remplie de monde.

À notre retour, sur le dancefloor, DJ Hype a entamé son set. Depuis quatre heures que nous sommes dans le club, le rythme n’a pas faibli, il est impossible de se reposer. Calqué sur celui de la musique, notre rythme cardiaque n’a fait qu’augmenter. L’audition perdue pour perdue, c’est au beau milieu du dancefloor que l’on finira. On nous avait vendu la guerre, c’est sa version nucléaire que l’on subit. Au niveau du sol le son transperce l’ensemble du corps, les infrabasses sont difficilement supportables, le volume presque inhumain, impossible de se parler autrement qu’en hurlant dans l’oreille de son voisin. De toute part on est assailli de vibrations d’une violence extraordinaire. L’oreille interne s’affole, l’équilibre devient précaire, le coeur bat la chamade, les viscères se tordent. On souffre, mais on se sent tellement vivant qu’on ne voudrait pas être ailleurs à ce moment-là.


Lykke Li / La Maroquinerie / 02.11.2010

Publié le 3 novembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 6 commentaires »

Quand Lykke Li enregistre un album, elle aime aussi faire des pauses le temps d’une poignée de concerts, histoire de présenter quelques nouvelles chansons. Hier soir à la Maroquinerie elle a tout simplement illuminé le public de son talent.

Trop facile de trouver une certaine froideur à la beauté d’une Suédoise surtout quand on dégage bien plus que cela. Lykke Li sait ce qu’elle veut et n’hésite pas à nous le faire comprendre. Sourcils froncés, la chanteuse joue les mutines et saurait ainsi mettre n’importe quel homme dans sa poche.

Maroquinerie réussie pour Lykke Li

Pourtant Lykke Li joue la retenue durant les premières chansons du concert. La puissance de sa voix est loin d’être lâchée, noyée dans une reverb trop puissante pour être honnête. Puis la demoiselle prend confiance et commence à imposer sa gestuelle. Dans une large tunique sombre, elle accompagne sa musique étonnamment très percussive en roulant des épaules. Les vibrations commencent enfin à l’habiter ainsi que son public.

Son groupe propose un son bien plus consistant que sur l’album. Point de folk ici, la pop est puissante et très solide. La basse est ultra présente, l’orgue remplace la guitare, les solos sont rares, voire inexistants, les choeurs omniprésents, l’ambiance prime sur tout le reste. On aborde le domaine tribal, de la dance music électronique, mais aussi du gospel ou de la pop 60s.

Mais Lykke Li, c’est surtout une voix. Reconnaissable dès la première syllabe prononcée, elle emprunte beaucoup au registre de l’enfance. Plutôt que de chercher à crier plus fort que tout le monde, la Suédoise est plutôt du genre nasillard, horrible la plupart du temps, maitrisée et faisant toute son originalité ici. Impossible de résister à l’émotion qu’elle dégage. Le public suédois venu en nombre ne s’y trompe pas, réactif et enthousiaste dès qu’il reconnait un titre.

Lykke Li risque donc de ne pas être le simple buzz de son premier album. Les nouveaux titres exécutés hier étaient tout aussi convaincants. Et avec un tel talent sur scène, difficile de penser qu’on n’entendra plus parler d’elle ces prochaines années.

Pour ceux qui auraient encore du mal à être convaincus, je vous conseille d’investir 4 minutes 39 de votre vie à regarder cette vidéo.


Une semaine de découvertes

Publié le 10 octobre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 2 commentaires »

Il y a des semaines qui redonnent confiance en Paris et nous prouvent que contrairement à ce que disent les esprits chagrins, on peut encore y découvrir de la très bonne musique. Il suffit d’aller les dénicher.

Misteur Valaire

C’est jeudi que l’on prend la première claque de la semaine à la Maroquinerie. Misteur Valaire, groupe québécois de son état, remplit la salle du XXe sans peine. Il y fait chaud, l’ambiance est belle et les Canadiens n’y sont pas pour rien. Leur musique instrumentale navigue chaleureusement entre hip-hop, electro originel des 80s et funk, tout en gardant une énergie propre au rock. On y croise aussi bien de la boite à rythmes, des scratches, des claviers vintages à la General Elektriks que de la trompette et du saxophone. Si l’on rajoute à cela une approche très ouverte et lucide sur le business musical. On obtient un vrai concentré de musique qui dynamite Coeur de Pirate et Céline Dion. De quoi se réconcilier avec la Belle Province.

Anouk Aiata

La semaine continue ensuite samedi soir sur la très fleurie péniche El Alamein. Dans cette déco qui puise autant dans la jungle que dans l’esthétique des îles lointaines, la programmation est ultra alternative. On n’y coupait pas hier soir avec deux artistes n’ayant en commun que le talent. La soirée s’ouvre avec Anouk Aiata qui se produisait ici pour la première fois avec ses Feathered Trees. Deux guitares, un batteur et un violoncelle pour une musique qui puise autant dans la chanson que dans le jazz manouche, servie par une voix puissante et subtile.

Vincha Backpacker

Mais la vraie surprise de cette soirée était bel et bien Vincha Backpacker. Accompagné de son DJ, aussi habile derrière ses platines qu’au piano ou au mélodica, Vincha distille un hip-hop habillé de chanson qui évoque le Java de la belle époque. Forcément. On oublie pourtant bien vite cette filiation naturelle et l’on se laisse emporter par la qualité des textes finement ciselés. On rigole lorsque Vincha parle de petits seins, mais on se surprend surtout à être ému quand il évoque la ville de Paris, l’enfance ou la paternité. Entrainant, hilarant et émouvant : que demander de plus à la musique ?


Les Eurockéennes à la recherche d’un nouvel équilibre

Publié le 8 juillet 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Festivals | 4 commentaires »

Depuis quatre ans, les Eurockéennes cherchent à s’ouvrir à d’autres styles, à programmer des têtes d’affiche plus mainstream et à dénicher quelques belles découvertes. Avec ce changement de cap et une concurrence plus ou moins frontale (Main Square Festival à Arras ou Calvi on the Rocks), la fréquentation se retrouve en baisse, mais pas forcément au détriment de la qualité du festival belfortain.

Avec 20 % de spectateurs en moins par rapport à l’édition précédente, les Eurockéennes 2010 étaient finalement plus respirables. Étant donné les 30° allègrement dépassés tout au long du week-end, ce n’était pas un luxe. Avec des têtes d’affiche éloignées de l’univers rock traditionnellement représenté à Belfort, le festival déroute. Depuis 2006, Daft Punk et Kanye West sont passés par le Territoire. Cette année, Jay-Z, Mika et Missy Elliot avaient de quoi dérouter les métalleux de la première heure.

Suicidal Tendencies

Le vendredi, c’est pourtant les vétérans de Suicidal Tendencies qui ouvraient de bien belle manière les festivités à l’heure du goûter sous le Chapiteau. Horaire étonnant pour ce groupe majeur du thrash metal américain. La partie rythmique fera tout de même la démonstration de son incroyable virtuosité. À peine le temps d’entendre leurs dernières notes que Two Door Cinema Club enchaine sur la scène de la Plage au bord du lac du Malsaucy. Le soleil décline, parfait moment pour écouter leur musique dansante, mais parfois un peu trop légère pour vraiment rassasier le spectateur en recherche de sensation forte.

18 heures, horaire étonnant pour Sophie Hunger, Piers Faccini, Patrick Watson et leur orchestre. Sous un Chapiteau à la décoration peu avenante, la création franco-suisse a du mal à captiver malgré sa qualité. Un bijou dans un écrin définitivement pas à sa dimension. Ce même endroit avait finalement peu d’importance ensuite pour les Black Keys et leur blues rock rugueux absolument incroyable. On attendait autant de la prestation de Foals à la Plage. Malheureusement, les Anglais ont eu du mal à entrer dans leur concert, au moins durant sa première moitié. Loin très loin de leurs prestations miraculeuses de la Cigale en 2008 et du dernier Printemps de Bourges.

Deux têtes de pont du hip-hop clôturaient cette première soirée sur la Grande Scène. On passera vite sur Missy Elliot et son playback loupé qui n’en fait définitivement plus que l’ombre d’elle-même. Jay-Z est aussi mégalo qu’elle (arrivée en hélicoptère au festival, staff de 82 personnes), mais d’une efficacité à toute épreuve. Son flow incroyable sera mis en valeur par quelques a capella de haute volée. Projections vidéo implacables, backing band plus en place que jamais, hits universels : on se laisse embarquer avec un plaisir non dissimulé par le New-Yorkais. Un des meilleurs concerts des Eurocks 2010.

La pluie s’invite, l’atmosphère s’électrise

Le samedi, on goutera au privilège de voir une partie du concert d’Émilie Simon depuis les backstages. Malgré une prestation réussie, sa pop électronique a du mal à trouver sa place sous ce Chapiteau décidément plus apte à accueillir du gros son. Tandis que le guitariste d’Airbourne escaladait l’immense structure métallique de la Grande Scène pour jouer un solo, General Elektriks débutait sa prestation hallucinante d’énergie. Aucun doute, le funk fait bien partie de l’ADN du groupe de Hervé Salters.

The Specials investissaient ensuite la Grande Scène pour un concert qui se délecte telle une madeleine de Proust. Si l’énergie est un peu perdue (comment leur en vouloir), la cohésion entre chaque membre est parfaite, la cohérence technique affutée. C’est une tout autre histoire pour The Hives dont le concert est retardé à cause de la pluie. Il en découlera une prestation apocalyptique avec orages et éclairs en arrière-plan, parfaits pour illustrer la déflagration sonore de l’ensemble. Sous le Chapiteau, Ghinzu leur rendra la pareille, toujours aussi prompte à sublimer les accents bruitistes et saturés de sa musique.

Grand soleil au lac du Malsaucy

Le beau temps revient le dimanche et permet au public de littéralement cuire devant le concert de la solaire Martina Topley-Bird sur la toute petite scène de la Loggia. Son batteur multi-instrumentise cagoulé tel un ninja en rajoute à l’ambiance décalée produite par sa musique. Puis les petits cons de Gallows sous le Chapiteau changent de registre et mettent une vraie bonne claque à aux spectateurs. Leur chanteur Frank Carter n’hésite pas à insulter tout le monde puis fait écarter la foule en un cercle immense avant d’inciter au pogo géant. Dans le genre dansant, mais dans un esprit différent, LCD Soundystem retournera ensuite lui aussi le Chapiteau. Avec une vraie classe, le groupe livrera une prestation d’une extraordinaire tenue. On danse intelligemment, sans un seul gimmick putassier, et ça fait du bien.

C’est Massive Attack qui clôturera le festival sur la Grande Scène. Avec un son toujours aussi puissant, le duo fait la part belle aux musiciens et collaborateurs de son collectif. L’inoxydable Horace Andy et la copine Martina-Topley Bird se relaieront ainsi derrière le micro.

Artistiquement réussie la programmation des Eurockéennes doit désormais prouver qu’elle intéresse un nouveau public n’ayant pas le réflexe de venir à Belfort. Une prise de risque pour un équilibre bien délicat à trouver.


Suicidal Tendencies / Les Eurockéennes / 02.07.2010

Publié le 3 juillet 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Festivals | 1 commentaire »


NTM / Parc des Princes / 19.06.10

Publié le 20 juin 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 33 commentaires »

NTM s’est vu trop gros hier soir au Parc des Princes. Rêve de gosse d’un groupe « qui a commencé dans les MJC », le Parc n’a pas vraiment rendu l’amour que le duo lui porte. Pluie, froid, public parsemé, système vidéo défaillant, son sous-dimensionné : peu d’éléments ont joué en la faveur de ces parrains du hip-hop français.

En septembre 2008, NTM retournait littéralement Bercy lors de son grand retour. Show millimétré et spectateurs chauffés à blanc, tout donnait l’impression que le groupe avait pris la bonne décision de revenir. Depuis, le Suprême enchaine les concerts sans jamais avoir l’intention de produire à nouveau un disque. Malheureusement pour lui, l’impression de tourner en rond dans son répertoire se fait désormais sentir.

Pourtant accompagné de deux DJs, d’un groupe, de choristes, de danseurs et d’invités de marque (Big Ali, Lord Kossity, Raggasonic), le duo n’a presque jamais réussi à convaincre hier soir. Une sensation de « too much » un peu raté prédominait à la sortie du Parc. Le sound system n’était pas très impactant, surtout lorsque les musiciens réinterprétaient certains titres. Une bonne grosse production hip-hop tape toujours plus qu’un backing band à l’approche un peu trop smooth, aussi talentueux soit-il. Si l’on rajoute à cela des écrans vidéo instables à chaque beat un peu trop appuyé, on obtient un public qui a du mal à se lâcher et qui se sent même un peu seul à la vue des places restantes en tribunes.

Heureusement que quelques fulgurances réussirent tout de même à réchauffer le public. Après les frissons de l’introduction enchainée avec Seine-Saint-Denis style, Qu’est-ce qu’on attend, soutenu par de nombreux fumigènes allumés dans la fosse retournera le public. Puis Joey Starr et son Carnival arrivera enfin à faire danser le public, non sans mal, en le faisant reculer, avancer, sauter, etc.

Pari à moitié gagné pour NTM au Parc des Princes. Mauvais timing, cadre peu avenant, setlist soufflant le chaud et le froid, trop de détails négatifs se sont amoncelés. Pendant ce temps-là, IAM jouait gratuitement à Ivry après avoir ravi le Divan du Monde la veille. Marseille 1, Paris 0.


Sophie Hunger / La Cigale / 02.06.10

Publié le 3 juin 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 2 commentaires »

Créer une ambiance intimiste devant le petit millier de spectateurs de la Cigale, c’est ce que Sophie Hunger a réussi à faire hier avec ses quatre incroyables musiciens, aussi essentiels qu’elle à cette prestation.

Débordante de sensibilité, la petite Suisse allemande a mené de main de maître son concert, dissimulée derrière une timidité maladive, mais absolument essentielle à sa musique. Entièrement de rouge vêtue, elle fait l’effort de présenter en français ses chansons, se trompant juste assez sur les mots pour que l’on trouve cela charmant. Humour et raffinement seront les deux fondements de ses interventions, comme lors de sa précédente série de concerts l’année dernière à la Boule Noire.

Ce qui interpelle surtout avec Sophie Hunger est sa capacité à traduire magnifiquement sur scène des albums très moyens, remplis de compositions tout aussi agréables que fades. Accompagnée d’un batteur, bassiste, guitariste et surtout d’un hallucinant tromboniste, la jeune fille déploie sa musique et l’exprime comme si elle se libérait d’un carcan trop contraignant.

Les ambiances se succèdent, alternativement intimistes (seule à la guitare ou au piano) ou flamboyantes (grâce aux montées en intensité du groupe). La chanteuse doit en effet beaucoup à ses musiciens. Les choeurs, l’étonnant solo de cymbales/glockenspiel et la performance toute en finesse du tromboniste finiront d’achever le public conquis dès la première note de guitare du concert. Il ne manquera plus qu’un dernier titre entièrement joué en acoustique, assis par terre sur scène comme autour d’un feu de bois et joué dans un silence religieux pour parachever le tableau déjà proche du chef-d’oeuvre.

Comme si le disque n’était qu’un écrin trop étroit pour sa musique, Sophie Hunger prend définitivement toute sa dimension sur scène. Là où les artistes se révèlent réellement.

  • Album 1983 disponible (Universal Music)
  • En concert le 3 juin à Strasbourg, le 2 juillet aux Eurockéennes et le 16 juillet aux Vieilles Charrues


Dorian Wood / Espace B / 11.05.10

Publié le 12 mai 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 4 commentaires »

Il y a dix-huit ans sortait un incroyable EP live de Jeff Buckley, Live at Sin-é. Hier soir, Dorian Wood donnait l’impression de revivre un moment aussi mythique, suspendu au-dessus de l’agitation perpétuelle de la capitale. Un mythe ne tient finalement à (presque) rien : un lieu improbable, un public réceptif, de belles chansons et surtout un artiste exceptionnel. Coup de bol ou coup de génie, toutes ces conditions étaient réunies à l’Espace B, salle impersonnelle, mais facilement appropriée par la petite cinquantaine de spectateurs.

Venu seul de Los Angeles, le chanteur a dû trouver en arrivant à Paris pour cette tournée européenne des musiciens capables de l’accompagner sur scène. C’est finalement vers ceux de General Bye Bye que son choix s’est tourné. Bien lui en a pris, après une courte répétition, le batteur et guitariste sont opérationnels et suivent avec obéissance les ordres du chef d’orchestre. Un geste suffit pour que le groupe s’adapte instantanément. L’usage est devenu tellement rare dans le rock (au sens large) pour mériter d’être signalé. On n’attendait pas moins de talent de l’artiste Net Emergence de février dernier.

Dès le début du concert, on ne peut être que surpris. Arrivant depuis le milieu du public, Dorian Wood est habillé d’une robe de satin noir, le visage recouvert d’un masque rouge, cadeau de son accordéoniste et représentant selon elle un homard. Improbable, mais théâtral, le costume fait son effet et plonge directement les spectateurs dans une ambiance particulière.

Ce mélange vocal de Jeff Buckley et Michael Stipe, mais affichant 50 kilos de plus sur une balance en impose. Malgré ce physique, une incroyable grâce se dégage de son interprétation. Une émotion teintée de dérision. Des paroles graves, toujours présentées avec humour : « It’s about dying but it’s fun to dance ». On s’attache très vite à Dorian Wood et ses émotions à fleur de peau. Parfois seul au clavier, interprétant une reprise de General Bye Bye ou une chanson en Bulgare, Dorian Wood étonne. Il finit même par une inattendue reprise de Tous les garçons et les filles dont il nous confiera après le concert la passion de son petit ami. Il y a dix-huit ans, Jeff Buckley reprenait Édith Piaf. Hier Dorian Wood faisait honneur à Françoise Hardy. Rendez-vous en 2028.


Deftones / La Boule Noire / 10.05.10

Publié le 11 mai 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 11 commentaires »

Deftones amputé, mais Deftones toujours debout. Malgré le coma prolongé de son bassiste Chi Cheng depuis 2008, le quintette de Sacramento continue sa carrière. Derrière la quatre cordes se tient désormais le solide Sergio Vega, ancien de Quicksand.

Deftones à la Boule Noire, c’est l’événement improbable par excellence. Une semaine après la sortie de l’album Diamond eyes, il fallait toutefois marquer le coup et proposer un lieu intimiste et exclusif. Rien de tel qu’un peu de marketing par la frustration pour faire monter le buzz autour d’un groupe. Ce n’est pas Pete Doherty, abonné aux concerts-surprises au Truskel et à la Maroquinerie qui nous dira le contraire.

Tout à été dit sur Deftones, qualifié à la fois de groupe metal, new wave, nu metal ou post grunge. Au-delà des étiquettes, la musique du groupe a toujours résulté d’un équilibre précaire entre les goûts très divers de chaque membre. Le groupe était même allé jusqu’à commettre une superbe reprise de To have and to hold de Depeche Mode sur la compilation Various artists for the masses.

C’est un Chino Moreno svelte qui apparait hier soir sur la petite scène de la Boule Noire. Avec une ligne toute retrouvée, le chanteur bouge comme jamais. Penché sur son public, ce dernier le prend par la main comme s’il tenait celle d’un père, prêt à la suivre n’importe où. Même si le groupe est desservi par un son toujours à la limite dans cette salle, il n’hésite pas à le faire voyager dans les méandres de sa musique.

Des nappes éthérées qui s’étirent longuement, déchirées par des riffs tranchants, caractérisent la vingtaine de titres joués pendant une bonne heure et demi. C’est toute une palette de sentiments que Moreno et sa bande utilisent. De la retenue à la rage, il n’y qu’un pas chez Deftones, comme en témoigne une set list allant de Root à Minerva, en passant par le générationnel My own summer (shove it) ou Sextape (que les Smashing Pumpkins n’auraient pas renié).

Micro autour du cou, telle une cravate d’un uniforme de métalleux, le chanteur est dignement accompagné par des musiciens qui déroulent leur partition. Mention spéciale à Sergio Vega, dont les doigts virevoltent littéralement sur son manche. Ronde de pogo et crowd surfing, le public en redemande et sait reconnaitre l’évidence : la musique de Deftones est décidément bien plus fine et subtile que ce que l’on peut croire en apparence.


Recoil / Bus Palladium / 23.04.10

Publié le 24 avril 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 12 commentaires »

Pendant que Depeche Mode remplit le Stade de France et plusieurs Bercy d’affilé, Alan Wilder, ancien membre éminent du groupe, se paye un sold-out au Bus Palladium devant 400 personnes.

Drôle de destiné que celle de cet artiste qui quitta en 1995 l’un des groupes les plus populaires d’alors, après une tournée triomphale de quinze mois suite à la sortie de Songs of faith and devotion. Considéré durant sa carrière au sein de Depeche Mode comme le seul vrai musicien de la formation, il avait été recruté sur petite annonce en 1982. Vince Clarke avait alors abandonné le navire après le premier album. Réduit à un trio peu expérimenté, le groupe avait sorti tant bien que mal le bancal A broken frame. Avec son arrivée, le son de Depeche Mode change et devient bien plus riche. Le travail apporté par Alan Wilder sur Black celebration, Music for the masses, Violator et Songs of faith and devotion est alors considérable. Ce n’est pas un hasard si depuis son départ, Depeche Mode s’entoure pour chaque nouvel album d’un producteur de renom : Tim Simenon, Mark Bell et Ben Hillier.

Bloqué dans un format pop qui lui convenait finalement peu, Alan Wilder a débuté son side project dès 1986 avec la publication d’un premier EP de deux titres sobrement intitulé 1 + 2. Avec des durées de 14 et 18 minutes, chaque piste exprime bien le désir de Wilder de respirer grâce à cette approche bien plus expérimentale. Deux ans plus tard un second EP, Hydrology, exploite cette même veine. Il faudra finalement attendre 1992 et son premier album Bloodline pour que Recoil soit de nouveau synonyme de chanson. Plusieurs invités de marque viennent y poser leur voix : Douglas McCarthy (Nitzer Ebb), Toni Halliday (Curve) et Moby. Unsound methods en 1997 (avec Siobhan Lynch, encore Douglas McCarthy et la choriste de Depeche Mode Hildia Campbell) et surtout Liquid en 2000 (avec notamment Diamanda Galás) finiront par imposer Alan Wilder comme un artiste à part entière avec son identité propre.

N’hésitant pas à jongler entre les styles, la musique de Recoil est sombre, rythmiquement travaillée et propose des arrangements souvent complexes. Très cinématographiques, les paysages ainsi dessinés apparaissent comme peu accueillants. Un sentiment de claustrophobie et de sophistication se dégage de l’ensemble. La compilation Selected sortie lundi dernier se pose ainsi comme une bonne porte d’entrée dans une discographie torturée et difficile à appréhender.

Extrêmement rare sur scène, on attendait donc beaucoup de l’artiste tout en sachant qu’il serait difficilement possible d’y reproduire la subtilité de sa musique. Avec cette multitude d’invités présents sur ses disques, il serait également impossible pour Alan Wilder de tous les regrouper sur scène. C’est donc finalement une formule live act derrière trois Mac et des machines qui a été choisie. Paul Kendall, fidèle producteur anglais du label Mute (Wire, Renegade Soundwave, Nitzer Ebb), accompagnait l’ancien membre de Depeche Mode derrière tout cet attirail technologique. Heureusement, que cette Strange hour était illustrée d’une projection sur grand écran de vidéos notamment inspirées des travaux de l’illustrateur Hans Ruedi Giger, le reste des images lorgnant vers un esprit plutôt proche de l’univers de David Lynch.

Musicalement, la set list est étrange. Véritable mash-up de ses titres, la prestation donne l’impression de mélanger un peu tout et n’importe quoi. Les styles s’enchainent sans véritable lien : trip-hop, drum’n’bass, electro instrumentale, tout y passe. Dommage que cela soit fait sans réelle notion de progression d’intensité. Le public n’est d’ailleurs pas très réceptif. On comprendra d’ailleurs lors d’un passage en forme de clin d’oeil rejouant l’Aggro mix de Never let me down again que le public s’attendait certainement à voir et entendre du Depeche Mode. C’est donc un sentiment mitigé qui prédominait à la fin du show d’une heure et quelques minutes. Dommage quand on connait la qualité de la musique de Recoil. Elle mériterait finalement une véritable formation live avec chanteur pour lui donner réellement vie sur scène. Le studio reste encore et toujours le lieu de prédilection d’Alan Wilder, comme s’il était maudit d’avoir quitté Depeche Mode qui reste toujours une valeur sure du live.