Il avait froid. Il avait passé la nuit dans ce foyer de travailleurs où le chauffage était en panne depuis une semaine. Malgré l’épaisse couverture qu’il avait réussi à se procurer auprès d’une association, il dormait tout habillé pour ne pas perdre une seule calorie de la chaleur de son corps. Il craignait aussi de se faire piquer ses rares affaires, l’ambiance n’était pas vraiment à la franche camaraderie dans sa chambrée. Chacun pour sa gueule, Dieu pour personne.
Là, il se trouvait dans le métro, ligne 3. Matin, 8 h 30, heure de pointe. Il avait réussi à trouver une place assise. Ce n’était pas du luxe, car ses jambes lui faisaient mal. Pas facile lorsque l’on doit aller bosser sur un chantier toute une journée dans le froid. Il avait enfin trouvé du boulot après dix jours de galère depuis qu’il était arrivé à Paris. À chaque station, il essayait d’en déchiffrer le nom inscrit sur les plaques situées sur le quai. Même si une voix les prononçait dans sa rame, il n’arrivait pas vraiment à les comprendre.
Il était stressé. Ses mains de travailleur tremblaient, aussi bien à cause du froid accumulé pendant la nuit que de la tension qui ne demandait qu’à s’exprimer. Il ne fallait pas qu’il se loupe. Une erreur lors de cette journée et il dégagerait comme cela lui était déjà arrivé l’avant-veille. Il avait faim. La soupe d’hier soir ne lui avait pas vraiment suffi, mais quand c’est gratuit, on ne peut vraiment pas faire le difficile.
Il fallait vraiment qu’il mange. Tout en continuant de guetter les noms des stations défiler sous ses yeux, il ouvrit sa vieille sacoche en cuir.
Elle contenait autant de poches que de saloperies qui avaient pu lui arriver dans la vie. De l’une d’entre elles, il sortit une pochette en plastique tellement usée qu’elle n’était plus transparente que dans un lointain souvenir. Elle était entourée d’un élastique bien serré, mais surtout étanche.
Il en extirpa ce qui était désormais la prunelle de ses yeux. Son passeport était tout ce qui lui restait d’officiel. Un livret en impeccable état sur lequel était inscrit le nom d’un pays indéchiffrable. À la fois, le témoin de tout ce qu’il avait fui, mais aussi le billet retour vers un endroit où y était resté toute sa famille. À l’intérieur il y trouva les quatre billets de dix euros méticuleusement pliés. C’était tout ce qu’il lui restait. Il en prit un, remis son passeport dans la pochette puis sa sacoche. Il espérait pouvoir s’acheter quelque chose à manger pour ne pas avoir à travailler toute la journée le ventre vide.
Soudain il comprit que cette station était la bonne. Le mot affiché sur le quai ressemblait à celui qu’on lui avait inscrit la veille sur un bout de papier. Pas évident de le reconnaitre à cette distance et sans les lunettes dont il avait tant besoin. Il se leva d’un bond, sortit sans bousculer personne. J’étais debout juste devant sa place désormais libre. Emu par cet homme je ne pensais même pas à m’asseoir, tout en le regardant partir au loin sur le quai. Puis un voyageur, baladeur à la main et casque sur les oreilles, bondit dessus comme s’il avait trouvé l’eldorado. Les portes se fermèrent, le métro repartit.
En septembre dernier, Mark Anthony Thompson avait bluffé quelques privilégiés lors d’une courte session acoustique organisée à l’occasion de la sortie en France chez No Format de son album Swansongs. On l’attendait sur scène de pied ferme. Hier soir à la Boule Noire il fut (presque) parfait.
Habité par sa musique
Nul ne l’étant vraiment (parfait), on ne pouvait espérer mieux que la prestation qu’a livrée hier Chocolate Genius Inc. Le chanteur new-yorkais, pieds nus, casquette de gavroche et ongles de la main gauche vernis de noir prouve non seulement qu’il possède un vrai talent d’interprétation, mais aussi qu’il sait s’entourer. Difficile en effet de faire mieux que le groupe qui l’accompagnait hier.
Le clavier originaire de Harlem, son «vieil ami» pourtant bien jeune, sait aussi bien faire groover sont piano électrique que le coupler avec une multitude de pédales pour en tirer des sons improbables lors de ses solos. Le batteur de la Nouvelle-Orléans, aussi dépressif que Droopy, semblait décuver derrière ses futs, mais suivait à la lettre avec un feeling indiscutable les indications de Marc Athony, largement improvisées.
Au fond, la contrebassiste (alors que l’on pressentait un temps que Vincent Ségal devait l’accompagner) tient largement son rang. Enfin, l’incroyable Seb Martel à la guitare (« my brother ») déroule son jeu tout en subtilité, entre touché de corde jazz, rock, folk et blues. Tout fonctionne parfaitement entre les musiciens sur lesquels le chanteur peut poser son chant en toute confiance.
My Mom, toujours aussi émouvante
Car il faut bien ça à Mark Anthony Thompson, un écrin pour sa voix de velours. Un canevas sur lequel il peut aussi bien rigoler de ses vannes incessantes que pleurer des émotions qu’il sait encore mieux exprimer. Car passer du rire aux larmes est certainement ce qu’il préfère. Un instant il déconne en lançant sa serviette à la gueule du premier spectateur dans le public, celui d’après il se lance dans un chanson triste comme jamais.
« Une chanson sur le fait d’aimer la bonne personne au mauvais moment » : en une phrase, voilà le genre de thème définitif que Chocolate Genius peut balancer à son public. De quoi faire raisonner en soit un vécu universel et bien présent. Avant de nous achever seul au piano avec cette hallucinante chanson adressée à sa mère My Mom : « But this house smells just the same, but my mom can’t remember my name ». Introspection. Réflexion. Frissons.
Le risque était limité, mais à la hauteur du challenge : enfin découvrir l’oeuvre d’Einstürzende Neubauten sur scène. La Cité de la Musique nous le permettait hier soir en programmant le groupe à l’occasion de leurs trente ans de carrière.
Un jeu de lumière absent
Einstürzende Neubauten fait partie de ces groupes dont on s’approche avec crainte. Avec une telle réputation le précédent et une carrière aussi riche, il est presque impossible de s’attaquer à son ascension tout seul, sous peine de se faire emporter par une avalanche. Ces immeubles en train de s’effondrer portent la musique industrielle en eux, exigeante, difficile, imprévisible. Ce concert intitulé 3 Decades of Einstürzende Neubauten semblait l’occasion idéale pour comprendre leur oeuvre.
Bien entendu, les fans de la première heure trouvent que Blixa Bargeld et N. U. Unruh tirent un peu trop sur la corde et auraient dû mettre un terme à leur formation il y a fort longtemps. Si leurs disques sont désormais moins pertinents qu’à leurs débuts (où tout restait à créer dans le style), difficile de faire la fine bouche en les voyant sur scène.
Digne d’un rayon de Monsieur Bricolage, leur instrumentarium à de quoi impressionner : bidons en plastique, ressorts, plaques de métal, tuyaux en tout genre. Un risque nous traverse alors l’esprit : que le concert se transforme finalement en performance d’art contemporain. Il n’en sera rien.
L’émotion métallique
Bâties sur un minimalisme presque récurrent, les chansons se construisent alors en couches superposées de sons. Ces derniers, tels les muscles, la graisse et la peau, viennent habiller un squelette mélodique ou textuel scandé par Blixa Bargeld. Tout de noir vêtu, bouffi et mèches lui entourant le visage, le chanteur joue parfois son texte tel un acteur, récite ou cri de manière suraiguë. Le public est subjugué et happé comme devant une messe noire.
Hypnotisé par l'émotion froide
Dans l’univers apocalyptique d’Einstürzende Neubauten, tout est percussion. En plus de l’établi de N. U. Unruh d’où il fait tomber aussi bien des pièces de métal de deux mètres de haut que de jouer de la perceuse sur une grille ; batteur, clavier, guitariste et bassiste sont tout aussi percussifs. Ces rythmiques sont souvent martiales, mais on se surprend finalement à être pris par un groove industriel faisant hocher nos têtes.
Les émotions s’invitent ensuite face à l’interprétation magistrale des morceaux. On peine à croire que le groupe soit aussi carré dans un tel déluge sonore. Pourtant, chaque outil utilisé ici a une utilité, personne n’est jamais dans la démonstration, tout est joué pour souligner l’une des philosophies du groupe héritées du manifeste de l’Art des bruits de Luigi Russolo.
Vinyle tournant au bout d’une perceuse et amplifié devant son micro par un gobelet en plastique, Blixa ira même jusqu’à interpeler le musicien italien : « Russolo, est-ce que l’on joue assez fort ? » « Oui » avait-on envie de lui répondre, « assez fort, mais aussi tellement bien. »
Avoir avoir tourné tout l’été en festival avec une formation live enfin aboutie. Laurent Garnier étrennait hier au Social Club sa nouvelle formule live & mix, accompagné du fidèle Scan X aux machines et de Benjamin Rippert aux claviers.
La formation live complète
On l’avait quitté au Paléo, sur scène avec Scan X, deux cuivres, un clavier et un guitariste. On appréciait alors cette formation qui faisait une grande place à l’improvisation et à la communication entre ses membres. Si la réussite était au rendez-vous, il était difficile pour ce groupe de venir taquiner les clubbers, public de choix de Garnier. C’est donc en version resserrée que le DJ a décidé de s’attaquer à une tournée des clubs qui passera en décembre aussi bien par le Panorama Bar à Berlin que le Fuse de Bruxelles.
Ici, pas question de n’écouter que les productions du Français. On touche aussi bien au live qu’au mix. Garnier alterne son activité entre son PC et ses platines. Pendant ce temps, Scan X et Benjamin Rippert brodent sur ces boucles. Quand les trois jouent ensemble, la couleur est très minimale et répétitive. L’intensité monte au fur et à mesure sur des thèmes qui dépassent parfois la dizaine de minutes. Garnier joue au vrai chef d’orchestre. D’un regard il commande à ses acolytes quoi faire, ils s’exécutent dans l’instant, déclenchant le plus souvent un break tonitruant.
Garnier tout seul on da mix
Puis ses compagnons le quittent pour le laisser s’exprimer seul cette fois-ci lors d’un passage de mix pur et dur. Les ordis restent muets, seules les platines s’expriment. Là, c’est la dynamique qui prévaut. Garnier reste l’un des maitres incontestés du genre amenant les disques les uns après les autres dans une logique telle que l’on ne se rend même plus compte de leur enchainement. Puis Scan X et Benjamin Rippert reviennent s’insérer dans cette musique, puis repartent, puis reviennent…
Si le concept live & mix n’a rien de nouveau, Richie Hawtin en est l’un des maitres, il est ici parfaitement exécuté et donne plaisir à voir tant les musiciens s’amusent. Étonnant aussi de voir Garnier présenter cette nouvelle formation au Social Club, lui qui reste un enfant du Rex Club. Pas idiot, si on y réfléchit bien. Il touche ici un public différent, plus jeune et et plus hype, que celui du club historique de la capitale. Dommage que le sound system n’y soit pas aussi bon.
Big up à Fuck That World pour nous avoir permis d’assister à la soirée !
Il y a des années comme ça où l’on se dit que la programmation des Inrocks ne nous tente pas vraiment. Qu’encore plus qu’à l’habitude le festival cède à la tentation de la hype. Et puis finalement on y va. Et puis on prend des claques.
Carl Barat
Il faudra quand même être patient pour se les prendre. Ce n’est ni Carl Barat et ses reprises de Libertines ou Anoraak qui devaient avoir un peu chaud dans la Boule Noire qui nous les donnent. La première vient d’un petit gars irlandais, menton en avant et coupe au bol. Sous son pseudo de Villagers il livre à la Cigale des versions musclées de ses chansons finissant souvent dans de grosses montées de guitares. Il se rattrapera juste après la fin de la soirée au nouveau Café Cigale attenant à la salle où il se prêtera au jeu de la session acoustique solo. Un petit moment de grâce notamment lorsqu’il interprétera le très beau Cecilia & Her Selfhood.
Ce même dimanche soir lui succédait Kele Okereke, chanteur emblématique des bons, mais souvent surestimés Bloc Party. Alors qu’il signe certainement l’un des meilleurs singles de l’année avec Tenderoni, Kele ne suit pas la tendance sur son très faible album The Boxer. C’était sans compter ce qu’il en ferait sur scène, sublimant des chansons plus que moyennes par de l’énergie à revendre. Il ira même jusqu’à transformer un public distant en dancefloor.
Villagers en acoustique au Café Cigale
De quoi pleurer lorsque l’on entend ensuite Katerine, invité spécial de la soirée selon le billet. Au moins, les Inrocks ne nous auront pas menti, le voir sur scène est spécial : aucune chanson ne tient la route, son second degré poussé à l’extrême cache désormais certainement un manque d’inspiration flagrant. On est loin, très loin, de ses premiers disques aux compositions brillantes, lorsqu’il assumait son talent alors bien réel. Finalement, c’est nous qui lui mettrions bien des claques.
Heureusement que la soirée du lendemain au Zénith nous consolera. Passés Is Tropical et Jamaica, à la musique pas du tout en rapport avec les Caraïbes, on sera sous le charme de The Bewitched Hands (vous pouvez arrêter de dire On the Top of Our Heads, ils se sont rendu compte que c’était trop long), des Rémois bien plus californiens que Schwarzenegger. Pop gracieuse et solaire dans ce Zénith glacial, car bien vide en ce lundi soir. Le son n’est pas parfait, mais les refrains emplis de choeurs nous comblent.
LCD Soundsystem et sa boule à facette
Puis LCD Soundsystem met tout le monde d’accord. Introduit par le vieillot I’m not il love de 10 CC, le concert enfonce directement la porte d’entrée de notre cerveau avec Dance Yrself Cleaner. Oui les enceintes crépitent, oui on note quelques problèmes techniques, mais bordel qu’est ce que c’est bon. C’est très fort, mais on peut qu’écouter LCD Soundsystem comme ça. Drunk Girls, Daft Punk is Playing at My House, Tribulations ou I Can Change s’enchainent avec délectation. Impossible de passer à côté de l’immense Yeah qui prend tout son sens sur scène ou du superbement émouvant All My Friends qui fait partie des chansons dance capables d’arracher une larme. Du Bataclan à Rock en Seine en passant par les Eurockéennes, le groupe new-yorkais de James Murphy n’aura livré que des prestations incroyables. Et autant de claques.
Le temps est pluvieux à Londres ce jour-là. La soirée célébrant les dix ans du label Playaz est complète depuis plusieurs jours. Impossible d’avoir une place sans faire une queue interminable qui s’étire de l’entrée de la Fabric jusqu’au trottoir de la rue adjacente.
Playaz
À l’entrée de chaque bar et immeuble, les vigiles canalisent le public derrière des barrières pour ne gêner personne. On se sent parqué telles des bêtes derrière ces barreaux de métal gris et froid. L’ambiance reste bon enfant, mais flirte aussi avec les travers anglais inhérents à la boisson à outrance : quelques mètres devant nous, un gars vomit ses litres de bière absorbés bien trop vite. On pensait attendre des heures, nous voilà à l’intérieur en moins de quarante minutes.
Trois caisses où l’on ne peut payer qu’en cash. L’équivalent d’une équipe de foot aux vestiaires. On comprend mieux pourquoi l’attente est limitée malgré le monde présent ce soir. On ressent la désagréable sensation de se trouver au coeur d’un Disneyland du clubbing. Tout est optimisé et réglé comme du papier à musique. Sous l’aspect très cool du personnel, rien n’est laissé au hasard. Aucun doute, le business est loin d’être une préoccupation secondaire pour la Fabric.
Le line-up
Rapidement nous descendons les escaliers en ayant l’impression de pénétrer les entrailles de la Terre. Nous nous regardons tous constamment de peur de nous perdre dans ce dédale de couloirs. Il est à peine 22 h 30 et la piste de la grande salle est déjà pleine, assaillie des coups de boutoir assénés par Potential Badboy. Le son est loin d’être poussé à pleine puissance, mais on ressent déjà les basses prendre possession de notre corps. L’exploration du reste du club continue. Tout en briques rouges et en métal, la décoration veut imprimer son caractère industriel. Un peu trop propre sur lui pour que l’on y croie réellement. On apprend que la vidéosurveillance est omniprésente, un léger sentiment de paranoïa se fait sentir.
Les deux autres salles sont plus petites et encore relativement vides. Puis les escaliers interminables et entrecroisés nous mènent finalement à cet espace VIP qui n’a de VIP que le nom, puisqu’ouvert à tout le monde. Seul réel avantage, c’est une mezzanine dominant la piste principale. On y prend le son des DJs et l’énergie de la foule en pleine gueule. Mains accrochées à la barrière, nos tympans dégustent, tout comme le public composé à 80 % de mecs. Les bars sont nombreux et servent rapidement. À huit livres la double dose, les vodkas tonic se font nombreuses, trop nombreuses. Les lumières sont de plus en plus présentes, les lasers commencent à prendre vie. Le son augmente de volume au fur et à mesure des DJs et MCs qui se suivent dans cette salle : Pascal, Grooverider ou Brookes Brothers.
La piste vue du VIP
Durant leur set, on sent l’ambiance se tendre vers une même envie : tout donner. Les rares filles deviennent de plus en plus jolies. Les garçons sont de plus en plus barrés et nous saluent par des grimaces parfaites en cette période d’Halloween. De la drogue circule, mais le son se suffit tellement à lui-même qu’on la refuse. Puis on sort accompagner les fumeurs de clopes. Même pour ce simple geste anodin, c’est toute une logistique qui est mise en place. Vigiles, barrières et tampons sont indispensables pour accéder à l’immense cour en plein air remplie de monde.
À notre retour, sur le dancefloor, DJ Hype a entamé son set. Depuis quatre heures que nous sommes dans le club, le rythme n’a pas faibli, il est impossible de se reposer. Calqué sur celui de la musique, notre rythme cardiaque n’a fait qu’augmenter. L’audition perdue pour perdue, c’est au beau milieu du dancefloor que l’on finira. On nous avait vendu la guerre, c’est sa version nucléaire que l’on subit. Au niveau du sol le son transperce l’ensemble du corps, les infrabasses sont difficilement supportables, le volume presque inhumain, impossible de se parler autrement qu’en hurlant dans l’oreille de son voisin. De toute part on est assailli de vibrations d’une violence extraordinaire. L’oreille interne s’affole, l’équilibre devient précaire, le coeur bat la chamade, les viscères se tordent. On souffre, mais on se sent tellement vivant qu’on ne voudrait pas être ailleurs à ce moment-là.
Quand Lykke Li enregistre un album, elle aime aussi faire des pauses le temps d’une poignée de concerts, histoire de présenter quelques nouvelles chansons. Hier soir à la Maroquinerie elle a tout simplement illuminé le public de son talent.
Trop facile de trouver une certaine froideur à la beauté d’une Suédoise surtout quand on dégage bien plus que cela. Lykke Li sait ce qu’elle veut et n’hésite pas à nous le faire comprendre. Sourcils froncés, la chanteuse joue les mutines et saurait ainsi mettre n’importe quel homme dans sa poche.
Maroquinerie réussie pour Lykke Li
Pourtant Lykke Li joue la retenue durant les premières chansons du concert. La puissance de sa voix est loin d’être lâchée, noyée dans une reverb trop puissante pour être honnête. Puis la demoiselle prend confiance et commence à imposer sa gestuelle. Dans une large tunique sombre, elle accompagne sa musique étonnamment très percussive en roulant des épaules. Les vibrations commencent enfin à l’habiter ainsi que son public.
Son groupe propose un son bien plus consistant que sur l’album. Point de folk ici, la pop est puissante et très solide. La basse est ultra présente, l’orgue remplace la guitare, les solos sont rares, voire inexistants, les choeurs omniprésents, l’ambiance prime sur tout le reste. On aborde le domaine tribal, de la dance music électronique, mais aussi du gospel ou de la pop 60s.
Mais Lykke Li, c’est surtout une voix. Reconnaissable dès la première syllabe prononcée, elle emprunte beaucoup au registre de l’enfance. Plutôt que de chercher à crier plus fort que tout le monde, la Suédoise est plutôt du genre nasillard, horrible la plupart du temps, maitrisée et faisant toute son originalité ici. Impossible de résister à l’émotion qu’elle dégage. Le public suédois venu en nombre ne s’y trompe pas, réactif et enthousiaste dès qu’il reconnait un titre.
Lykke Li risque donc de ne pas être le simple buzz de son premier album. Les nouveaux titres exécutés hier étaient tout aussi convaincants. Et avec un tel talent sur scène, difficile de penser qu’on n’entendra plus parler d’elle ces prochaines années.
Pour ceux qui auraient encore du mal à être convaincus, je vous conseille d’investir 4 minutes 39 de votre vie à regarder cette vidéo.