La musique creuse le ciel.

NTM / Parc des Princes / 19.06.10

Publié le 20 juin 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 33 commentaires »

NTM s’est vu trop gros hier soir au Parc des Princes. Rêve de gosse d’un groupe « qui a commencé dans les MJC », le Parc n’a pas vraiment rendu l’amour que le duo lui porte. Pluie, froid, public parsemé, système vidéo défaillant, son sous-dimensionné : peu d’éléments ont joué en la faveur de ces parrains du hip-hop français.

En septembre 2008, NTM retournait littéralement Bercy lors de son grand retour. Show millimétré et spectateurs chauffés à blanc, tout donnait l’impression que le groupe avait pris la bonne décision de revenir. Depuis, le Suprême enchaine les concerts sans jamais avoir l’intention de produire à nouveau un disque. Malheureusement pour lui, l’impression de tourner en rond dans son répertoire se fait désormais sentir.

Pourtant accompagné de deux DJs, d’un groupe, de choristes, de danseurs et d’invités de marque (Big Ali, Lord Kossity, Raggasonic), le duo n’a presque jamais réussi à convaincre hier soir. Une sensation de « too much » un peu raté prédominait à la sortie du Parc. Le sound system n’était pas très impactant, surtout lorsque les musiciens réinterprétaient certains titres. Une bonne grosse production hip-hop tape toujours plus qu’un backing band à l’approche un peu trop smooth, aussi talentueux soit-il. Si l’on rajoute à cela des écrans vidéo instables à chaque beat un peu trop appuyé, on obtient un public qui a du mal à se lâcher et qui se sent même un peu seul à la vue des places restantes en tribunes.

Heureusement que quelques fulgurances réussirent tout de même à réchauffer le public. Après les frissons de l’introduction enchainée avec Seine-Saint-Denis style, Qu’est-ce qu’on attend, soutenu par de nombreux fumigènes allumés dans la fosse retournera le public. Puis Joey Starr et son Carnival arrivera enfin à faire danser le public, non sans mal, en le faisant reculer, avancer, sauter, etc.

Pari à moitié gagné pour NTM au Parc des Princes. Mauvais timing, cadre peu avenant, setlist soufflant le chaud et le froid, trop de détails négatifs se sont amoncelés. Pendant ce temps-là, IAM jouait gratuitement à Ivry après avoir ravi le Divan du Monde la veille. Marseille 1, Paris 0.


The Chemical Brothers – Further

Publié le 13 juin 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 6 commentaires »

Et si on se cotisait pour les Chemical Brothers ? Depuis 2002 et Come with us (leur premier album qui faisait moins bien que les précédents), le duo britannique semble ne pas avoir acquis de nouvelles machines. En résulte toujours ce même son entre techno psychédélique et énergie rock. Avantage du procédé : on reconnait un album de Tom Rowlands et Ed Simon entre mille.

Cela ne loupe pas avec Further, premier album des Chemical Brothers depuis trois ans. En ouverture, Snow imprime son larsen et sa rythmique avec basse et vocaux répétitifs, mais c’est surtout Escape velocity, second titre épique de douze minutes qui utilise à outrance tous les codes chimiques de la fratrie. Des montées interminables, une boucle basique et une efficacité redoutable.

Car malgré cette utilisation encore et encore des mêmes sons, le résultat donne une immense envie de danser comme on en avait plus eu depuis It began in Afrika. Ce titre est loin d’être le seul à remplir ce contrat. Horse power se pose aussi comme une machine à dancefloor avec un hennissement de cheval comme principal gimmick. Entre ces titres, le duo insère quelques morceaux plus pop (K+D+B), downtempo (Another world) ou carrément psychédélique (Dissolve, une des meilleures productions du disque).

En seulement huit titres et 52 minutes (leur album le plus concis depuis Exit planet dust), les deux Mancuniens montrent qu’un recours aux featurings limité donne bien plus d’homogénéité à leurs albums. Surtout, les Chemical Brothers reviennent à la valeur principale de leur musique qui leur faisait défaut depuis des années : l’hédonisme.

  • Album Further disponible le 14 juin (EMI)


Arandel – In D

Publié le 11 juin 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 2 commentaires »

Introspection maladive et ambiance lunaire. L’écoute d’In D d’Arandel laisse forcément des séquelles. Entièrement réalisé sans aucun sample ni utilisation de MIDI, l’album s’inspire et rend hommage au mythique In C de Terry Riley. Cette performance technique pour un album lorgnant fortement du côté de la musique électronique ne masque pas pour autant l’artistique. Comme toujours, la contrainte appelle l’inspiration. Cela est confirmé par une nouvelle fois par Arandel.

Pour cet album le musicien a fait appel à divers instruments : boites à rythmes, claviers analogiques, stylophone, hapidrum, mélodica, violoncelles, flûtes ou xylophone. Il se paye même le luxe de faire appel à la voix de Fredo Viola. En résulte une oeuvre d’une incroyable richesse ballotant l’auditeur d’une ambiance digne des meilleurs clubs européens (In D #7) à une vision d’une apocalypse approchante a pas lent, mais assurés (In D #9).

On navigue aussi bien entre les eaux troubles souillées auparavant par Brian Eno (In D #6) que vers une chorale angoissante rappelant le son émis par le mystérieux monolithe de 2001, l’odyssée de l’espace et portée par une basse dub lancinante. L’ensemble propose une homogénéité digne des grands disques. On comprend alors la somme de travail effectué pour cet album sombre et troublant. Encore un coup de maître chez InFiné, les bonnes habitudes vont être difficile à perdre.

  • Album In D disponible le 28 juin (InFiné / Discograph)
  • In D prochainement en écoute sur Deezer


Sophie Hunger / La Cigale / 02.06.10

Publié le 3 juin 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 2 commentaires »

Créer une ambiance intimiste devant le petit millier de spectateurs de la Cigale, c’est ce que Sophie Hunger a réussi à faire hier avec ses quatre incroyables musiciens, aussi essentiels qu’elle à cette prestation.

Débordante de sensibilité, la petite Suisse allemande a mené de main de maître son concert, dissimulée derrière une timidité maladive, mais absolument essentielle à sa musique. Entièrement de rouge vêtue, elle fait l’effort de présenter en français ses chansons, se trompant juste assez sur les mots pour que l’on trouve cela charmant. Humour et raffinement seront les deux fondements de ses interventions, comme lors de sa précédente série de concerts l’année dernière à la Boule Noire.

Ce qui interpelle surtout avec Sophie Hunger est sa capacité à traduire magnifiquement sur scène des albums très moyens, remplis de compositions tout aussi agréables que fades. Accompagnée d’un batteur, bassiste, guitariste et surtout d’un hallucinant tromboniste, la jeune fille déploie sa musique et l’exprime comme si elle se libérait d’un carcan trop contraignant.

Les ambiances se succèdent, alternativement intimistes (seule à la guitare ou au piano) ou flamboyantes (grâce aux montées en intensité du groupe). La chanteuse doit en effet beaucoup à ses musiciens. Les choeurs, l’étonnant solo de cymbales/glockenspiel et la performance toute en finesse du tromboniste finiront d’achever le public conquis dès la première note de guitare du concert. Il ne manquera plus qu’un dernier titre entièrement joué en acoustique, assis par terre sur scène comme autour d’un feu de bois et joué dans un silence religieux pour parachever le tableau déjà proche du chef-d’oeuvre.

Comme si le disque n’était qu’un écrin trop étroit pour sa musique, Sophie Hunger prend définitivement toute sa dimension sur scène. Là où les artistes se révèlent réellement.

  • Album 1983 disponible (Universal Music)
  • En concert le 3 juin à Strasbourg, le 2 juillet aux Eurockéennes et le 16 juillet aux Vieilles Charrues