La musique creuse le ciel.

Les Eurockéennes à la recherche d’un nouvel équilibre

Publié le 8 juillet 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts, Festivals | 4 commentaires »

Depuis quatre ans, les Eurockéennes cherchent à s’ouvrir à d’autres styles, à programmer des têtes d’affiche plus mainstream et à dénicher quelques belles découvertes. Avec ce changement de cap et une concurrence plus ou moins frontale (Main Square Festival à Arras ou Calvi on the Rocks), la fréquentation se retrouve en baisse, mais pas forcément au détriment de la qualité du festival belfortain.

Avec 20 % de spectateurs en moins par rapport à l’édition précédente, les Eurockéennes 2010 étaient finalement plus respirables. Étant donné les 30° allègrement dépassés tout au long du week-end, ce n’était pas un luxe. Avec des têtes d’affiche éloignées de l’univers rock traditionnellement représenté à Belfort, le festival déroute. Depuis 2006, Daft Punk et Kanye West sont passés par le Territoire. Cette année, Jay-Z, Mika et Missy Elliot avaient de quoi dérouter les métalleux de la première heure.

Suicidal Tendencies

Le vendredi, c’est pourtant les vétérans de Suicidal Tendencies qui ouvraient de bien belle manière les festivités à l’heure du goûter sous le Chapiteau. Horaire étonnant pour ce groupe majeur du thrash metal américain. La partie rythmique fera tout de même la démonstration de son incroyable virtuosité. À peine le temps d’entendre leurs dernières notes que Two Door Cinema Club enchaine sur la scène de la Plage au bord du lac du Malsaucy. Le soleil décline, parfait moment pour écouter leur musique dansante, mais parfois un peu trop légère pour vraiment rassasier le spectateur en recherche de sensation forte.

18 heures, horaire étonnant pour Sophie Hunger, Piers Faccini, Patrick Watson et leur orchestre. Sous un Chapiteau à la décoration peu avenante, la création franco-suisse a du mal à captiver malgré sa qualité. Un bijou dans un écrin définitivement pas à sa dimension. Ce même endroit avait finalement peu d’importance ensuite pour les Black Keys et leur blues rock rugueux absolument incroyable. On attendait autant de la prestation de Foals à la Plage. Malheureusement, les Anglais ont eu du mal à entrer dans leur concert, au moins durant sa première moitié. Loin très loin de leurs prestations miraculeuses de la Cigale en 2008 et du dernier Printemps de Bourges.

Deux têtes de pont du hip-hop clôturaient cette première soirée sur la Grande Scène. On passera vite sur Missy Elliot et son playback loupé qui n’en fait définitivement plus que l’ombre d’elle-même. Jay-Z est aussi mégalo qu’elle (arrivée en hélicoptère au festival, staff de 82 personnes), mais d’une efficacité à toute épreuve. Son flow incroyable sera mis en valeur par quelques a capella de haute volée. Projections vidéo implacables, backing band plus en place que jamais, hits universels : on se laisse embarquer avec un plaisir non dissimulé par le New-Yorkais. Un des meilleurs concerts des Eurocks 2010.

La pluie s’invite, l’atmosphère s’électrise

Le samedi, on goutera au privilège de voir une partie du concert d’Émilie Simon depuis les backstages. Malgré une prestation réussie, sa pop électronique a du mal à trouver sa place sous ce Chapiteau décidément plus apte à accueillir du gros son. Tandis que le guitariste d’Airbourne escaladait l’immense structure métallique de la Grande Scène pour jouer un solo, General Elektriks débutait sa prestation hallucinante d’énergie. Aucun doute, le funk fait bien partie de l’ADN du groupe de Hervé Salters.

The Specials investissaient ensuite la Grande Scène pour un concert qui se délecte telle une madeleine de Proust. Si l’énergie est un peu perdue (comment leur en vouloir), la cohésion entre chaque membre est parfaite, la cohérence technique affutée. C’est une tout autre histoire pour The Hives dont le concert est retardé à cause de la pluie. Il en découlera une prestation apocalyptique avec orages et éclairs en arrière-plan, parfaits pour illustrer la déflagration sonore de l’ensemble. Sous le Chapiteau, Ghinzu leur rendra la pareille, toujours aussi prompte à sublimer les accents bruitistes et saturés de sa musique.

Grand soleil au lac du Malsaucy

Le beau temps revient le dimanche et permet au public de littéralement cuire devant le concert de la solaire Martina Topley-Bird sur la toute petite scène de la Loggia. Son batteur multi-instrumentise cagoulé tel un ninja en rajoute à l’ambiance décalée produite par sa musique. Puis les petits cons de Gallows sous le Chapiteau changent de registre et mettent une vraie bonne claque à aux spectateurs. Leur chanteur Frank Carter n’hésite pas à insulter tout le monde puis fait écarter la foule en un cercle immense avant d’inciter au pogo géant. Dans le genre dansant, mais dans un esprit différent, LCD Soundystem retournera ensuite lui aussi le Chapiteau. Avec une vraie classe, le groupe livrera une prestation d’une extraordinaire tenue. On danse intelligemment, sans un seul gimmick putassier, et ça fait du bien.

C’est Massive Attack qui clôturera le festival sur la Grande Scène. Avec un son toujours aussi puissant, le duo fait la part belle aux musiciens et collaborateurs de son collectif. L’inoxydable Horace Andy et la copine Martina-Topley Bird se relaieront ainsi derrière le micro.

Artistiquement réussie la programmation des Eurockéennes doit désormais prouver qu’elle intéresse un nouveau public n’ayant pas le réflexe de venir à Belfort. Une prise de risque pour un équilibre bien délicat à trouver.


4 commentaires pour “Les Eurockéennes à la recherche d’un nouvel équilibre”

  1. 1 Sfar/Gaël a dit le 8 juillet 2010 à 14:13 :

    Jamais réussi à y aller depuis les années que je suis dans l’Est mais comme tu le soulignes bien il semble y avoir eu un changement de cap dans la prog du festival. Autant j’aurais tuer pour m’y rendre avec les prog d’il y a 5/6 ans autant depuis trois ans que je pourrais y aller, je ne suis pas du tout motivée pour!

  2. 2 Florian a dit le 8 juillet 2010 à 14:41 :

    Étonnant cette baisse de fréquentation alors qu’ils tentent l’ouverture de style et le mélange des genres… non ?

    (PS : Y a Beauregard maintenant… le petit festival qui monte et qui n’est plus si petit… Moins de monde certes, mais une programmation dont ils n’ont pas à rougir) !

    :)

  3. 3 rock_0la a dit le 8 juillet 2010 à 15:31 :

    C’est vrai que l’atmosphère était respirable malgré la chaleur, l’avantage du lac de Malsaucy au delà d’un charme certain (tout comme Werchter en Belgique) c’est sa superficie – le mélange des genres aidant – qui permet à tout ce petit monde de ne pas trop se marcher sur les pieds …
    Cela faisait quand même 21 ans que je n’y étais par retourné … les Eurocks ont bien changé, moi aussi.
    A noter encore un très beau coup de coeur en ce qui me concerne : les colombiens de Bomba Estereo et leur electro-cumbia. Sans oublier l’excellent Patrick Watson dont les deux apparitions m’on un peu laissées sur ma faim.

  4. 4 Good Karma » La référence Paléo a dit le 29 juillet 2010 à 17:52 :

    [...] impossible de ne pas entendre une référence au Paléo dans la bouche de chaque organisateur. Des Eurockéennes aux Vieilles Charrues en passant par les Déferlantes, chacun y va de son compliment envers le [...]


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