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Recoil / Bus Palladium / 23.04.10

Publié le 24 avril 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 12 commentaires »

Pendant que Depeche Mode remplit le Stade de France et plusieurs Bercy d’affilé, Alan Wilder, ancien membre éminent du groupe, se paye un sold-out au Bus Palladium devant 400 personnes.

Drôle de destiné que celle de cet artiste qui quitta en 1995 l’un des groupes les plus populaires d’alors, après une tournée triomphale de quinze mois suite à la sortie de Songs of faith and devotion. Considéré durant sa carrière au sein de Depeche Mode comme le seul vrai musicien de la formation, il avait été recruté sur petite annonce en 1982. Vince Clarke avait alors abandonné le navire après le premier album. Réduit à un trio peu expérimenté, le groupe avait sorti tant bien que mal le bancal A broken frame. Avec son arrivée, le son de Depeche Mode change et devient bien plus riche. Le travail apporté par Alan Wilder sur Black celebration, Music for the masses, Violator et Songs of faith and devotion est alors considérable. Ce n’est pas un hasard si depuis son départ, Depeche Mode s’entoure pour chaque nouvel album d’un producteur de renom : Tim Simenon, Mark Bell et Ben Hillier.

Bloqué dans un format pop qui lui convenait finalement peu, Alan Wilder a débuté son side project dès 1986 avec la publication d’un premier EP de deux titres sobrement intitulé 1 + 2. Avec des durées de 14 et 18 minutes, chaque piste exprime bien le désir de Wilder de respirer grâce à cette approche bien plus expérimentale. Deux ans plus tard un second EP, Hydrology, exploite cette même veine. Il faudra finalement attendre 1992 et son premier album Bloodline pour que Recoil soit de nouveau synonyme de chanson. Plusieurs invités de marque viennent y poser leur voix : Douglas McCarthy (Nitzer Ebb), Toni Halliday (Curve) et Moby. Unsound methods en 1997 (avec Siobhan Lynch, encore Douglas McCarthy et la choriste de Depeche Mode Hildia Campbell) et surtout Liquid en 2000 (avec notamment Diamanda Galás) finiront par imposer Alan Wilder comme un artiste à part entière avec son identité propre.

N’hésitant pas à jongler entre les styles, la musique de Recoil est sombre, rythmiquement travaillée et propose des arrangements souvent complexes. Très cinématographiques, les paysages ainsi dessinés apparaissent comme peu accueillants. Un sentiment de claustrophobie et de sophistication se dégage de l’ensemble. La compilation Selected sortie lundi dernier se pose ainsi comme une bonne porte d’entrée dans une discographie torturée et difficile à appréhender.

Extrêmement rare sur scène, on attendait donc beaucoup de l’artiste tout en sachant qu’il serait difficilement possible d’y reproduire la subtilité de sa musique. Avec cette multitude d’invités présents sur ses disques, il serait également impossible pour Alan Wilder de tous les regrouper sur scène. C’est donc finalement une formule live act derrière trois Mac et des machines qui a été choisie. Paul Kendall, fidèle producteur anglais du label Mute (Wire, Renegade Soundwave, Nitzer Ebb), accompagnait l’ancien membre de Depeche Mode derrière tout cet attirail technologique. Heureusement, que cette Strange hour était illustrée d’une projection sur grand écran de vidéos notamment inspirées des travaux de l’illustrateur Hans Ruedi Giger, le reste des images lorgnant vers un esprit plutôt proche de l’univers de David Lynch.

Musicalement, la set list est étrange. Véritable mash-up de ses titres, la prestation donne l’impression de mélanger un peu tout et n’importe quoi. Les styles s’enchainent sans véritable lien : trip-hop, drum’n’bass, electro instrumentale, tout y passe. Dommage que cela soit fait sans réelle notion de progression d’intensité. Le public n’est d’ailleurs pas très réceptif. On comprendra d’ailleurs lors d’un passage en forme de clin d’oeil rejouant l’Aggro mix de Never let me down again que le public s’attendait certainement à voir et entendre du Depeche Mode. C’est donc un sentiment mitigé qui prédominait à la fin du show d’une heure et quelques minutes. Dommage quand on connait la qualité de la musique de Recoil. Elle mériterait finalement une véritable formation live avec chanteur pour lui donner réellement vie sur scène. Le studio reste encore et toujours le lieu de prédilection d’Alan Wilder, comme s’il était maudit d’avoir quitté Depeche Mode qui reste toujours une valeur sure du live.


12 commentaires pour “Recoil / Bus Palladium / 23.04.10”

  1. 1 Les tweets qui mentionnent Good Karma » Recoil / Bus Palladium / 23.04.10 -- Topsy.com a dit le 24 avril 2010 à 03:12 :

    [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par JeanSébastien Zanchi. JeanSébastien Zanchi a dit: Finalement ce concert de Recoil ce soir au Bus Palladium était inspirant. http://bit.ly/d1tUMc [...]

  2. 2 Benjamin F a dit le 24 avril 2010 à 09:45 :

    Je ne suis déjà pas très fan de Recoil sur disque, et je ne suis que peu étonné par ton compte-rendu. Excellent texte par ailleurs.

  3. 3 -TeLaM- a dit le 24 avril 2010 à 09:51 :

    Le dernier paragraphe n’est pas faux… Je suis surtout aller voir Môssieur Alan Wilder (ex-membre de Depeche Mode) que Recoil… Même si j’ai tous les albums de Recoil… Après les styles qui s’enchainent sans véritable lien, ce n’était vraiment pas important… Ah oui ! L’Aggro Mix de NLMDA !!! Bonne surprise !!! Moi, ce que je retiens de cette soirée, c’est Alan. Il était là et a fait son show d’une heure dix et on le voyait prendre plaisir à faire ce qu’il faisait avec Paul. Du bon boulot honnête et sans fioriture ! Merci Recoil. Merci Alan.

  4. 4 Mandrac a dit le 24 avril 2010 à 12:36 :

    Ben j’aurai bien aimé voir ça quand même!

  5. 5 G.o.T a dit le 24 avril 2010 à 13:11 :

    alan wilder est LE virtuose de studio et de scène qui a insufflé à DM la richesse des albums fin 80 début 90. Grosse déception au bus palladium, où ce virtuose je fais juste que lancer ses pistes enregistrées sur ses 3 MAC. Une escroquerie après tant d’années hors des scènes parisienne. payer 22€ pour ça, c’est du vol pur et simple. j’aurai préféré payer une vraie place de concert à 80€ mais avoir du vrai live.Autant écouter ses disques avec un bon casque.
    Alan wilder tu viens de décevoir tes fans ce 23/4/2010 à paris.
    G.o.T

  6. 6 G.o.T a dit le 24 avril 2010 à 17:05 :

    rebonjour, pour appuyer mon commentaire précédent, ci joint le lien vers l’article écrit depuis… http://gotonair.canalblog.com/archives/2010/04/24/

    G.o.T

  7. 7 Bruno. a dit le 25 avril 2010 à 19:32 :

    Excellent papier côté bio. Par contre, la deuxième partie concernant la prestation sur scène n’engage que son auteur et en lisant cela et une partie des commentaires, je me demande si nous avons assisté au même concert…

  8. 8 Jean-Sébastien Zanchi a dit le 25 avril 2010 à 20:13 :

    Pour avoir discuté du concert avec une petite dizaine de personnes, c’est pourtant un sentiment partagé par beaucoup.

  9. 9 Bruno. a dit le 25 avril 2010 à 20:44 :

    Pour avoir discuté du concert avec une petite dizaine de personnes, c’est pourtant un sentiment qui n’est pas partagé par beaucoup ;)

    Allez, j’admets ne pas être la plus objective des personnes quand on évoque Recoil. Toujours est-il qu’en sachant à l’avance quelle serait la configuration sur scène et ce que Alan avait voulu faire, j’étais en territoire « connu », je savais à quoi m’attendre et j’ai été plus que comblé !

  10. 10 Kriss a dit le 26 avril 2010 à 16:59 :

    Forcément tout le monde à son point de vue, et peut être déçu, s’il s’attend à du Depeche-Mode.. Alan a beaucoup apporté à ce dernier (et l’a même porté à bout de bras pendant les sessions studios de Songs of faith & devotion…). Mais sa voie, à lui, est electro… (avec, effectivement toutes les nuances qu’on peut y trouver), maintenant, même les DJ mixent rarement avec des platines vinyles, et de plus en plus avec leur Mac… Alan évolue donc avec son temps, et n’a rien perdu en qualité musicale.
    Effectivement, il a semblé prendre plaisir à jouer ce set avec Paul Kendall.
    Personnellement, j’ai savouré ce concert ! J’ai vu Depeche-Mode, en janvier dernier.. et là, je venais voir Recoil !!
    J’aime l’idendité de Recoil, cette richesse sonore.
    (et voir un mec de 50 ans, produire de l’electro comme ça… c plutôt cool !!)

  11. 11 Cataras a dit le 27 avril 2010 à 09:01 :

    Ce n’est pas moi qui irrais voir ce genre de concert mais en attendant, je trouve cet article excellent. Bravo JS!

  12. 12 TomPier a dit le 4 mai 2010 à 12:24 :

    great post as usual!


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