Ce soir je n’ai pas bu. En fait si, je n’ai fait que ça de toute ma soirée, mais bizarrement je ne suis pas ivre. Difficile à comprendre, ça me ferait même un peu peur. Avec un peu de recul, ça ne m’étonne finalement pas. Vu ma consommation durant toute la semaine, je commence à être immunisé. Être totalement lucide en club à trois heures du matin, c’est aussi normal que d’aller travailler complètement saoul. Improbable, mais fascinant d’observer le comportement des gens qui m’entourent.
À quoi pense ce mec seul au bar, les yeux perdus dans le vague ? Devant lui, le contenu de son verre descend à vitesse grand V. Quand on croise son regard, on comprend que ce n’est certainement pas le premier. Chagrin d’amour ? Envie de se retrouver anonyme au milieu d’une foule surexcitée ? Folie passagère ? On ne le saura jamais, peut-être que lui non plus.
Elles sont toutes les deux assises sur le canapé dans un coin. Très mignonnes et très lookées, elles pourraient être bien plus aguicheuses que ça, mais elles choisissent de rester en retrait. Elles regardent pourtant tous les mecs qui passent sans jamais se décrocher un mot. Dans leurs têtes doivent s’inscrire les visages de tous ceux qui leur plaisent. Une fois au milieu de la piste, plus la peine de perdre leur temps à repérer les beaux gosses, elles les connaitront déjà tous.
Eux ne sont clairement pas là pour la musique. Sur scène, Rafale pourrait faire une reprise d’Annie Cordy plutôt que de jouer leur très dansant rock électronique, qu’ils sauteraient de la même manière dans tous les sens. Ces quatre-là sont le genre de gars qu’on ne peut supporter que quand on est soi-même ivre. Non seulement leurs paroles ne sont compréhensibles que sous l’emprise de l’alcool, mais leur capacité à faire la fête nous renvoie également à ma propre incapacité à me lâcher ce soir-là.
Cette petite brune a vraiment envie d’autre chose ce soir. Elle est venue avec son mec à qui elle roule des pelles comme jamais. Alors que leur couple est très plan-plan depuis quelques mois, il en est le premier surpris, mais cela n’est pas pour lui déplaire, bien au contraire. Un homme reste un homme. Là où il ne comprend plus rien, c’est quand il la voit s’approcher d’une de leurs amies, l’enlacer et finir par l’embrasser goulument sous ses yeux. Elle s’éloigne juste après dans la foule en ondulant sur la techno orgasmique d’Arnaud Rebotini, les trois regards se croisent. S’ils disent vrai, tout cela n’était pas prévu, ils en sont les premiers surpris. J’en connais un qui finira sa soirée très bien entouré.
Et puis moi, au milieu de tout ce beau monde. Certainement le plus décalé d’entre tous. Debout dans un coin, hochant la tête sur le beat. Blouson sur le dos, sans verre à la main, aussi à l’aise qu’un mec en short dans un camp de nudistes. C’en est trop, je file au bar.
Je ne suis encore qu’un foetus. Un simple foetus dans l’utérus de sa mère. Je dis « sa » car comme je ne la connais pas encore je ne la considère pas vraiment comme la mienne. Ce soir, elle a décidé d’aller à un concert. Toutes ces vibrations en témoignent. Je suis presque certain qu’il s’agit de cette chanteuse qu’elle aime beaucoup et qu’elle écoute si souvent.
Cette voix désormais si haut perchée me transperce et me transporte. Soutenus par la batterie fouettée tout en subtilité par Jean-Marc Butty, les titres de Let England Shake s’enchainent. Ce dont je suis certain c’est qu’elle chante en anglais. Je reconnais et je comprends même les paroles. C’est étonnant le nombre de choses que l’on sait quand on n’est pas encore né. Comme si l’Univers dans son ensemble nous transférait tout son savoir. Il suffit d’entendre une langue pour la comprendre. Ou bien d’écouter les gens parler pour saisir le sujet de leur conversation en un instant. Souvent j’aimerais pouvoir intervenir dans leur discussion, leur dire qu’ils se trompent et que moi je connais la Vérité. Mais dans ma situation, vous imaginez bien qu’ils ne m’écouteraient pas.
C’est ce que j’aurais aimé faire le jour où a éclaté cette violente dispute entre eux deux. J’entendais crier cette voix masculine que je connaissais depuis toujours. Celle du corps dans lequel je grandissais était d’une tristesse incroyable et n’arrivait plus vraiment à dire quoi que ce soit. Je ressentais au plus profond de moi-même le malaise qui animait la relation entre eux deux. En fond passait Meet Ze Monsta, l’un des rares morceaux rock joués ce soir et qui rajoutait encore à cette ambiance angoissante.
Au plus profond de mon cerveau s’imprimait cet épisode haineux et effrayant qui allait certainement conditionner en partie le reste de ma vie.
Depuis, je n’avais plus jamais entendu cette voix masculine. Mais j’avais ressenti presque quotidiennement les sanglots de celle qui me porte. J’étais aussi faible qu’elle, elle ne mangeait manifestement plus grand-chose. Quelques fois, j’avais même remarqué le flot de l’alcool couler dans mes veines, m’étourdissant pendant quelques heures. Et toujours cette musique en fond, On Battleship Hill accompagnée par le clavier de Mick Harvey, la guitare de John Parish et leurs deux voix combinées en choeur. De toutes mes forces j’essayais de lui faire comprendre qu’il y avait un avenir, que je devais naitre. Elle influait tellement sur moi que je pensais pouvoir le faire sur elle.
Quand elle posait sa main sur son ventre, je sentais instantanément sa présence. Elle était moi, j’étais elle. Deux êtres distincts, mais ne faisant qu’un. Quand elle apposait ainsi sa main, c’est un peu moi aussi qui l’avais décidé. C’est également elle qui me demandait en partie de réagir en conséquence. Un bref coup de pied était généralement ma réponse favorite.
Dans ces moments-là, Down By The Water me ramenait à mon état aquatique et nous embarquait dans un pur instant fusionnel.
Ce soir c’est différent. La froideur des premiers instants est étrange. Au départ hautaine dans son costume noir intemporel et sa coiffe en plume, l’Anglaise brise finalement la glace avec le rythme chaloupé du faussement reggae Written On The Forehead. Son autoharpe dans ses bras, elle donne l’impression d’enlacer un enfant. J’aimerais tellement être à cette place.
La musique est la même que celle que j’entends habituellement, mais bien plus forte et surtout bien plus intense. J’avais conscience que la voix de cette chanteuse avait évolué. Désormais c’est dans les aigus qu’il fallait aller la dénicher. La rage et la sensualité de ses anciennes chansons avaient fait place à une sorte d’appel à la révolution contre la politique belliciste de son pays. Je me voyais déjà naitre dans ce monde à l’avenir incertain ou pour régler un problème, seule la violence serait de mise. Ce son de clairon issu de The Glorious Land réveillait en moi des sentiments étranges : une sorte de patriotisme, mais aussi son rejet total. Puis C’mon Billy résonne en moi comme un appel, je sais que je ne dois plus tarder à voir le jour. J’étais tout à la fois et je n’étais encore pourtant rien. Dans quelques semaines j’aurai déjà tout oublié. Silence.
Ce soir-là au Rex Club, l’ambiance était étrange. J’avais pourtant l’habitude d’y venir voir Agoria, véritable architecte sonore spécialisé dans les sets all night long. Mon arrivée tardive expliquait certainement l’odeur âcre de transpiration qui y régnait. Je savais que ce soir je ne rentrerai pas solitaire chez moi. Mais je n’avais manifestement pas tout prévu.
Quand on arrive à 3 h du matin, l’ambiance d’un club est immédiate. À chaque fois, je prends l’énergie du dancefloor en pleine face. Comme si les danseurs ne faisaient qu’un. Comme s’ils formaient les pistons d’une immense machine consumant de l’énergie instantanément dissipée et n’étant utile à rien, sinon à être produite. Une gabegie salvatrice dans un monde où il fallait désormais tout économiser.
Déjà ivre, je décidais de repérer quelques proies que j’estimais faciles. Je n’aimais pas parler des filles comme ça, mais plus les années passaient, plus je me rendais compte de l’évidence de ce rapport chasseur/chassée. Je n’étais pas dans le meilleur endroit pour assouvir mes besoins. Ici, à part quelques rares, les filles n’étaient généralement pas très sensibles à mes charmes. J’aimais celle aux cheveux courts qui me renvoyaient vers ma propre part d’homosexualité.
Alors que je m’approchais de la plus jeune en essayant de me coller le plus sensuellement que je pouvais à son corps, elle eut une réaction de dégout en me voyant. Je le savais, je n’étais pas son type, mais il fallait que j’en sois sûr. Dans mes oreilles résonnait la voix libidineuse de Carl Craig, posée sur cet instrumental groovy comme le diable.
La seconde semblait bien plus réceptive. J’avais compris à son regard qu’elle avait aussi remarqué mon envie d’elle.
Elle n’avait rien loupé de mon approche sur la première, d’abord jalouse, puis affichant un sourire en coin lorsqu’elle comprit que je n’avais aucune chance. C’est elle qui vint naturellement vers moi, m’enlaçant comme peu de fois je l’avais été. Calqués sur les rythmes sortant des baffles, nos mouvements étaient de plus en plus intimes. Elle me fit boire quelques gorgées dans son verre, la chaleur accablante commençait à avoir raison de moi.
Perles de sueurs, moiteur du visage, puis du corps entier.
Flash.
Un escalier.
Des lumières qui défilent.
Le vent dans les cheveux.
Blackout.
À mon réveil elle était à mes côtés. Mon corps nu témoignait certainement de ce qui avait dû se passer entre nous. J’étais chez elle, elle dormait profondément, sa vodka ne devait pas contenir que du tonic. Je me sentais mal, j’avais froid. J’enfilais mon string, mon soutien-gorge et le reste de mes vêtements, puis je rentrais chez moi. Troublée, mais heureuse.
La dernière fois que j’avais vu Patti Smith en concert, je marchais. C’était l’été dernier, juste avant que je me fasse faucher par cette putain de bagnole. Ce soir je retournais la voir sur ce fauteuil roulant dont je n’arrivais pas à me défaire depuis.
Moi qui adorais les concerts, j’avais complètement arrêté d’aller en voir. Quelques semaines après l’accident, encore bien esquinté, j’avais tenté le coup. Je m’étais retrouvé parqué avec d’autres handicapés. Trop normal pour me sentir à ma place avec eux, trop abimé pour rester parmi les valides. Et puis je ne supportais plus de voir tous ces gens se trémousser en rythme. Les médecins m’avaient promis que je remarcherais un jour, mais pour ça il fallait que je travaille. L’épreuve me semblait trop dure, comme ça m’était souvent arrivé dans ma vie, je préférais miser sur ma paresse et passer mon temps à me morfondre au fond de mon fauteuil.
Pourtant ce soir-là à la Cité de la musique, je sais que les choses seront différentes. Pour la première fois depuis longtemps je me sens à égalité avec les autres spectateurs. Ici tout le monde est assis, personne pour m’enfoncer un peu plus au fond de cette machine froide qui me sert de fauteuil.
Quand Patti rentra sur scène un frisson me parcourut des pieds à la tête, la dernière fois que je l’avais vue en concert, je marchais.
Ce soir, elle donne un concert acoustique, sans batterie. Cette absence d’électricité résonne en moi comme l’absence d’influx nerveux dans mes jambes. Cette scène sans batterie me rappelle que je ne sens désormais plus le sang battre à la mesure de mon coeur dans mes membres inférieurs. Ce concert amputé me balance mon image en pleine gueule. Et pourtant, j’encaisse.
Patti Smith
Au fil des chansons, je commence à comprendre que ce manque n’en est finalement pas un. Avec des guitares acoustiques et sans rythmique, le groupe arrive à restituer une intensité que je n’aurais jamais cru possible. Entourée de ses sept musiciens, Patti s’appuie sur leur talent, en premier lieu desquels Lenny Kaye, le complice de toujours qui a accepté de débrancher sa guitare pour elle et sa fille Jesse Smith au piano. Tony Shanahan à la basse tient également son rang en élevant son instrument comme l’un des éléments central du set. Il sait la faire résonner parfaitement en écho de l’indispensable guitare de Luca Lanzi. Les deux seuls instruments électriques de la scène. Comme s’ils étaient là pour allumer cette émanation qui permet d’embraser les autres instruments.
Quand raisonnent les premières notes de Because The Night, il devient difficile de se retenir. Je vois juste à ma gauche une première personne se lever et se mettre à danser dans l’allée. Ce que je craignais se produit alors, une véritable marée humaine commence à affluer des rangées de fauteuils, me réduisant ainsi une nouvelle fois à mon piètre statut d’éclopé. J’avais rarement vu la Cité de la musique prise d’une telle crise d’hystérie.
Pourtant face à cette foule debout je n’ai cette fois-ci pas la haine. Je suis même absolument subjugué par Patti Smith, plus revendicative et porteuse d’espoir que n’importe quel gamin désabusé de 2011. « The future is now ! » déclame-t-elle au milieu des magnifiques vers récités en introduction de Beneath The Southern Cross. Il me devient tellement, difficile de résister à tellement de sincérité que je laisse finir par couler quelques larmes. Puis comme subjugué par l’émotion, je m’agrippe à l’épaule de mon voisin et me hisse péniblement sur mes jambes tellement frêles, sentant cet influx électrique et ces battements les parcourir de nouveau.
La dernière fois que j’ai vu Patti Smith en concert, je marchais. La prochaine fois, c’est sûr, je marcherai.
Patti Smith sera en concert ce soir à la Salle Pleyel avec Philip Glass et y jouera Horses demain
Cela faisait plusieurs mois qu’il n’était pas allé au cinéma. Il avait pourtant fini par se laisser tenter par Poupoupidou. Une belle blonde, Jean-Paul Rouve et une histoire qui se passait dans le Jura, sa région d’origine, avaient fini par le convaincre. Il était finalement ressorti du film en ayant découvert Ava, le groupe qui en avait composé la BO.
Ava
En recherchant le lendemain d’où venait ce groupe, il comprit rapidement qu’un de leur concert été prévu au China Club. Il n’y avait jamais mis les pieds, mais n’hésita pas très longtemps. Le froid était revenu sur Paris ce soir-là. En entrant dans le China Club, il reçu donc la chaleur du lieu en pleine face. Il fut tout de suite séduit par l’ambiance de bar à opium du restaurant, ce lieu dégageait une ambiance coloniale qui lui plaisait bien. Mais c’est au sous-sol que le concert d’Ava était prévu. Là on se croyait plutôt dans un fumoir à cigare, une odeur qui lui manquait tant depuis qu’il avait arrêté d’en fumer, il y a bien longtemps.
Dans ce cadre, la première partie du concert était parfaite. En simple duo acoustique, Ava déroulait ses chansons en anglais de manière absolument parfaite. Caché derrière sa mèche, le chanteur maniait sa voix si androgyne à merveille. Ces chansons faisaient aussi bien penser à l’univers enneigé du film qu’à un coucher de soleil au bord d’une plage du Pacifique. Cette universalité l’avait réellement touché. Il profita de la pause pour reprendre un deuxième whisky.
Installé dans son fauteuil club, il avait de plus en plus envie de ce fichu cigare qui lui manquait tant.
Puis le groupe revint pour une deuxième partie. Cette fois-ci, quatre nouveaux musiciens accompagnaient le duo. Il fallait donc s’attendre à bien plus d’énergie. Il fut d’abord surpris par les paroles désormais en français. Cela le chagrinait même un peu. Amoureux de Bashung et Gainsbourg, il avait toujours du mal avec la simplicité de certains artistes francophones dans ce domaine. Il remarqua aussi que la composition des chansons avait radicalement changé. On était là bien plus proche d’une collection de tubes FM que de chansons à fleur de peau. Étonnant de voir tant de schizophrénie en un même groupe.
Le concert terminé, il sorti du China Club, croisa un tabac encore ouvert. Il ne put s’empêcher d’acheter un Cubain. Il resta ainsi dans la rue dix minutes à sentir ces feuilles de tabac. Arrivé chez lui, il lança la BO du film, choisit Chemistry, se versa un dernier verre de whisky et finit par allumer son cigare. Le moment était parfait.
Une semaine qu’elle se préparait pour venir au Café de la Danse. Avant, elle ne connaissait pas du tout InFiné, mais elle savait qu’il fallait être là. Le matin même, elle avait lu un article dans Libération qui l’avait conforté dans son choix. Cette soirée serait sold out ou ne serait pas.
Elle ne savait pas vraiment comment s’habiller. Elle n’était jamais venue au Café de la Danse. Le Rex Club elle connaissait bien, mais les salles de concert n’étaient pas vraiment son fort. Surtout pour des artistes hybrides comme ceux sur scène ce soir. Elle avait été retournée par l’album d’Arandel, In D : une forte inspiration techno soutenue par une esthétique très analogique. Francesco Tristano l’avait en revanche beaucoup moins convaincue. L’album d’Aufgang avait bercé son année 2009, mais son album solo l’avait laissée sur sa faim.
Arandel
Cheveux roux, peau diaphane, robe rouge, large ceinture tombant sur les hanches, grandes bottes marron : ce qui était certain, c’est qu’on la remarquerait ce soir. Déjà dans la queue qui s’étendait jusque dans la rue de Lappe, elle sentait les regards se tourner vers elle. Elle était arrivée pourtant parmi les premières dans une salle déserte et avait donc atterri dès son entrée au bar de l’étage. De fil en aiguille et de rencontre en rencontre, elle avait fini par boire plus que de raison sans se rendre compte qu’Arandel jouait déjà depuis un quart d’heure.
Plutôt que de descendre dans la micro fosse du Café de la Danse, elle avait choisi de regarder le concert depuis l’étage. La vue sur les musiciens était imprenable : elle les voyait derrière leurs machines, accueillir leurs invités s’appropriant une guitare, un piano ou un theremin. Elle était même impressionnée par leur maitrise de la flute traversière et du saxophone. Elle avait loupé Arandel il y a quelques mois au Batofar, mais ne pouvait s’empêcher d’être entièrement absorbée par sa musique.
Ici tout était moite. Les mélodies vaporeuses se trouvaient rapidement soutenues par un beat sensuellement insupportable.
Depuis une heure, la progression était de plus en plus palpable. Rien n’y personne ne pouvait arrêter cela, des cris dans la foule prouvaient que le public était touché par la sincérité de l’ensemble. Même vu de l’étage, sans un son très enveloppant , le résultat était parlant.
Francesco Tristano
Elle fut d’autant plus déçue par Francesco Tristano. Seul au piano, l’un des tiers d’Aufgang s’annonçait prometteur. Son album, Idiosynkrasia, était loin de faire l’unanimité. Il était pourtant précédé d’une immense réputation sur scène. Dès les premières mesures, elle tentait d’entrer dans le son du pianiste. Les basses parlaient à son corps, la quadriphonie à son cerveau. Elle pouvait difficilement se retenir de se dandiner sur cette musique.
Son décolleté attirait les regards des hommes autour d’elle, pourtant aucun n’osait l’aborder, absorbée qu’elle était par le son. Elle avait mal dormi et son cou était tendu, elle tentait alors de se décontracter les cervicales en tournant sa tête dans tous les sens. Ses mains la massaient en attente d’autres plus masculines dont elle rêvait. Parfois les beats osaient enfin soutenir les mélodies au piano, il lui était difficile de résister à l’envie de rester dans la fosse. Pourtant, les longs passages calmes l’incitèrent à reboire quelques verres à l’étage. Elle le regretta rapidement en entendant cette reprise du Strings Of Life de Derrick May qui vint clore la prestation de Tristano.
Elle n’avait vraiment aimé qu’une première moitié de cette soirée. Elle était à Paris. Il était seulement 23 heures. Il restait encore des Eurostar en direction de Londres. Dans à peine trois heures, Agoria commencerait à jouer à la Fabric. Elle avait encore largement le temps de se rendre à la Gare du Nord. Une semaine qu’elle se préparait pour découvrir InFiné. Elle avait une nuit pour en profiter plus que jamais.
Les Transmusicales ne sont plus l’événement qui clôt la saison française des festivals. C’est plus à l’est qu’il faut désormais se rendre pour finir l’année en beauté, au festival GéNéRiQ qui se partage entre plusieurs villes de la région.
Florent Marchet
C’est à Dijon que nous avons été conviés pour découvrir cette quatrième édition de ce festival d’hiver organisé par les programmateurs des Eurockéennes. Organisé en partenariat avec TGV, c’est donc tout naturellement dans la voiture-bar de l’un d’entre eux que s’ouvrent les festivités. Florent Marchet nous y chante Noël au cours un showcase d’une petite demi-heure. Juste le temps de nous mettre en jambe et de faire ensuite un petit somme avant d’enchainer avec un concert-surprise.
Cali
Dans la vieille ville de Dijon, nous voilà donc une petite cinquantaine de privilégiés dans un très bel appartement d’un hôtel particulier. Là, c’est Cali qui entre dans la pièce pour interpréter très quelques chansons en toute simplicité : piano, guitare sèche ou trompette l’accompagneront tour à tour. Et bizarrement, on se surprend à aimer sa musique que l’on trouve le plus souvent insupportable. On parvient presque à lui excuser son affreuse reprise d’Enjoy The Silence de Depeche Mode et on se laisse porter par la sincérité du bonhomme qui finira son set sur une très belle version dépouillée de Nous serons tous les deux.
The Bewitched Hands
Le marathon continue ensuite dans la salle de la Vapeur en périphérie de la ville. Le cadre a beaucoup moins de cachet, mais on y est tout aussi accueillant. Deux scènes, des boissons pas chères, un bon son : tout est réuni pour assister à un bon concert de The Bewitched Hands (oui, encore eux). Simplement dommage que les Dijonnais ne soient pas venus plus nombreux. Pour ce troisième concert des Rémois en un mois (ça devient de l’obsession), on est toujours aussi conquis par l’hédonisme de leur musique.
La soirée se terminera ensuite par des sets bien plus moyens de Monarchy et Teenage Bad Girl. On y aura finalement rencontré des gens adorables, découvert une petite ville qui se bouge plus que d’autres bien plus importantes et surtout appris l’origine du kir expliquée par un homme de goût. Rien que pour ça, on reviendra l’année prochaine.
La Fnac faisait son show mardi dernier à la Flèche d’Or. Son opération Attention Talents Live mettait en avant certains des groupes les plus hypes du moment sur la scène parisienne. Parfois un peu trop.
On est tout d’abord surpris par le manque d’originalité de Sly Johnson. C’est joli, ça groove, la voix est belle, mais l’ensemble reste désespérément plat. Rien à faire, on s’ennuie ferme. On se demande ensuite ce que Cocoon fait ici. Le groupe qui a reçu un disque d’or la veille après leur concert au Casino de Paris, n’a en effet rien à prouver. Heureusement qu’une voix off nous explique qu’ils jouent en quelque sorte ce soir le rôle de parrains. Toutes les remarques concernant Sly Johnson reste pourtant valables (hormis le groove) pour les Auvergnats qui nous réveilleront finalement par une étonnante reprise de l’immense Empire State of Mind de Jay-Z.
The Bewitched Hands
On espère ensuite se réveiller un peu avec Jamaica. Leur style est rythmé, punchy, tout est ultra carré. Dans la petite salle de la Flèche d’Or, le résultat est bien meilleur que sur la scène du Zénith lors du dernier Festival des Inrocks, mais on regrette le plus chez Jamaica, c’est de ne pas assez insister sur leur côté power trio. Les bandes enregistrées de clavier sur lesquelles ils jouent ont tendance à diluer leur énergie qui pourrait rattraper des compositions finalement peu originales. Il faut dire que le public composé presque essentiellement de professionnels de la musique est à l’enthousiasme ce que Jean-Jacques Goldman est à l’inventivité musicale.
Il faudra finalement attendre le dernier concert de la soirée pour enfin prendre un vrai plaisir à écouter The Bewitched Hands. Les Rémois distillent une pop toujours aussi lumineuse sur scène. Les compositions à tiroir sont astucieuses, bien construites et soutenues par des choeurs toujours aussi bien travaillés. On sent que tout le monde s’éclate sur scène. Ouf, on a failli s’ennuyer.
D’habitude elle aimait ça. Depuis deux heures, elle marchait. Quand il faisait beau avec des chaussures confortables, elle trouvait ça agréable. C’est même l’une de choses qu’elle préférait faire, elle qui avait l’habitude de rester debout à piétiner une bonne partie de son temps. Mais là, il faisait nuit, froid, humide et elle portait des talons.
Cela faisait un mois ou deux déjà qu’elle se posait des questions, elle hésitait, elle tergiversait. Sa situation elle ne l’avait pas vraiment choisie, mais y avait pourtant foncé tête baissée. Dès son adolescence elle savait que ça tournerait mal. Mère dépressive et quittée par un père au mieux absent, au pire violent. Sans repère elle avait connu les garçons bien trop tôt. Tellement facile de les séduire quand on est aussi mignonne. Ce pouvoir, elle avait vite compris qu’il serait son principal atout. Elle en avait d’ailleurs bien besoin. Complètement désintéressée par les cours, elle n’avait même pas eu son bac.
De toute manière, que faire d’un bout de papier signifiant désormais qu’on avait seulement le droit d’entrer en fac pour se retrouver au chômage cinq ans plus tard ? Elle avait choisi une tout autre voie : celle de la décadence. De sa petite ville de province elle n’avait connue que sa boite de nuit pendant un an. Elle y allait presque tous les soirs, jusqu’à épuisement. L’avantage lorsque l’on est une fille comme elle, c’est que ce genre d’endroit ne coute rien. On sous-estime souvent l’atout économique d’être une fille. La boite était assurée de voir dix mecs payer une entrée rien que pour avoir ne serait-ce que l’espoir de lui adresser un mot. On lui payait des verres à gogo, elle était ivre facilement et finissait chez des garçons de la même manière.
Tellement facile dans le lot d’en trouver un qui en sorte un peu. Il n’avait rien d’exceptionnel, mais il était différent. Il habitait surtout Paris et n’était ici que de passage. En quelque sorte l’échappatoire rêvée. Après une brouille avec sa mère, elle pensait qu’elle ne lui adresserait plus jamais un mot. Loin de la seule famille qui lui restait, là voilà désormais dans la Ville Lumière. Où l’illusion que tout est possible est à sa portée. L’illusion seulement.
Ce qu’elle n’avait pas prévu c’est la manière dont ça se passerait avec son mec. Trop jeune, trop riche. Trop jeune pour être aussi riche.
Elle avait vite compris que tout ça était louche. Il disait qu’il était dans les affaires, essentiellement des bars, mais loin d’être tous très honnêtes. Elle avait aussi très vite compris que les filles qui y bossaient n’étaient pas vraiment des serveuses. Elle avait pourtant rapidement accepté d’y travailler aussi. Même si son mec était blindé, elle savait que ça ne durerait pas entre eux. L’argent facile a toujours du charme. Et puis cent euros pour sucer des queues, c’était finalement pas très éloigné de ce qu’elle avait fait dans la boite de son patelin.
Pendant quelques mois tout se passait bien. Les clients n’étaient finalement pas ces gros dégueulasses qu’elle avait imaginés au début. Son mec, ou plutôt son patron, l’avait placée dans un bar chic, un de ceux fréquentés par des hommes bien éduqués et propres sur eux. Jamais un mot plus haut que l’autre, ils semblaient nourris de bonnes manières. Ce n’était pas pour ça qu’ils n’étaient pas de sales pervers lubriques, mais ils le cachaient bien au premier abord.
Dans ce cocon sordide, elle se sentait finalement en sécurité et avait fini par baisser la garde. Ce taré elle ne l’avait pas vu venir. Un vrai porc qui voulait sans cesse aller plus loin. Trop loin. Il revenait souvent la voir, elle ne voulait plus le recevoir, mais lui ne voulait voir qu’elle. Elle n’avait plus vraiment choix. Honteuse de la situation, elle n’osait même pas demander leur avis aux autres filles. Elle était la favorite du patron, ça n’aidait pas à se faire accepter.
Puis un jour tout avait dérapé. Cette fois-ci elle n’avait pas voulu céder à son caprice de vieux vicieux. Il avait commencé à la gifler, comme son père le faisait si bien quand elle était gamine. Elle n’avait pas vraiment réfléchi en agrippant l’extincteur à côté duquel son client l’avait fait valdinguer, avec le recul elle considérerait ça comme un réflexe de survie. Comme pour venger la Marilou de Gainsbourg, elle lui défonça le crâne avec le lourd réservoir rouge. Il n’avait même pas crié, personne ne s’en était rendu compte, mais elle savait que dès qu’on s’en apercevrait, ça en serait fini pour elle.
Elle sortit discrètement de la pièce, la ferma à clé, emprunta la sortie de service. Elle se mit à fuir, se disant qu’elle ferait peut-être mieux de rentrer chez sa mère. Deux heures qu’elle marchait. D’habitude elle aimait ça.
15 en 2008, 37 en 2009, nous sommes cette année 60 blogueurs musiques francophones à vous présenter au travers d’un classement commun les 20 albums qui nous auront collectivement le plus marqué en 2010. En espérant en toute humilité vous permettre de redécouvrir certains disques ou mieux d’en découvrir de nouveaux…
The Radio Dept – Clinging To A Scheme
Branche Ton Sonotone : Les suédois de The Radio Dept. creusent le sillon d’une pop douce et fantomatique avec un acharnement de surdoués. Leur dernier opus a la couleur d’un coucher de soleil sur un lac scandinave : mélodies diaphanes, tourbillons distordus et rythmiques hypnotiques sont au rendez-vous d’un album qui a un goût d’insaisissable. Un charme nordique, à la fois enjoué et nostalgique, distant et incroyablement émouvant. A lire la critique du Golb et de Branche Ton Sonotone
La musique à Papa : Mon histoire avec Syd Matters ? Cela me rappelle ces filles que l’on rencontre comme ça au hasard d’une soirée et auxquelles on n’attache d’abord pas vraiment d’importance. Pas qu’elles soient moches, loin de là, mais on les trouve un peu …chiantes, manquant de fantaisie. Et puis, un jour, c’est la révélation. On ne comprend pas vraiment pourquoi : est-ce nous qui avons changé ou est-ce elles ? En tout cas, "Brotherocean" a résonné comme une évidence. Comme s’il n’y avait rien eu avant. Et tant pis, s’il n’y a rien après… "A moment in time ", comme disent les anglais. A lire la critique de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes et de So Why One More Music Blog
Esprits Critiques : Réussir un mélange est une chose compliquée. Si vous mélangez des couleurs dans un verre, il y a des chances que vous obteniez un cocktail maronnasse peu appétissant. La musique de Deerhunter, ça pourrait être ça. En mêlant de la noirceur, du son brut, du kraut, des mélodies presque pop et un son aquatique, le risque de gloubiboulga est présent. Pourtant, la bande à Bradfortd Cox a (encore) livré une œuvre subtile et unique, et arrive (encore) à polir un genre qu’il faudrait créer pour eux. Ils savent en tout cas faire monter une ambiance en neige, profiter de ce son vaporeux pour que le brouillard précipite en averse et mener vers une fusion encore plus fluide entre l’écriture et le son. A lire les critiques de Tasca Potosina et de Ears Of Panda
Playlist Society : "Black Noise" est un lac perdu dans les montagnes : derrière son romantisme pictural et ses sonorités enivrantes et apaisantes se cachent les traits des tornades à venir et des rayons du soleil qui comme chez Turner caressent les tragédies. Les mélodies électroniques de Hendrik Weber nous guident alors dans la taïga, se dérobent et nous abandonnent face à l’aurore boréale. A lire la critique de Pop Revue Express et le live report de Rigolotes chrOniques futiLes et insoLentes
Joanna Newsom – Have One On Me
Brainfeeders & Mindfuckers : Joanna Newsom ne s’impose jamais nulle part. Elle se fraie un chemin délicatement, avec grâce, avec le temps de son côté. Elle effleure du son de sa harpe, comme une caresse derrière l’oreille, sa voix est devenue satin, mais au fond, rien n’a changé. Elle reste impossible à apprivoiser, toujours insaisissable. Elle s’échappe par tous les détours, dans cette forêt qu’elle dessine en trois disques et quelques chansons. Il suffit donc d’être patient, de la laisser s’approcher peu à peu, puis de se plonger entièrement dans la mystique lumineuse de "Have One On Me". Alors Joanna Newsom devient cette amie imaginaire qui ne peut sortir que d’un rêve. Mais tout est bien réel. A lire les critiques de Playlist Society et de Listen See Feel
Mount Kimbie – Crooks & Lovers
Chroniques Automatiques : "Crooks & Lovers", trop court, bancal mais pourtant tellement maitrisé, contient des morceaux frisant la perfection, qui dragueront tous les cœurs sensibles. Mélancolie electronica matinée de rythmes 2-step, Mount Kimbie, c’est surtout mini-jupes et
arcs-en-ciel, bitume et claquements de doigts. Bonheur. A lire les articles de Brainfeeders & Mindfuckers et de Musik Please
MGMT – Congratulations
Laisseriez-Vous Votre Fille Coucher avec un Rock-Addict ? : MGMT avait réussi à prouver sa capacité à coller quelques tubes imparables au milieu d’un album fadasse. Le "toujours difficile deuxième album" en est l’antithèse : pas de morceau direct (hormis l’imparable Brian Eno) mais un album fabuleux de complexité, de richesse, une pièce montée de folie(s) et de "plus" qui jamais ne touchent au "trop". Si c’est ça l’avenir du space-rock (ou du prog), on signe des deux mains, et on attend la synthèse en sifflotant "Flash Delirium". A lire les critiques de Des Oreilles dans Babylones et du Golb
Unsung : Pour la première fois, Zola Jesus s’est enregistrée en studio, entourée de musiciens professionnels. Cette production soignée met surtout en valeur sa voix profonde, ce timbre légèrement rauque à donner des frissons, renforcé par la réverbération, l’atmosphère angoissante entre rythmiques 80′s, piano entêtant, et des textes emprunts de doutes, d’espoirs fragiles, et de complaintes mélancoliques. Cet émouvant "Stridulum" révèle une jeune artiste talentueuse. A lire les articles de Little Reviews et Toujours Un Coup d’Avance !
Gil Scott Heron – I’m New Here
Arbobo : Une histoire d’ange déchu, une histoire vraie. Une histoire de phoenix, de père putatif du rap extrait de tôle par un producteur aux doigts d’or. Il a serré la main du diable, le bougre. Gil Scott-Heron vient peut-être de publier son plus bel album, le plus noir, creusé à mains nues dans le bitume crasseux de New York. Ca saigne, ça saigne mais c’est vivant. C’est palpitant. A lire les critiques de My(Good)Zik et du Choix de Mlle Eddie
I Left Without My Hat : James Murphy a beau s’en amuser et assurer le contraire ("You wanted a hit, but that’s not what we do"), ses Lcd Soundsystem, tout en popisant leur propos, n’auront pas franchement changé leur fusil d’épaules avec "This is Happening", troisième et ultime album du groupe. Continuant de rendre hommage à la musique contemporaine par divers emprunts voulus ou fortuits (du Velvet Underground par ci, du Bowie par là), "This is Happening" est un disque aux contours rock, aux beats toujours synthétiques, mais à la vision globale très pop. Surtout, il n’est rien de moins qu’une belle épitaphe pour une des aventures discographiques les plus passionnantes et emballantes de ces dix dernières années, au fronton de laquelle le mot plaisir semble avoir été gravé en lettres d’or. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et La Musique à Papa
Ears of Panda : 5 ans après Illinois, Sufjan Stevens nous revient, non sans quelques doutes, avec son projet le plus personnel et sûrement le plus risqué. Retrouvant ses premières amours pour la musique électronique sans abandonner pour autant son goût pour la pop baroque, le compositeur de 35 ans accouche d’un disque pour le moins étonnant. Le génie détruit pour mieux reconstruire et nous offre cet album d’un genre nouveau; à l’ambition démesurée, aux sons hachés, rugueux, épileptiques même, sans perdre jamais de sa superbe. On retrouve alors, dans l’essence même de ce disque, ce doux rêveur toujours en perpétuel mouvement, qui nous avait laissés sans nouvelles depuis bien trop longtemps. A lire les critiques de Esprits Critiques et Brainfeeders & Mindfuckers
Flying Lotus – Cosmogramma
So Why One More Music Blog : Le prodige originaire de la Cité des Anges s’affranchit sur ce troisième album des formats classiques en terme de durée et des carcans trop étroits d’un genre que l’on définissait comme l’abstract hip-hop. Entouré de musiciens talentueux et confirmés, élégant dans son costume de chef d’orchestre qui lui sied à merveille, il dirige des micro-symphonies aussi organiques qu’électroniques, laissant parler son héritage et s’exprimer sa fibre jazz. A lire les critiques de De La Lune On Entend Tout et de Nuage Noir
Pomme de Pin : Hypnotique et viscéral, réfléchi et instinctif, cérébral et dansant, sur "Swim", Caribou mêle boucles électroniques et rythmiques tribales et en profite pour réconcilier la tête et les jambes. L’expression Intelligent Dance Music reprend des couleurs et en une tournée tellurique, toutes batteries dehors, Dan Snaith fait mentir tous les clichés sur les mathématiciens. A lire les critiques de Five Minutes et So Why One More Music Blog
C’est entendu : Débarrassé de son pseudo geek à souhait (Final Fantasy), Owen Pallett brandit l’étendard de son patronyme civil comme le symbole d’une ambition enfin assouvie. Auto-proclamé Seigneur Divin du Royaume de "Heartland", il décore cet univers d’arrangements subtilement magnifiques et réalise un chef d’oeuvre pop dont la "lecture" révèle une mise en abyme homo-érotico-créatrice digne de tous nos louanges. A lire les critiques de Feu à Volonté et de Ears Of Panda
Le Gueusif Online : Une torpille de soul-funk qui n’oublie pas d’être outracière, voire parfois un peu kitsch, mais qui détonne certainement dans le paysage musical monochrome de cette année 2010. Une voix, une présence et un talent à suivre, que ce soit en studio ou en live, où toute la classe de Janelle Monàe resplendit. A lire les critiques de With Music In My Minds et Music Lodge
Le Choix de Mlle Eddie : Ô Dan Auerbach que ta voix est belle ! "C’est pour mieux te régaler", pourrait-il me répondre. Le duo d’Akron s’autorise tout sur cet album : rock, blues, pop et même soul, avec une production qui n’a jamais été aussi bonne. Un poil trop lisse, diront certains, par rapport à ses prédécesseurs. C’est vrai, mais ce qu’ils perdent en abrasivité ils le gagnent en diversité. Et Auerbach n’a jamais aussi bien chanté. Ce Brothers, c’est la grande classe. A lire les critiques de La Quenelle Culturelle et du Gueusif Online
Hop : Beach House tutoie enfin les sommets avec ce troisième album. Plus faciles d’accès, plus immédiates que par le passé, les chansons de Beach House brillent ici par l’éclat des mélodies, par la beauté triste et bouleversante des arrangements assez somptueux que l’on trouve tout au long de ces dix hymnes à la mélancolie qui évoquent la froideur d’une piste de danse au petit matin. A lire les critiques de Between The Line Of Age et du Choix de Mlle Eddie
Good Karma : Obsédant : c’est le moins que l’on puisse dire de ce cinquième album de Kieran Hedben. Très loin de son groupe de post-rock Fridge, l’Anglais a choisi la musique électronique pour s’exprimer en solo. En résulte un disque inspiré par le jazz, la house et l’electronica. Il y livre des compositions aussi bien dansantes qu’introspectives, à l’inspiration et la production impeccables. Lumineux. A lire les critiques de Chroniques Automatiques et de I Left Without My Hat
Swans – My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky
Where Is My Song : A l’heure des come backs périmés et après 13 ans de silence, les Swans réactivés offrent un album magistral, oppressant, monolithique, volontiers misanthrope, beau comme un mensonge et sale comme la vérité. Une rigoureuse apocalypse. Bande son idéale pour la fin du monde civilisé, que l’on peut désormais attendre avec sérénité. A lire les critiques de Playlist Society et du Golb
Des Oreilles Dans Babylone : Sans aucun doute possible l’ovni musical de 2010, Sumach Ecks a surpris tout le monde. Débarqué de nulle part bien qu’actif depuis les années 90, il est sorti de son désert de Mojave parrainé par Warp pour nous livrer un disque intemporel et inclassable. Soul chamanique, hip hop dérangeant, rock bordélique, chaque plage de cet objet unique accouche d’un genre nouveau. Il y a tant d’inventivité et d’imagination dans cet album qu’il est impossible d’en faire le tour en moins de cent écoutes. Passer à côté serait une erreur monumentale. A lire les critiques de Chroniques Electroniques et de Les Insectes sont nos amis