La musique, c'est du bruit qui pense.

PJ Harvey / Olympia / 24.02.2011

Publié le 25 février 2011 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Fictions | 4 commentaires »

Je ne suis encore qu’un foetus. Un simple foetus dans l’utérus de sa mère. Je dis « sa » car comme je ne la connais pas encore je ne la considère pas vraiment comme la mienne. Ce soir, elle a décidé d’aller à un concert. Toutes ces vibrations en témoignent. Je suis presque certain qu’il s’agit de cette chanteuse qu’elle aime beaucoup et qu’elle écoute si souvent.

Cette voix désormais si haut perchée me transperce et me transporte. Soutenus par la batterie fouettée tout en subtilité par Jean-Marc Butty, les titres de Let England Shake s’enchainent. Ce dont je suis certain c’est qu’elle chante en anglais. Je reconnais et je comprends même les paroles. C’est étonnant le nombre de choses que l’on sait quand on n’est pas encore né. Comme si l’Univers dans son ensemble nous transférait tout son savoir. Il suffit d’entendre une langue pour la comprendre. Ou bien d’écouter les gens parler pour saisir le sujet de leur conversation en un instant. Souvent j’aimerais pouvoir intervenir dans leur discussion, leur dire qu’ils se trompent et que moi je connais la Vérité. Mais dans ma situation, vous imaginez bien qu’ils ne m’écouteraient pas.

C’est ce que j’aurais aimé faire le jour où a éclaté cette violente dispute entre eux deux. J’entendais crier cette voix masculine que je connaissais depuis toujours. Celle du corps dans lequel je grandissais était d’une tristesse incroyable et n’arrivait plus vraiment à dire quoi que ce soit. Je ressentais au plus profond de moi-même le malaise qui animait la relation entre eux deux. En fond passait Meet Ze Monsta, l’un des rares morceaux rock joués ce soir et qui rajoutait encore à cette ambiance angoissante.

Au plus profond de mon cerveau s’imprimait cet épisode haineux et effrayant qui allait certainement conditionner en partie le reste de ma vie.

Depuis, je n’avais plus jamais entendu cette voix masculine. Mais j’avais ressenti presque quotidiennement les sanglots de celle qui me porte. J’étais aussi faible qu’elle, elle ne mangeait manifestement plus grand-chose. Quelques fois, j’avais même remarqué le flot de l’alcool couler dans mes veines, m’étourdissant pendant quelques heures. Et toujours cette musique en fond, On Battleship Hill accompagnée par le clavier de Mick Harvey, la guitare de John Parish et leurs deux voix combinées en choeur. De toutes mes forces j’essayais de lui faire comprendre qu’il y avait un avenir, que je devais naitre. Elle influait tellement sur moi que je pensais pouvoir le faire sur elle.

Quand elle posait sa main sur son ventre, je sentais instantanément sa présence. Elle était moi, j’étais elle. Deux êtres distincts, mais ne faisant qu’un. Quand elle apposait ainsi sa main, c’est un peu moi aussi qui l’avais décidé. C’est également elle qui me demandait en partie de réagir en conséquence. Un bref coup de pied était généralement ma réponse favorite.

Dans ces moments-là, Down By The Water me ramenait à mon état aquatique et nous embarquait dans un pur instant fusionnel.

Ce soir c’est différent. La froideur des premiers instants est étrange. Au départ hautaine dans son costume noir intemporel et sa coiffe en plume, l’Anglaise brise finalement la glace avec le rythme chaloupé du faussement reggae Written On The Forehead. Son autoharpe dans ses bras, elle donne l’impression d’enlacer un enfant. J’aimerais tellement être à cette place.

La musique est la même que celle que j’entends habituellement, mais bien plus forte et surtout bien plus intense. J’avais conscience que la voix de cette chanteuse avait évolué. Désormais c’est dans les aigus qu’il fallait aller la dénicher. La rage et la sensualité de ses anciennes chansons avaient fait place à une sorte d’appel à la révolution contre la politique belliciste de son pays. Je me voyais déjà naitre dans ce monde à l’avenir incertain ou pour régler un problème, seule la violence serait de mise. Ce son de clairon issu de The Glorious Land réveillait en moi des sentiments étranges : une sorte de patriotisme, mais aussi son rejet total. Puis C’mon Billy résonne en moi comme un appel, je sais que je ne dois plus tarder à voir le jour. J’étais tout à la fois et je n’étais encore pourtant rien. Dans quelques semaines j’aurai déjà tout oublié. Silence.


Agoria — Impermanence

Publié le 9 février 2011 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Disques, Fictions | 5 commentaires »

Ce soir-là au Rex Club, l’ambiance était étrange. J’avais pourtant l’habitude d’y venir voir Agoria, véritable architecte sonore spécialisé dans les sets all night long. Mon arrivée tardive expliquait certainement l’odeur âcre de transpiration qui y régnait. Je savais que ce soir je ne rentrerai pas solitaire chez moi. Mais je n’avais manifestement pas tout prévu.

Quand on arrive à 3 h du matin, l’ambiance d’un club est immédiate. À chaque fois, je prends l’énergie du dancefloor en pleine face. Comme si les danseurs ne faisaient qu’un. Comme s’ils formaient les pistons d’une immense machine consumant de l’énergie instantanément dissipée et n’étant utile à rien, sinon à être produite. Une gabegie salvatrice dans un monde où il fallait désormais tout économiser.

Déjà ivre, je décidais de repérer quelques proies que j’estimais faciles. Je n’aimais pas parler des filles comme ça, mais plus les années passaient, plus je me rendais compte de l’évidence de ce rapport chasseur/chassée. Je n’étais pas dans le meilleur endroit pour assouvir mes besoins. Ici, à part quelques rares, les filles n’étaient généralement pas très sensibles à mes charmes. J’aimais celle aux cheveux courts qui me renvoyaient vers ma propre part d’homosexualité.

Alors que je m’approchais de la plus jeune en essayant de me coller le plus sensuellement que je pouvais à son corps, elle eut une réaction de dégout en me voyant. Je le savais, je n’étais pas son type, mais il fallait que j’en sois sûr. Dans mes oreilles résonnait la voix libidineuse de Carl Craig, posée sur cet instrumental groovy comme le diable.

La seconde semblait bien plus réceptive. J’avais compris à son regard qu’elle avait aussi remarqué mon envie d’elle.

Elle n’avait rien loupé de mon approche sur la première, d’abord jalouse, puis affichant un sourire en coin lorsqu’elle comprit que je n’avais aucune chance. C’est elle qui vint naturellement vers moi, m’enlaçant comme peu de fois je l’avais été. Calqués sur les rythmes sortant des baffles, nos mouvements étaient de plus en plus intimes. Elle me fit boire quelques gorgées dans son verre, la chaleur accablante commençait à avoir raison de moi.

Perles de sueurs, moiteur du visage, puis du corps entier.

Flash.

Un escalier.

Des lumières qui défilent.

Le vent dans les cheveux.

Blackout.

À mon réveil elle était à mes côtés. Mon corps nu témoignait certainement de ce qui avait dû se passer entre nous. J’étais chez elle, elle dormait profondément, sa vodka ne devait pas contenir que du tonic. Je me sentais mal, j’avais froid. J’enfilais mon string, mon soutien-gorge et le reste de mes vêtements, puis je rentrais chez moi. Troublée, mais heureuse.


Patti Smith / Cité de la musique / 20.01.2011

Publié le 21 janvier 2011 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Fictions | 7 commentaires »

La dernière fois que j’avais vu Patti Smith en concert, je marchais. C’était l’été dernier, juste avant que je me fasse faucher par cette putain de bagnole. Ce soir je retournais la voir sur ce fauteuil roulant dont je n’arrivais pas à me défaire depuis.

Moi qui adorais les concerts, j’avais complètement arrêté d’aller en voir. Quelques semaines après l’accident, encore bien esquinté, j’avais tenté le coup. Je m’étais retrouvé parqué avec d’autres handicapés. Trop normal pour me sentir à ma place avec eux, trop abimé pour rester parmi les valides. Et puis je ne supportais plus de voir tous ces gens se trémousser en rythme. Les médecins m’avaient promis que je remarcherais un jour, mais pour ça il fallait que je travaille. L’épreuve me semblait trop dure, comme ça m’était souvent arrivé dans ma vie, je préférais miser sur ma paresse et passer mon temps à me morfondre au fond de mon fauteuil.

Pourtant ce soir-là à la Cité de la musique, je sais que les choses seront différentes. Pour la première fois depuis longtemps je me sens à égalité avec les autres spectateurs. Ici tout le monde est assis, personne pour m’enfoncer un peu plus au fond de cette machine froide qui me sert de fauteuil.

Quand Patti rentra sur scène un frisson me parcourut des pieds à la tête, la dernière fois que je l’avais vue en concert, je marchais.

Ce soir, elle donne un concert acoustique, sans batterie. Cette absence d’électricité résonne en moi comme l’absence d’influx nerveux dans mes jambes. Cette scène sans batterie me rappelle que je ne sens désormais plus le sang battre à la mesure de mon coeur dans mes membres inférieurs. Ce concert amputé me balance mon image en pleine gueule. Et pourtant, j’encaisse.

Patti Smith

Au fil des chansons, je commence à comprendre que ce manque n’en est finalement pas un. Avec des guitares acoustiques et sans rythmique, le groupe arrive à restituer une intensité que je n’aurais jamais cru possible. Entourée de ses sept musiciens, Patti s’appuie sur leur talent, en premier lieu desquels Lenny Kaye, le complice de toujours qui a accepté de débrancher sa guitare pour elle et sa fille Jesse Smith au piano. Tony Shanahan à la basse tient également son rang en élevant son instrument comme l’un des éléments central du set. Il sait la faire résonner parfaitement en écho de l’indispensable guitare de Luca Lanzi. Les deux seuls instruments électriques de la scène. Comme s’ils étaient là pour allumer cette émanation qui permet d’embraser les autres instruments.

Quand raisonnent les premières notes de Because The Night, il devient difficile de se retenir. Je vois juste à ma gauche une première personne se lever et se mettre à danser dans l’allée. Ce que je craignais se produit alors, une véritable marée humaine commence à affluer des rangées de fauteuils, me réduisant ainsi une nouvelle fois à mon piètre statut d’éclopé. J’avais rarement vu la Cité de la musique prise d’une telle crise d’hystérie.

Pourtant face à cette foule debout je n’ai cette fois-ci pas la haine. Je suis même absolument subjugué par Patti Smith, plus revendicative et porteuse d’espoir que n’importe quel gamin désabusé de 2011. « The future is now ! » déclame-t-elle au milieu des magnifiques vers récités en introduction de Beneath The Southern Cross. Il me devient tellement, difficile de résister à tellement de sincérité que je laisse finir par couler quelques larmes. Puis comme subjugué par l’émotion, je m’agrippe à l’épaule de mon voisin et me hisse péniblement sur mes jambes tellement frêles, sentant cet influx électrique et ces battements les parcourir de nouveau.

La dernière fois que j’ai vu Patti Smith en concert, je marchais. La prochaine fois, c’est sûr, je marcherai.


Ava / China Club / 18.01.2011

Publié le 18 janvier 2011 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Fictions | 4 commentaires »

Cela faisait plusieurs mois qu’il n’était pas allé au cinéma. Il avait pourtant fini par se laisser tenter par Poupoupidou. Une belle blonde, Jean-Paul Rouve et une histoire qui se passait dans le Jura, sa région d’origine, avaient fini par le convaincre. Il était finalement ressorti du film en ayant découvert Ava, le groupe qui en avait composé la BO.

Ava

En recherchant le lendemain d’où venait ce groupe, il comprit rapidement qu’un de leur concert été prévu au China Club. Il n’y avait jamais mis les pieds, mais n’hésita pas très longtemps. Le froid était revenu sur Paris ce soir-là. En entrant dans le China Club, il reçu donc la chaleur du lieu en pleine face. Il fut tout de suite séduit par l’ambiance de bar à opium du restaurant, ce lieu dégageait une ambiance coloniale qui lui plaisait bien. Mais c’est au sous-sol que le concert d’Ava était prévu. Là on se croyait plutôt dans un fumoir à cigare, une odeur qui lui manquait tant depuis qu’il avait arrêté d’en fumer, il y a bien longtemps.

Dans ce cadre, la première partie du concert était parfaite. En simple duo acoustique, Ava déroulait ses chansons en anglais de manière absolument parfaite. Caché derrière sa mèche, le chanteur maniait sa voix si androgyne à merveille. Ces chansons faisaient aussi bien penser à l’univers enneigé du film qu’à un coucher de soleil au bord d’une plage du Pacifique. Cette universalité l’avait réellement touché. Il profita de la pause pour reprendre un deuxième whisky.

Installé dans son fauteuil club, il avait de plus en plus envie de ce fichu cigare qui lui manquait tant.

Puis le groupe revint pour une deuxième partie. Cette fois-ci, quatre nouveaux musiciens accompagnaient le duo. Il fallait donc s’attendre à bien plus d’énergie. Il fut d’abord surpris par les paroles désormais en français. Cela le chagrinait même un peu. Amoureux de Bashung et Gainsbourg, il avait toujours du mal avec la simplicité de certains artistes francophones dans ce domaine. Il remarqua aussi que la composition des chansons avait radicalement changé. On était là bien plus proche d’une collection de tubes FM que de chansons à fleur de peau. Étonnant de voir tant de schizophrénie en un même groupe.

Le concert terminé, il sorti du China Club, croisa un tabac encore ouvert. Il ne put s’empêcher d’acheter un Cubain. Il resta ainsi dans la rue dix minutes à sentir ces feuilles de tabac. Arrivé chez lui, il lança la BO du film, choisit Chemistry, se versa un dernier verre de whisky et finit par allumer son cigare. Le moment était parfait.


Arandel + Francesco Tristano / Café de la Danse / 15.01.2011

Publié le 16 janvier 2011 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Fictions | 2 commentaires »

Une semaine qu’elle se préparait pour venir au Café de la Danse. Avant, elle ne connaissait pas du tout InFiné, mais elle savait qu’il fallait être là. Le matin même, elle avait lu un article dans Libération qui l’avait conforté dans son choix. Cette soirée serait sold out ou ne serait pas.

Elle ne savait pas vraiment comment s’habiller. Elle n’était jamais venue au Café de la Danse. Le Rex Club elle connaissait bien, mais les salles de concert n’étaient pas vraiment son fort. Surtout pour des artistes hybrides comme ceux sur scène ce soir. Elle avait été retournée par l’album d’Arandel, In D : une forte inspiration techno soutenue par une esthétique très analogique. Francesco Tristano l’avait en revanche beaucoup moins convaincue. L’album d’Aufgang avait bercé son année 2009, mais son album solo l’avait laissée sur sa faim.

Arandel

Cheveux roux, peau diaphane, robe rouge, large ceinture tombant sur les hanches, grandes bottes marron : ce qui était certain, c’est qu’on la remarquerait ce soir. Déjà dans la queue qui s’étendait jusque dans la rue de Lappe, elle sentait les regards se tourner vers elle. Elle était arrivée pourtant parmi les premières dans une salle déserte et avait donc atterri dès son entrée au bar de l’étage. De fil en aiguille et de rencontre en rencontre, elle avait fini par boire plus que de raison sans se rendre compte qu’Arandel jouait déjà depuis un quart d’heure.

Plutôt que de descendre dans la micro fosse du Café de la Danse, elle avait choisi de regarder le concert depuis l’étage. La vue sur les musiciens était imprenable : elle les voyait derrière leurs machines, accueillir leurs invités s’appropriant une guitare, un piano ou un theremin. Elle était même impressionnée par leur maitrise de la flute traversière et du saxophone. Elle avait loupé Arandel il y a quelques mois au Batofar, mais ne pouvait s’empêcher d’être entièrement absorbée par sa musique.

Ici tout était moite. Les mélodies vaporeuses se trouvaient rapidement soutenues par un beat sensuellement insupportable.

Depuis une heure, la progression était de plus en plus palpable. Rien n’y personne ne pouvait arrêter cela, des cris dans la foule prouvaient que le public était touché par la sincérité de l’ensemble. Même vu de l’étage, sans un son très enveloppant , le résultat était parlant.

Francesco Tristano

Elle fut d’autant plus déçue par Francesco Tristano. Seul au piano, l’un des tiers d’Aufgang s’annonçait prometteur. Son album, Idiosynkrasia, était loin de faire l’unanimité. Il était pourtant précédé d’une immense réputation sur scène. Dès les premières mesures, elle tentait d’entrer dans le son du pianiste. Les basses parlaient à son corps, la quadriphonie à son cerveau. Elle pouvait difficilement se retenir de se dandiner sur cette musique.

Son décolleté attirait les regards des hommes autour d’elle, pourtant aucun n’osait l’aborder, absorbée qu’elle était par le son. Elle avait mal dormi et son cou était tendu, elle tentait alors de se décontracter les cervicales en tournant sa tête dans tous les sens. Ses mains la massaient en attente d’autres plus masculines dont elle rêvait. Parfois les beats osaient enfin soutenir les mélodies au piano, il lui était difficile de résister à l’envie de rester dans la fosse. Pourtant, les longs passages calmes l’incitèrent à reboire quelques verres à l’étage. Elle le regretta rapidement en entendant cette reprise du Strings Of Life de Derrick May qui vint clore la prestation de Tristano.

Elle n’avait vraiment aimé qu’une première moitié de cette soirée. Elle était à Paris. Il était seulement 23 heures. Il restait encore des Eurostar en direction de Londres. Dans à peine trois heures, Agoria commencerait à jouer à la Fabric. Elle avait encore largement le temps de se rendre à la Gare du Nord. Une semaine qu’elle se préparait pour découvrir InFiné. Elle avait une nuit pour en profiter plus que jamais.


Attention Talents Live à la Flèche d’Or

Publié le 18 décembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 2 commentaires »

La Fnac faisait son show mardi dernier à la Flèche d’Or. Son opération Attention Talents Live mettait en avant certains des groupes les plus hypes du moment sur la scène parisienne. Parfois un peu trop.

On est tout d’abord surpris par le manque d’originalité de Sly Johnson. C’est joli, ça groove, la voix est belle, mais l’ensemble reste désespérément plat. Rien à faire, on s’ennuie ferme. On se demande ensuite ce que Cocoon fait ici. Le groupe qui a reçu un disque d’or la veille après leur concert au Casino de Paris, n’a en effet rien à prouver. Heureusement qu’une voix off nous explique qu’ils jouent en quelque sorte ce soir le rôle de parrains. Toutes les remarques concernant Sly Johnson reste pourtant valables (hormis le groove) pour les Auvergnats qui nous réveilleront finalement par une étonnante reprise de l’immense Empire State of Mind de Jay-Z.

The Bewitched Hands

On espère ensuite se réveiller un peu avec Jamaica. Leur style est rythmé, punchy, tout est ultra carré. Dans la petite salle de la Flèche d’Or, le résultat est bien meilleur que sur la scène du Zénith lors du dernier Festival des Inrocks, mais on regrette le plus chez Jamaica, c’est de ne pas assez insister sur leur côté power trio. Les bandes enregistrées de clavier sur lesquelles ils jouent ont tendance à diluer leur énergie qui pourrait rattraper des compositions finalement peu originales. Il faut dire que le public composé presque essentiellement de professionnels de la musique est à l’enthousiasme ce que Jean-Jacques Goldman est à l’inventivité musicale.

Il faudra finalement attendre le dernier concert de la soirée pour enfin prendre un vrai plaisir à écouter The Bewitched Hands. Les Rémois distillent une pop toujours aussi lumineuse sur scène. Les compositions à tiroir sont astucieuses, bien construites et soutenues par des choeurs toujours aussi bien travaillés. On sent que tout le monde s’éclate sur scène. Ouf, on a failli s’ennuyer.

Photo : © Ben Calens


Prince of Moriarty Johanson is dodelijk

Publié le 3 décembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 1 commentaire »

N’ayez pas peur de ce titre, il ne sera ici pas question du dernier mashup en date de DJ Zebra. Il résume tout simplement une semaine de concert riche en voyages, de Badgad à Stockholm en passant par Lille et les USA.

Roken Is Dodelijk

C’est Roken Is Dodelijk qui ouvrait le bal mardi soir au Nouveau Casino. Ce groupe de Lillois est avant tout une rencontre, celle avec leur chanteur Jérôme en plein concert d’Arcade Fire lors de la dernière édition de Rock en Seine. Lui aussi avait choisi de le regarder depuis les téléviseurs placés dans l’espace VIP. Un humour pince-sans-rire autour d’un verre m’avait mis la puce à l’oreille sur ce nom imprononçable. Depuis, leur deuxième EP, The Terrible Things, a séduit un public averti.

Sur la scène du Nouveau Casino, le groupe a parfois donné l’impression de ramer un peu face à un public pas très réceptif. On pouvait pourtant comprendre que leur talent de composition est bien réel, tout comme les arrangements vocaux en live. On restera marqué par ceux absolument superbes du dernier titre joué ce soir-là, Stereo Skin.

Jay-Jay Johanson

Le lendemain, c’est la Suède qui prend le relais pour la première soirée du festival ÅÄÖ dédié à ses musiques actuelles. Archi complète, cette soirée recevait Prince Of Assyria de son vrai nom Ninos Dankha. Né à Bagdad avant d’être élevé en Suède, suite à la fuite de ses parents d’Irak, le chanteur a récemment marqué les esprits de son bel album Missing Note. Sur scène on retrouve toute la fragilité de son interprétation, même si on éprouve parfois un tout petit peu de lassitude face à ses compositions folk-pop.

La bonne surprise viendra de Jay-Jay Johanson. Sa voix reconnaissable entre mille était ce soir là accompagnée d’un simple piano et de quelques boucles issues de son laptop. L’accueil est ultra chaleureux et Jay-Jay visiblement très heureux d’être de retour à Paris. 12 ans depuis la Route du Rock 1998, dernier endroit où j’avais finalement eu des nouvelles de lui. Les retrouvailles furent très belles et émaillées de quelques chansons de son album de l’époque Whiskey. Et l’on se rend compte que ses compositions depuis tiennent aussi bien la route et qu’on n’aurait peut-être pas dû le lâcher en cours de route.

Moriarty

Enfin, hier soir, à l’issue de la conférence de presse du TGV GéNéRiQ, c’est Moriarty qui nous faisait l’honneur d’un showcase d’une petite demi-heure. Rassemblés comme ils savent si bien le faire autour d’un unique micro, les membres du groupe jouent le jeu à fond. On aura même droit à une composition commune avec feu Jack The Ripper. Puis on échangera avec le bassiste à la fin du concert, nous racontant la série de concerts à venir en février durant toute une semaine au Trianon.

Le festival ÅÄÖ continue :

  • Yaya Herman Dune + Nina Kinert + Bye Bye Bicycle / 3 décembre / Point Éphémère
  • Nicolaï Dunger + Frida Hyvönen + Anna von Hauswolff / 4 décembre / La Flèche d Or
  • The Concretes + Pacific ! feat. Sarah Assbring (El Perro del Mar) / 6 décembre / Point Éphémère


Chocolate Genius Inc. : frissons à la Boule Noire

Publié le 25 novembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 1 commentaire »

En septembre dernier, Mark Anthony Thompson avait bluffé quelques privilégiés lors d’une courte session acoustique organisée à l’occasion de la sortie en France chez No Format de son album Swansongs. On l’attendait sur scène de pied ferme. Hier soir à la Boule Noire il fut (presque) parfait.

Habité par sa musique

Nul ne l’étant vraiment (parfait), on ne pouvait espérer mieux que la prestation qu’a livrée hier Chocolate Genius Inc. Le chanteur new-yorkais, pieds nus, casquette de gavroche et ongles de la main gauche vernis de noir prouve non seulement qu’il possède un vrai talent d’interprétation, mais aussi qu’il sait s’entourer. Difficile en effet de faire mieux que le groupe qui l’accompagnait hier.

Le clavier originaire de Harlem, son «vieil ami» pourtant bien jeune, sait aussi bien faire groover sont piano électrique que le coupler avec une multitude de pédales pour en tirer des sons improbables lors de ses solos. Le batteur de la Nouvelle-Orléans, aussi dépressif que Droopy, semblait décuver derrière ses futs, mais suivait à la lettre avec un feeling indiscutable les indications de Marc Athony, largement improvisées.

Au fond, la contrebassiste (alors que l’on pressentait un temps que Vincent Ségal devait l’accompagner) tient largement son rang. Enfin, l’incroyable Seb Martel à la guitare (« my brother ») déroule son jeu tout en subtilité, entre touché de corde jazz, rock, folk et blues. Tout fonctionne parfaitement entre les musiciens sur lesquels le chanteur peut poser son chant en toute confiance.

My Mom, toujours aussi émouvante

Car il faut bien ça à Mark Anthony Thompson, un écrin pour sa voix de velours. Un canevas sur lequel il peut aussi bien rigoler de ses vannes incessantes que pleurer des émotions qu’il sait encore mieux exprimer. Car passer du rire aux larmes est certainement ce qu’il préfère. Un instant il déconne en lançant sa serviette à la gueule du premier spectateur dans le public, celui d’après il se lance dans un chanson triste comme jamais.

« Une chanson sur le fait d’aimer la bonne personne au mauvais moment » : en une phrase, voilà le genre de thème définitif que Chocolate Genius peut balancer à son public. De quoi faire raisonner en soit un vécu universel et bien présent. Avant de nous achever seul au piano avec cette hallucinante chanson adressée à sa mère My Mom : « But this house smells just the same, but my mom can’t remember my name ». Introspection. Réflexion. Frissons.

  • En concert le 7 avril 2011 au Café de la Danse.
  • Merci à Romain de My(Good)Zik pour la première photo.


Einstürzende Neubauten : la Cité de la Musique en travaux

Publié le 17 novembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 3 commentaires »

Le risque était limité, mais à la hauteur du challenge : enfin découvrir l’oeuvre d’Einstürzende Neubauten sur scène. La Cité de la Musique nous le permettait hier soir en programmant le groupe à l’occasion de leurs trente ans de carrière.

Un jeu de lumière absent

Einstürzende Neubauten fait partie de ces groupes dont on s’approche avec crainte. Avec une telle réputation le précédent et une carrière aussi riche, il est presque impossible de s’attaquer à son ascension tout seul, sous peine de se faire emporter par une avalanche. Ces immeubles en train de s’effondrer portent la musique industrielle en eux, exigeante, difficile, imprévisible. Ce concert intitulé 3 Decades of Einstürzende Neubauten semblait l’occasion idéale pour comprendre leur oeuvre.

Bien entendu, les fans de la première heure trouvent que Blixa Bargeld et N. U. Unruh tirent un peu trop sur la corde et auraient dû mettre un terme à leur formation il y a fort longtemps. Si leurs disques sont désormais moins pertinents qu’à leurs débuts (où tout restait à créer dans le style), difficile de faire la fine bouche en les voyant sur scène.

Digne d’un rayon de Monsieur Bricolage, leur instrumentarium à de quoi impressionner : bidons en plastique, ressorts, plaques de métal, tuyaux en tout genre. Un risque nous traverse alors l’esprit : que le concert se transforme finalement en performance d’art contemporain. Il n’en sera rien.

L’émotion métallique

Bâties sur un minimalisme presque récurrent, les chansons se construisent alors en couches superposées de sons. Ces derniers, tels les muscles, la graisse et la peau, viennent habiller un squelette mélodique ou textuel scandé par Blixa Bargeld. Tout de noir vêtu, bouffi et mèches lui entourant le visage, le chanteur joue parfois son texte tel un acteur, récite ou cri de manière suraiguë. Le public est subjugué et happé comme devant une messe noire.

Hypnotisé par l'émotion froide

Dans l’univers apocalyptique d’Einstürzende Neubauten, tout est percussion. En plus de l’établi de N. U. Unruh d’où il fait tomber aussi bien des pièces de métal de deux mètres de haut que de jouer de la perceuse sur une grille ; batteur, clavier, guitariste et bassiste sont tout aussi percussifs. Ces rythmiques sont souvent martiales, mais on se surprend finalement à être pris par un groove industriel faisant hocher nos têtes.

Les émotions s’invitent ensuite face à l’interprétation magistrale des morceaux. On peine à croire que le groupe soit aussi carré dans un tel déluge sonore. Pourtant, chaque outil utilisé ici a une utilité, personne n’est jamais dans la démonstration, tout est joué pour souligner l’une des philosophies du groupe héritées du manifeste de l’Art des bruits de Luigi Russolo.

Vinyle tournant au bout d’une perceuse et amplifié devant son micro par un gobelet en plastique, Blixa ira même jusqu’à interpeler le musicien italien : « Russolo, est-ce que l’on joue assez fort ? » « Oui » avait-on envie de lui répondre, « assez fort, mais aussi tellement bien. »


Laurent Garnier live & mix au Social Club

Publié le 11 novembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 2 commentaires »

Avoir avoir tourné tout l’été en festival avec une formation live enfin aboutie. Laurent Garnier étrennait hier au Social Club sa nouvelle formule live & mix, accompagné du fidèle Scan X aux machines et de Benjamin Rippert aux claviers.

La formation live complète

On l’avait quitté au Paléo, sur scène avec Scan X, deux cuivres, un clavier et un guitariste. On appréciait alors cette formation qui faisait une grande place à l’improvisation et à la communication entre ses membres. Si la réussite était au rendez-vous, il était difficile pour ce groupe de venir taquiner les clubbers, public de choix de Garnier. C’est donc en version resserrée que le DJ a décidé de s’attaquer à une tournée des clubs qui passera en décembre aussi bien par le Panorama Bar à Berlin que le Fuse de Bruxelles.

Ici, pas question de n’écouter que les productions du Français. On touche aussi bien au live qu’au mix. Garnier alterne son activité entre son PC et ses platines. Pendant ce temps, Scan X et Benjamin Rippert brodent sur ces boucles. Quand les trois jouent ensemble, la couleur est très minimale et répétitive. L’intensité monte au fur et à mesure sur des thèmes qui dépassent parfois la dizaine de minutes. Garnier joue au vrai chef d’orchestre. D’un regard il commande à ses acolytes quoi faire, ils s’exécutent dans l’instant, déclenchant le plus souvent un break tonitruant.

Garnier tout seul on da mix

Puis ses compagnons le quittent pour le laisser s’exprimer seul cette fois-ci lors d’un passage de mix pur et dur. Les ordis restent muets, seules les platines s’expriment. Là, c’est la dynamique qui prévaut. Garnier reste l’un des maitres incontestés du genre amenant les disques les uns après les autres dans une logique telle que l’on ne se rend même plus compte de leur enchainement. Puis Scan X et Benjamin Rippert reviennent s’insérer dans cette musique, puis repartent, puis reviennent…

Si le concept live & mix n’a rien de nouveau, Richie Hawtin en est l’un des maitres, il est ici parfaitement exécuté et donne plaisir à voir tant les musiciens s’amusent. Étonnant aussi de voir Garnier présenter cette nouvelle formation au Social Club, lui qui reste un enfant du Rex Club. Pas idiot, si on y réfléchit bien. Il touche ici un public différent, plus jeune et et plus hype, que celui du club historique de la capitale. Dommage que le sound system n’y soit pas aussi bon.

Big up à Fuck That World pour nous avoir permis d’assister à la soirée !