La musique creuse le ciel.

Dix euros pour un métro

Publié le 26 novembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Fictions | 7 commentaires »

Il avait froid. Il avait passé la nuit dans ce foyer de travailleurs où le chauffage était en panne depuis une semaine. Malgré l’épaisse couverture qu’il avait réussi à se procurer auprès d’une association, il dormait tout habillé pour ne pas perdre une seule calorie de la chaleur de son corps. Il craignait aussi de se faire piquer ses rares affaires, l’ambiance n’était pas vraiment à la franche camaraderie dans sa chambrée. Chacun pour sa gueule, Dieu pour personne.

Là, il se trouvait dans le métro, ligne 3. Matin, 8 h 30, heure de pointe. Il avait réussi à trouver une place assise. Ce n’était pas du luxe, car ses jambes lui faisaient mal. Pas facile lorsque l’on doit aller bosser sur un chantier toute une journée dans le froid. Il avait enfin trouvé du boulot après dix jours de galère depuis qu’il était arrivé à Paris. À chaque station, il essayait d’en déchiffrer le nom inscrit sur les plaques situées sur le quai. Même si une voix les prononçait dans sa rame, il n’arrivait pas vraiment à les comprendre.

Il était stressé. Ses mains de travailleur tremblaient, aussi bien à cause du froid accumulé pendant la nuit que de la tension qui ne demandait qu’à s’exprimer. Il ne fallait pas qu’il se loupe. Une erreur lors de cette journée et il dégagerait comme cela lui était déjà arrivé l’avant-veille. Il avait faim. La soupe d’hier soir ne lui avait pas vraiment suffi, mais quand c’est gratuit, on ne peut vraiment pas faire le difficile.

Il fallait vraiment qu’il mange. Tout en continuant de guetter les noms des stations défiler sous ses yeux, il ouvrit sa vieille sacoche en cuir.

Elle contenait autant de poches que de saloperies qui avaient pu lui arriver dans la vie. De l’une d’entre elles, il sortit une pochette en plastique tellement usée qu’elle n’était plus transparente que dans un lointain souvenir. Elle était entourée d’un élastique bien serré, mais surtout étanche.

Il en extirpa ce qui était désormais la prunelle de ses yeux. Son passeport était tout ce qui lui restait d’officiel. Un livret en impeccable état sur lequel était inscrit le nom d’un pays indéchiffrable. À la fois, le témoin de tout ce qu’il avait fui, mais aussi le billet retour vers un endroit où y était resté toute sa famille. À l’intérieur il y trouva les quatre billets de dix euros méticuleusement pliés. C’était tout ce qu’il lui restait. Il en prit un, remis son passeport dans la pochette puis sa sacoche. Il espérait pouvoir s’acheter quelque chose à manger pour ne pas avoir à travailler toute la journée le ventre vide.

Soudain il comprit que cette station était la bonne. Le mot affiché sur le quai ressemblait à celui qu’on lui avait inscrit la veille sur un bout de papier. Pas évident de le reconnaitre à cette distance et sans les lunettes dont il avait tant besoin. Il se leva d’un bond, sortit sans bousculer personne. J’étais debout juste devant sa place désormais libre. Emu par cet homme je ne pensais même pas à m’asseoir, tout en le regardant partir au loin sur le quai. Puis un voyageur, baladeur à la main et casque sur les oreilles, bondit dessus comme s’il avait trouvé l’eldorado. Les portes se fermèrent, le métro repartit.


7 commentaires pour “Dix euros pour un métro”

  1. 1 brice a dit le 27 novembre 2010 à 12:48 :

    je te connaissais pas dans ce registre.
    C’est beau. Bravo !

  2. 2 Jean-Sébastien Zanchi a dit le 27 novembre 2010 à 13:21 :

    Bah moi non plus à vrai dire !

  3. 3 Violette R.O.L.L. a dit le 27 novembre 2010 à 14:02 :

    Creuse la veine, ça vaut le coup,
    bravo, très chouette ;)

  4. 4 Jean-Sébastien Zanchi a dit le 27 novembre 2010 à 14:04 :

    Merci beaucoup, je vais essayer de travailler dans ce sens. :)

  5. 5 Valoche a dit le 28 novembre 2010 à 13:02 :

    yeap. Faut nous raconter la suite mec.
    La suite de la journée du mec. Ou ton prochain trajet de metro !

  6. 6 Gilles a dit le 30 novembre 2010 à 11:26 :

    j’aime beaucoup. bravo.

  7. 7 Cortisone a dit le 8 décembre 2010 à 08:11 :

    Mais vous êtes plein de surprises !!
    Faut nous raconter la suite. Vite !
    Amicalement
    Cortisone


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