La musique creuse le ciel.

Primal Scream et The Rapture ressuscitent la dance music

Publié le 10 septembre 2011 | Ecrit par | Catégories : Concerts | Pas encore de commentaires »

Cette semaine Paris accueillait consécutivement The Rapture et Primal Scream en concert. Les premiers avaient choisi La Maroquinerie pour fêter leur nouvel opus In The Grace Of Your Love le jour de sa sortie. Les seconds remplissaient le lendemain la Cigale dans le cadre d’une tournée destinée à honorer les vingt ans de leur emblématique album Screamadelica. Bien qu’ayant une génération d’écart et un ADN entièrement différent, les deux groupes se retrouvent tout de même sur un point : avoir su redonner à un moment donné au rock un souffle de dance music.

Ce terme que les rockeurs estiment souvent provocateur n’est toutefois pas à confondre avec l’euro dance qui avaient fait les beaux jours des productions italiennes et néerlandaises dans les années 90. Il englobe plutôt toutes les musiques dansantes, notamment celles électroniques qui dominent le style depuis plus de vingt ans. À leur époque respective, chacun des deux groupes a réussi à puiser dans d’autres genres pour insuffler au rock qui arrivait au bout d’un cycle un élan nouveau.

Avant 1991 et la sortie de Screamdelica, Primal Scream avait alors sorti deux albums (Sonic Flower Groove en 1987, un second sans titre en 1989) recommandables seulement aux fans hardcore du groupe tant ils ne proposent rien de tangible. Avec un look de corbeau sur la pochette du premier, de hippie sur celle du second, le combo se cherchait alors une personnalité. Celle-ci viendra grâce au Summer of Love britannique, l’arrivée massive de l’ecstasy dans les fêtes et surtout la rencontre d’un homme qui changera à jamais leur identité sonore : le producteur Andrew Weatherall. C’est lui qui façonnera le son de Screamadelica en lui apportant ces éléments extérieurs au rock : voix garage, lignes de basse dub et rythmiques house.

En 1999 le rock indé est à son paroxysme. De PJ Harvey aux Pixies en passant par The Smashing Pumpkins, la scène cartonne et tourne en boucle sur MTV, pas encore tout à fait éclipsée par le tsunami hip-hop/R’n’B qui ne lui laissera qu’une portion congrue dans les années suivantes. The Rapture qui sort son premier disque en 1999 (le huit titres Mirror) sent déjà qu’il doit aller voir ailleurs. Malgré une musique inspirée en partie par le post-punk new-yorkais et une voix à la Robert Smith, on sent déjà poindre chez le groupe des gimmicks funk et une envie d’aller voir la seule énergie rock. La chanson Olio en est le meilleur exemple. Présente sur Mirror, elle ouvrira également l’album Echoes de 2003 avec une production électronique entièrement différente. L’album contiendra également le titre House Of Jealous Lovers qui deviendra un hymne de la scène new-yorkaise d’alors.

Sur scène, ces différences se font bien sentir.

Primal Scream propose une prestation hédoniste, teintée de psychédélisme et d’un rock’n’roll que n’auraient pas renié les Rolling Stones à leurs débuts. L’électronique est loin d’être dominante dans leur son, venant simplement soutenir les autres musiciens. On est loin du son très électronique que le groupe offrait lors de la tournée de Xtrmntr en 2000. Bobbie Gillespie reste toujours aussi bon comme front man ; à presque 50 ans, il mène toujours aussi bien la barre. L’esthétique globale est ici influencée autant par le rock 70s que l’acid house.

Du côté des Rapture on préfère encore et toujours des sons nerveux et tranchant qui s’accordent tellement bien avec la voix acérée de Luke Jenner. Derrière ses claviers Gabriel Andruzzi distille des sonorités plus électroniques que Primal Scream et se permet même des titres sans chant où tous les membres du groupe sans exception passent derrière les machines (la seconde partie d’Olio). Mais les New-Yorkais assume aussi un héritage 80s toujours pas le biais de Gabriel Andruzzi qui se donnent au saxo tel un Epic Sax Guy.  Il vient ainsi apporter une légère touche kitsch à un ensemble désormais très léché, notamment par la production de Philippe Zdar (présent dans le public ce soir-là). How Deep Is Your Love? ne renie pas ces racines et se pose comme un vrai titre de club qu’un producteur de house garage n’aurait pas renié.

Il manquait tout de même à The Rapture cette semaine, cette petite touche de folie rock’n’roll abandonnée sur le dernier album. Primal Scream a réellement réussi à conserver ce fond d’improvisation et de larsen qui amène un on ne sait quoi d’inattendu. En témoigne la version de 20 minutes de Higher Than The Sun et ce final plus bruyant qu’un boeuf entre Sonic Youth et My Bloody Valentine.



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