La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur.

Elise Costa – Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears

Publié le 21 mai 2010 | Ecrit par | Catégories : Livres | 3 commentaires »

Une fan de Britney Spears qui part sur les routes américaines sur la trace de son idole. Le pitch de Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears peut faire peur à première vue, la réalité est un peu plus complexe que ça.

Écrit à la première personne sous forme de journal de bord, le livre raconte le road trip d’Élise Costa à travers les États-Unis. De la Côte est à ouest, elle visite les lieux où la chanteuse a vécu des moments importants de sa carrière : New York, Kentwood en Louisiane (d’où est originaire l’artiste), Las Vegas et Los Angeles. Il ne faut pas s’attendre à apprendre des choses extraordinaires sur la superstar de la pop mainstream américaine. L’auteur n’a pas du tout cherché à investiguer ou à vérifier des rumeurs. C’est d’ailleurs le principal défaut de l’ouvrage qui, sur un mode gonzo-journalisme, nous fait partager le quotidien d’Élise Costa dont les informations tiennent plutôt d’une revue de presse géante très bien documentée. Le ressenti de l’auteur est également très naïf, oscillant entre émerveillement envers Britney Spears et détachement tenant plus d’un rappel de la raison que d’une réelle prise de conscience de la banalité d’une partie de la musique de l’artiste.

Voilà pour les reproches, car le récit bénéficie justement de cette naïveté qui le rend en définitive très attachant. Élise Costa voyage seule, fait des rencontres improbables et les raconte bien. L’écriture est fluide, moderne et fait un usage abusif des notes en bas de page, tel un running joke déraisonnable. Pour qui ne connait absolument pas la chanteuse, le livre est une petite mine d’or d’anecdotes. Le fan passera son chemin, à moins que l’identification à l’auteur lui fasse vivre cette épopée par procuration, le novice sera heureux d’enfin découvrir Britney Spears sous un autre jour. Trentenaire décomplexée, Élise Costa manie les références culturelles de cette génération, entre nostalgie et désabusement face à la jeunesse qui s’éloigne lentement, mais de manière inéluctable.

En prenant un peu de recul, le livre devient également le témoignage d’une fan au coeur de la culture américaine. Récemment était publiée une enquête d’envergure de Frédéric Martel, très justement nommée Mainstream. Au long d’un périple au long cours à travers le monde, le journaliste y décrivait minutieusement les mécanismes économiques et politiques de la culture de masse, notamment américaine. Difficile de trouver quelqu’un qui la représente aussi bien en musique que Britney Spears. Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears montre précisément la face humaine de cette industrie culturelle. On y constate ainsi l’effet qu’elle provoque, aussi bien sur les fans transis, comme Élise Costa en croise durant le concert d’Anheim, que sur l’artiste elle-même. Le lecteur devient le témoin d’une lente descente aux enfers de la chanteuse, victime d’une société du spectacle bien rodée et finalement destructrice de ce qu’elle avait construit de toutes pièces quelques années plus tôt.


3 commentaires pour “Elise Costa – Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears”

  1. 1 Quelques blogs du jour - il y a des centaines de blogs sur Mainstream chaque semaine - MAINSTREAM - Blog LeMonde.fr a dit le 22 mai 2010 à 18:50 :

    [...] http://www.goodkarma.fr/2010/0.....ey-spears/ [...]

  2. 2 Jacquet Pauline a dit le 5 juin 2010 à 16:15 :

    Je viens de terminer le livre d’Elise Costa et il m’a vraiment plu. J’ai aimé le ton décalé et la sincérité de son admiration pour la chanteuse. C’est vrai , il n’y a aucune honte à écouter Britney Spears, il faut l’assumer et ce livre renforce cette conviction.
    Avec ce récit, j’ai eu l’impression moi aussi de faire mon ‘road-movie’ à travers les USA!
    Merci Elise pour ces moments d’évasion! Cependant, je me permets de contester deux petites choses: je pense que c’est plutôt « I’m a slave for you » qui marque la transition musicale de Britney :passer des bluettes amoureuses à une partouze géantes m’avait un peu traumatisée ( j’avais 10 ans à l’époque!). D’autre part, je pense que beaucoup de gens se sont marginalisés comme moi en osant écouter Britney ET Christina Aguilera! Il est vrai qu’il fallait être discrète pour ne pas se faire assassiner pendant les récrés, mais c’était faisable!
    Bravo pour ce récit, j’espère qu’il y en aura d’autres comme celui-ci, authentique et décalé! Bonne continuation!

  3. 3 Goliath a dit le 5 janvier 2011 à 11:26 :

    Super bouquin, pas tant pour Britney. Mais surtout pour le portrait de la jeune (presque?) trentenaire qui a bouffé toutes les nineties à l’époque de l’eurodance et des autres trucs dures à digérer.


Laissez un commentaire