Voyage au centre de la Fabric
Publié le 5 novembre 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Concerts | 1 commentaire »
Le temps est pluvieux à Londres ce jour-là. La soirée célébrant les dix ans du label Playaz est complète depuis plusieurs jours. Impossible d’avoir une place sans faire une queue interminable qui s’étire de l’entrée de la Fabric jusqu’au trottoir de la rue adjacente.
À l’entrée de chaque bar et immeuble, les vigiles canalisent le public derrière des barrières pour ne gêner personne. On se sent parqué telles des bêtes derrière ces barreaux de métal gris et froid. L’ambiance reste bon enfant, mais flirte aussi avec les travers anglais inhérents à la boisson à outrance : quelques mètres devant nous, un gars vomit ses litres de bière absorbés bien trop vite. On pensait attendre des heures, nous voilà à l’intérieur en moins de quarante minutes.
Trois caisses où l’on ne peut payer qu’en cash. L’équivalent d’une équipe de foot aux vestiaires. On comprend mieux pourquoi l’attente est limitée malgré le monde présent ce soir. On ressent la désagréable sensation de se trouver au coeur d’un Disneyland du clubbing. Tout est optimisé et réglé comme du papier à musique. Sous l’aspect très cool du personnel, rien n’est laissé au hasard. Aucun doute, le business est loin d’être une préoccupation secondaire pour la Fabric.
Rapidement nous descendons les escaliers en ayant l’impression de pénétrer les entrailles de la Terre. Nous nous regardons tous constamment de peur de nous perdre dans ce dédale de couloirs. Il est à peine 22 h 30 et la piste de la grande salle est déjà pleine, assaillie des coups de boutoir assénés par Potential Badboy. Le son est loin d’être poussé à pleine puissance, mais on ressent déjà les basses prendre possession de notre corps. L’exploration du reste du club continue. Tout en briques rouges et en métal, la décoration veut imprimer son caractère industriel. Un peu trop propre sur lui pour que l’on y croie réellement. On apprend que la vidéosurveillance est omniprésente, un léger sentiment de paranoïa se fait sentir.
Les deux autres salles sont plus petites et encore relativement vides. Puis les escaliers interminables et entrecroisés nous mènent finalement à cet espace VIP qui n’a de VIP que le nom, puisqu’ouvert à tout le monde. Seul réel avantage, c’est une mezzanine dominant la piste principale. On y prend le son des DJs et l’énergie de la foule en pleine gueule. Mains accrochées à la barrière, nos tympans dégustent, tout comme le public composé à 80 % de mecs. Les bars sont nombreux et servent rapidement. À huit livres la double dose, les vodkas tonic se font nombreuses, trop nombreuses. Les lumières sont de plus en plus présentes, les lasers commencent à prendre vie. Le son augmente de volume au fur et à mesure des DJs et MCs qui se suivent dans cette salle : Pascal, Grooverider ou Brookes Brothers.
Durant leur set, on sent l’ambiance se tendre vers une même envie : tout donner. Les rares filles deviennent de plus en plus jolies. Les garçons sont de plus en plus barrés et nous saluent par des grimaces parfaites en cette période d’Halloween. De la drogue circule, mais le son se suffit tellement à lui-même qu’on la refuse. Puis on sort accompagner les fumeurs de clopes. Même pour ce simple geste anodin, c’est toute une logistique qui est mise en place. Vigiles, barrières et tampons sont indispensables pour accéder à l’immense cour en plein air remplie de monde.
À notre retour, sur le dancefloor, DJ Hype a entamé son set. Depuis quatre heures que nous sommes dans le club, le rythme n’a pas faibli, il est impossible de se reposer. Calqué sur celui de la musique, notre rythme cardiaque n’a fait qu’augmenter. L’audition perdue pour perdue, c’est au beau milieu du dancefloor que l’on finira. On nous avait vendu la guerre, c’est sa version nucléaire que l’on subit. Au niveau du sol le son transperce l’ensemble du corps, les infrabasses sont difficilement supportables, le volume presque inhumain, impossible de se parler autrement qu’en hurlant dans l’oreille de son voisin. De toute part on est assailli de vibrations d’une violence extraordinaire. L’oreille interne s’affole, l’équilibre devient précaire, le coeur bat la chamade, les viscères se tordent. On souffre, mais on se sent tellement vivant qu’on ne voudrait pas être ailleurs à ce moment-là.



Yeahhhhhh !!!!! Se fut énorme jusqu’au petit matin.
3 jours pour s’en remettre… ;-)