Le Paléo reste encore et toujours à part dans le petit monde des grands festivals. Référence organisationnelle, l’événement musical suisse qui vient de fêter son 35e anniversaire est toujours aussi bien rodé et populaire.
Sur tous les festivals de l’été, impossible de ne pas entendre une référence au Paléo dans la bouche de chaque organisateur. Des Eurockéennes aux Vieilles Charrues en passant par les Déferlantes, chacun y va de son compliment envers le festival nyonnais. En arrivant sur place, on comprend mieux les raisons de cet enthousiasme généralisé.
General Elektriks explosif
Impossible de rencontrer un seul problème au Paléo. On croirait presque que les 4400 bénévoles ont réponse à n’importe quelle question. Ici la presse et les professionnels sont choyés. Salle média confortable, bios des artistes du jour mises à disposition, consignes ouvertes jusqu’à 4 h du matin pour y entreposer son matériel, personnels aux petits soins ne sachant que faire pour vous faciliter la vie : on se sent vraiment bien sur cette plaine de l’Asse.
Le site d’une quinzaine d’hectares (plus de 80 avec les parkings) est d’ailleurs incroyablement aménagé et se démarque fortement des autres festivals. En plus d’une offre musicale riche (plus de 170 concerts), la gastronomie n’est pas en reste. Oubliées les galettes saucisses, ici on voyage dans les cuisines du monde entier sur plus de 100 stands exclusivement dédiés à la nourriture. Presque un appel à ne voir aucun concert.
Voyage en Afrique
Ouvert sur le monde, le Paléo consacre également chaque année son Village du monde à une partie du globe. C’est l’Afrique australe qui était à l’honneur en 2010, année de la Coupe du monde oblige. Entrer dans ce village éphémère, c’est être dépaysé. En plus de la cuisine régionale (oui, encore), toute la décoration nous plonge au coeur de l’Afrique. Sur la scène située sous le chapiteau du Dôme ne jouent que des groupes africains comme l’incroyable Staff Benda Bilili, émouvant par la sincérité de ses membres atteints de poliomyélite.
Showcase de Nada Surf improvisé
Le Paléo propose également une vraie idéologie en matière de sécurité : « Pendant six jours, le Paléo est une ville de 50 000 personnes. Il n’y a pas de contrôle de sécurité, c’est une question de philosophie. On ne fouille pas les gens à l’entrée d’une ville », déclarait dans ce sens Daniel Rossellat, directeur du festival, pendant la conférence de presse de clôture.
Du côté musical, le Paléo n’est pas ce qu’il y a de plus pointu en la matière et ne se revendique d’ailleurs pas cette image. Ici tout le monde doit en avoir pour son compte. On a ainsi droit à de nombreuses têtes d’affiche francophones déjà vues ailleurs sur le mois de juillet (Souchon, Dutronc, Diam’s), mais aussi quelques superbes surprises absolument incroyables (la leçon de hip-hop de NERD ou celle de batterie de Motörhead, le showcase acoustique de Nada Surf).
Plus que la musique, c’est donc l’état d’esprit général du festival qui séduit. Très bon esprit ambiant, respect mutuel de tous les festivaliers, conditions d’accueil frôlant la perfection : on s’y sent bien. On y reviendra.
Cette 19e édition aura confirmé le festival breton comme le plus grand événement musical français. Avec des artistes souvent très populaires, les Veilles Charrues brassent tous les styles, toutes les générations, mais aussi beaucoup de bière.
12 campings, 5 000 bénévoles, 35 000 campeurs, 198 000 entrées payantes, 242 000 spectateurs : difficile ne ne pas avoir le tournis dès que l’on parle chiffres à propos des Vieilles Charrues. Il est pourtant surprenant de voir que le site de Kerampuilh sur lequel se tient le festival n’est pas aussi immense que cela, à peine plus grand que la presqu’île de Malsaucy où se tiennent les Eurockéennes. Ce qui impressionne ici est la densité de spectateurs au mètre carré. Les deux grandes scènes Kerouac et Glenmor se font face et alternent leurs concerts. Entre les deux, 50 000 personnes diablement friandes d’alcool et rarement sobres.
Ruée vers Muse dès le jeudi
Du côté artistique, les Vieilles Charrues misent sur du gros, du très gros. Le jeudi soir, en plus de Revolver et des excellents Raveonettes, Dutronc est toujours aussi bon. Avec un show en bonne partie semblable à celui de la semaine précédente aux Déferlantes, il y déploie une voix encore plus chaude. Mais l’événement de la soirée sera bien entendu le concert de Muse. Têtes d’affiche exclusives aux Vieilles Charrues, les Anglais très décriés sur disque feront montre de leur maestria totale sur scène. Dans des conditions météorologiques épiques (le vent et les trombes d’eau ont failli provoquer l’annulation du concert seulement quelques minutes avant son commencement), le groupe délivre une puissance sonore phénoménale qui prend toute sa dimension dans un espace aussi vaste que cette plaine remplie de 45 000 personnes. Une énorme claque.
Le lendemain vendredi, le vrai festival peut commencer. En plus des deux grandes scènes, le Cabaret Breton, la scène Xavier Grall et un Jardin de Curiosité consacré aux arts forains ouvrent leurs portes. La fragile Sophie Hunger se retrouve propulsée sur la grande scène où sa musique trouve étonnamment écho. Wovenhand verra son folk habité entrecoupé par la musique hongroise de Muzsikas. NTM mettra du coeur à son concert, mais sera pénalisé par un mix pas vraiment adapté à leur musique. Mika sera une autre bonne surprise, bien plus en forme qu’aux Eurockénnes, il livre une prestation impeccable.
Le grain de folie Sexy Sushi
Le samedi, après la bonne humeur de Féfé en ouverture, les Islandais de FM Belfast feront du grand n’importe quoi tout en mettant le feu en plein après-midi. Midlake ramènera de la douceur sur une scène un peu trop grande pour sa musique intimiste. Fanfarlo sera la belle surprise pop des Charrues : arrangements classieux et bonne humeur communicative. Loin de la performance d’Indochine où l’on a du mal à suivre la voix très mal assurée de Nicola Sirkis, bien dommage lorsque l’on dispose de musiciens aussi bons. Phoenix sera en revanche impeccable et même halluciné par l’ambiance incroyable durant leur concert. Au royaume des dingues, c’est Sexy Sushi qui remporte la palme ce jour-là. Le duo electro-punk nous balance une musique proche de Fischerspooner, casse des écrans, maltraite des arbres et se met à poil. Du grand n’importe quoi comme parfaite contre-programmation d’Indochine.
Quatre jours de WTF
Le grand beau temps sera de la partie dimanche. Comme première tête d’affiche de la journée, Souchon, habituellement peu friand de festivals se régale devant un public reprenant ses chansons en choeur. Nous, on s’endort un peu. M se tape un gros délire pour un concert ne comprenant qu’une poignée de chansons de 15 minutes. Loin de l’esprit de ses précédentes tournées, il fait ici la part belle à l’improvisation. Le groupe est bon et donne tout, on peut adhérer ou rester hermétique devant ces musiciens qui se font plaisir. Étienne de Crécy prendra le relais avec son désormais très connu système de cubes lumineux efficace. On pourra aussi choisir d’aller voir Toots And The Maytals, vétérans reggae en place comme jamais, devant un auditoire au taquet. C’est Jamiroquai qui clôturera le festival avec un prestation musicalement impressionnante, mais donnant l’impression d’être conduite en pilote automatique.
Alors que l’on pensait atteindre les limites de Kerampuilh, l’édition des vingt ans l’année prochaine risque fort de taper encore plus gros. Les rumeurs font circuler des noms aussi prestigieux que les Rolling Stones, AC/DC ou Metallica. En ayant atteint de tels sommets, il n’en faudra pas moins pour marquer les esprits.
Dans cette partie de la Catalogne où le tourisme de masse est la règle, quelques irréductibles ont fait le pari de créer un festival à la programmation intergénérationnelle. Situé dans le cadre unique du parc de Valmy, l’événement accueille plus de 9000 spectateurs lors de chacune des trois soirées. L’occasion de croiser la route de monstres sacrés du rock (The Stooges, Deep Purple, Patti Smith) et de jeunes pousses (Gush, Izia, Coeur de Pirate).
Argelès-Plage, ses campings, ses marchands de glaces, de tongs et ses sempiternelles pizzerias-crêperies-mouleries. Aucun doute, nous sommes au royaume du tourisme familial bon marché. Ici c’est la plage qui est au coeur de toutes les activités, le centre névralgique de toutes les animations. Point de place à la culture, quelle qu’elle soit, on vient à Argelès pour ne penser à rien et profiter du bon temps au soleil.
Jacques Dutronc face au château de Valmy
C’est ce cadre étonnant qu’a choisi l’organisateur local La Frontera pour mettre sur pied l’un des plus beaux festivals rock du Sud-Ouest. Argelès-sur-Mer recèle en effet un joyau : le château de Valmy et son parc. Initiée en 1906 par l’industriel Pierre Bardou et son gendre Jules Pams, plusieurs fois ministre sous la IIIe République, sa construction se terminera en 1925. Le château appartient désormais à un particulier qui l’a transformé en chambre d’hôte, tandis que le parc, propriété de la ville d’Argelès, est prêté aux organisateurs dans le cadre de leur partenariat.
Un écrin face à la mer
C’est donc depuis les hauteurs de la commune, avec vue imprenable sur la mer, que les artistes se produisent. Le premier soir s’annonçait comme une fête pour les amateurs de chanson française. Coeur de Pirate, Renan Luce et De Palmas partageaient l’affiche avec deux pointures moins connotées : Suzanne Vega et Jacques Dutronc. La première se retrouvait pourtant reléguée à ouvrir le festival dès 18 h. Accompagnée simplement de ses bassiste et guitariste au niveau technique exceptionnel, l’Américaine a procuré aux spectateurs un réel moment de grâce. Dutronc, tête d’affiche de la soirée, fera quant à lui dans l’efficace, ne jouant que des tubes pendant presque une heure et demie. De quoi nous rappeler, si on l’avait oublié, la carrière d’envergure du Corse d’adoption (il brandira même le drapeau de l’île de Beauté sur scène).
Iggy Pop toujours aussi affuté
Tout autre ambiance le lendemain. Ce samedi soir deux légendes partageaient la scène : Patti Smith et Iggy Pop. Le concert de la première fut un moment de poésie extraordinaire. Un instant d’émotion pure qui tire des larmes sincères face à la beauté de l’ensemble. Une prestation qui risque de rester gravée dans l’histoire du festival. Iggy Pop n’était pas aussi subtil. Après s’être pris une crash barrier en plein visage lors de son concert de la veille, l’iguane reste tout de même d’attaque et fait le job. Il se tortille, se déhanche comme un forcené et ressortira de scène épuisé, soutenu par deux vigiles. Izia clôturera la soirée avec une fougue qui n’a rien à envier à son prédécesseur. Quelques heures avant, on l’entendait pourtant confier en coulisse au chanteur des BB Brunes avoir un trac monstre de jouer après les Stooges. Même si on peut lui reprocher d’en faire un trop lors de son show, impossible de penser qu’elle ne donne pas tout.
Pour cause de finale de la Coupe du monde le dimanche, la dernière soirée aura finalement lieu le lundi 12 juillet. Après avoir subi les balances de Saez pour cause d’arrivée tardive depuis Liège, mais surtout son concert où il adore enfoncer les portes ouvertes, on peut passer aux choses sérieuses. Deep Purple, l’un des groupes fondateurs du hard rock, s’en donne à coeur joie et enchaine ses tubes sourire aux lèvres : Highway star, Strange kind of woman, Lazy et bien entendu l’inusable Smoke on the water. Ne manquait que Child in time, pourtant l’un des plus beaux de l’histoire du rock. Puis Gossip vient clore les trois jours de festivités par une prestation mi-figue mi-raisin. On a connu Beth Ditto bien plus inspirée et surtout plus en forme.
Outre les prestations impeccables des figures tutélaires du rock présentes le week-end dernier, on retiendra pourtant autre chose de cette quatrième édition des Déferlantes. Difficile en effet de ne pas être marqué par la volonté des organisateurs de faire plaisir au public le plus large possible grâce à une ouverture d’esprit peu commune. Un bol d’air frais et d’authenticité, loin des clichés touristiques d’Argelès-Plage.
Depuis quatre ans, les Eurockéennes cherchent à s’ouvrir à d’autres styles, à programmer des têtes d’affiche plus mainstream et à dénicher quelques belles découvertes. Avec ce changement de cap et une concurrence plus ou moins frontale (Main Square Festival à Arras ou Calvi on the Rocks), la fréquentation se retrouve en baisse, mais pas forcément au détriment de la qualité du festival belfortain.
Avec 20 % de spectateurs en moins par rapport à l’édition précédente, les Eurockéennes 2010 étaient finalement plus respirables. Étant donné les 30° allègrement dépassés tout au long du week-end, ce n’était pas un luxe. Avec des têtes d’affiche éloignées de l’univers rock traditionnellement représenté à Belfort, le festival déroute. Depuis 2006, Daft Punk et Kanye West sont passés par le Territoire. Cette année, Jay-Z, Mika et Missy Elliot avaient de quoi dérouter les métalleux de la première heure.
Suicidal Tendencies
Le vendredi, c’est pourtant les vétérans de Suicidal Tendencies qui ouvraient de bien belle manière les festivités à l’heure du goûter sous le Chapiteau. Horaire étonnant pour ce groupe majeur du thrash metal américain. La partie rythmique fera tout de même la démonstration de son incroyable virtuosité. À peine le temps d’entendre leurs dernières notes que Two Door Cinema Club enchaine sur la scène de la Plage au bord du lac du Malsaucy. Le soleil décline, parfait moment pour écouter leur musique dansante, mais parfois un peu trop légère pour vraiment rassasier le spectateur en recherche de sensation forte.
18 heures, horaire étonnant pour Sophie Hunger, Piers Faccini, Patrick Watson et leur orchestre. Sous un Chapiteau à la décoration peu avenante, la création franco-suisse a du mal à captiver malgré sa qualité. Un bijou dans un écrin définitivement pas à sa dimension. Ce même endroit avait finalement peu d’importance ensuite pour les Black Keys et leur blues rock rugueux absolument incroyable. On attendait autant de la prestation de Foals à la Plage. Malheureusement, les Anglais ont eu du mal à entrer dans leur concert, au moins durant sa première moitié. Loin très loin de leurs prestations miraculeuses de la Cigale en 2008 et du dernier Printemps de Bourges.
Deux têtes de pont du hip-hop clôturaient cette première soirée sur la Grande Scène. On passera vite sur Missy Elliot et son playback loupé qui n’en fait définitivement plus que l’ombre d’elle-même. Jay-Z est aussi mégalo qu’elle (arrivée en hélicoptère au festival, staff de 82 personnes), mais d’une efficacité à toute épreuve. Son flow incroyable sera mis en valeur par quelques a capella de haute volée. Projections vidéo implacables, backing band plus en place que jamais, hits universels : on se laisse embarquer avec un plaisir non dissimulé par le New-Yorkais. Un des meilleurs concerts des Eurocks 2010.
La pluie s’invite, l’atmosphère s’électrise
Le samedi, on goutera au privilège de voir une partie du concert d’Émilie Simon depuis les backstages. Malgré une prestation réussie, sa pop électronique a du mal à trouver sa place sous ce Chapiteau décidément plus apte à accueillir du gros son. Tandis que le guitariste d’Airbourne escaladait l’immense structure métallique de la Grande Scène pour jouer un solo, General Elektriks débutait sa prestation hallucinante d’énergie. Aucun doute, le funk fait bien partie de l’ADN du groupe de Hervé Salters.
The Specials investissaient ensuite la Grande Scène pour un concert qui se délecte telle une madeleine de Proust. Si l’énergie est un peu perdue (comment leur en vouloir), la cohésion entre chaque membre est parfaite, la cohérence technique affutée. C’est une tout autre histoire pour The Hives dont le concert est retardé à cause de la pluie. Il en découlera une prestation apocalyptique avec orages et éclairs en arrière-plan, parfaits pour illustrer la déflagration sonore de l’ensemble. Sous le Chapiteau, Ghinzu leur rendra la pareille, toujours aussi prompte à sublimer les accents bruitistes et saturés de sa musique.
Grand soleil au lac du Malsaucy
Le beau temps revient le dimanche et permet au public de littéralement cuire devant le concert de la solaire Martina Topley-Bird sur la toute petite scène de la Loggia. Son batteur multi-instrumentise cagoulé tel un ninja en rajoute à l’ambiance décalée produite par sa musique. Puis les petits cons de Gallows sous le Chapiteau changent de registre et mettent une vraie bonne claque à aux spectateurs. Leur chanteur Frank Carter n’hésite pas à insulter tout le monde puis fait écarter la foule en un cercle immense avant d’inciter au pogo géant. Dans le genre dansant, mais dans un esprit différent, LCD Soundystem retournera ensuite lui aussi le Chapiteau. Avec une vraie classe, le groupe livrera une prestation d’une extraordinaire tenue. On danse intelligemment, sans un seul gimmick putassier, et ça fait du bien.
C’est Massive Attack qui clôturera le festival sur la Grande Scène. Avec un son toujours aussi puissant, le duo fait la part belle aux musiciens et collaborateurs de son collectif. L’inoxydable Horace Andy et la copine Martina-Topley Bird se relaieront ainsi derrière le micro.
Artistiquement réussie la programmation des Eurockéennes doit désormais prouver qu’elle intéresse un nouveau public n’ayant pas le réflexe de venir à Belfort. Une prise de risque pour un équilibre bien délicat à trouver.