Toute musique qui ne peint rien n'est que du bruit.

Einstürzende Neubauten : la Cité de la Musique en travaux

Publié le 17 novembre 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 3 commentaires »

Le risque était limité, mais à la hauteur du challenge : enfin découvrir l’oeuvre d’Einstürzende Neubauten sur scène. La Cité de la Musique nous le permettait hier soir en programmant le groupe à l’occasion de leurs trente ans de carrière.

Un jeu de lumière absent

Einstürzende Neubauten fait partie de ces groupes dont on s’approche avec crainte. Avec une telle réputation le précédent et une carrière aussi riche, il est presque impossible de s’attaquer à son ascension tout seul, sous peine de se faire emporter par une avalanche. Ces immeubles en train de s’effondrer portent la musique industrielle en eux, exigeante, difficile, imprévisible. Ce concert intitulé 3 Decades of Einstürzende Neubauten semblait l’occasion idéale pour comprendre leur oeuvre.

Bien entendu, les fans de la première heure trouvent que Blixa Bargeld et N. U. Unruh tirent un peu trop sur la corde et auraient dû mettre un terme à leur formation il y a fort longtemps. Si leurs disques sont désormais moins pertinents qu’à leurs débuts (où tout restait à créer dans le style), difficile de faire la fine bouche en les voyant sur scène.

Digne d’un rayon de Monsieur Bricolage, leur instrumentarium à de quoi impressionner : bidons en plastique, ressorts, plaques de métal, tuyaux en tout genre. Un risque nous traverse alors l’esprit : que le concert se transforme finalement en performance d’art contemporain. Il n’en sera rien.

L’émotion métallique

Bâties sur un minimalisme presque récurrent, les chansons se construisent alors en couches superposées de sons. Ces derniers, tels les muscles, la graisse et la peau, viennent habiller un squelette mélodique ou textuel scandé par Blixa Bargeld. Tout de noir vêtu, bouffi et mèches lui entourant le visage, le chanteur joue parfois son texte tel un acteur, récite ou cri de manière suraiguë. Le public est subjugué et happé comme devant une messe noire.

Hypnotisé par l'émotion froide

Dans l’univers apocalyptique d’Einstürzende Neubauten, tout est percussion. En plus de l’établi de N. U. Unruh d’où il fait tomber aussi bien des pièces de métal de deux mètres de haut que de jouer de la perceuse sur une grille ; batteur, clavier, guitariste et bassiste sont tout aussi percussifs. Ces rythmiques sont souvent martiales, mais on se surprend finalement à être pris par un groove industriel faisant hocher nos têtes.

Les émotions s’invitent ensuite face à l’interprétation magistrale des morceaux. On peine à croire que le groupe soit aussi carré dans un tel déluge sonore. Pourtant, chaque outil utilisé ici a une utilité, personne n’est jamais dans la démonstration, tout est joué pour souligner l’une des philosophies du groupe héritées du manifeste de l’Art des bruits de Luigi Russolo.

Vinyle tournant au bout d’une perceuse et amplifié devant son micro par un gobelet en plastique, Blixa ira même jusqu’à interpeler le musicien italien : « Russolo, est-ce que l’on joue assez fort ? » « Oui » avait-on envie de lui répondre, « assez fort, mais aussi tellement bien. »


3 commentaires pour “Einstürzende Neubauten : la Cité de la Musique en travaux”

  1. 1 arbobo a dit le 17 novembre 2010 à 10:43 :

    bedit veinard ^^

    pour Russolo, c’est sans doute ce lien que tu cherchais ;-)
    http://www.arbobo.fr/lart-des-.....i-russolo/

  2. 2 maxxxo a dit le 19 novembre 2010 à 21:59 :

    Il semblerait que c’était la première fois que tu les voyais sur scène? Tout ce que tu as exprimé, je l’ai ressenti aussi, il y a … 20 ans… Pour La Cité de La Musique, J’y étais le lendemain et c’était vraiment pas la même mayonnaise…

  3. 3 maxxxo a dit le 19 novembre 2010 à 22:06 :

    J’aurais écrit la même chose il y a … 10 ans… 2010, c’est une autre mayonnaise… il est vrai que j’y suis allé le lendemain dans une autre configuration. Mais quelle deception.


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