Friday Night / Sainte-Lucie
Publié le 16 avril 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Concerts | 3 commentaires »Éric est un marin pêcheur de la Grande Anse. La cinquantaine bien portée, il nous conduira avec son modeste bateau à travers la mer des Caraïbes, de la Martinique à Sainte-Lucie. Toutes les lignes régulières, aussi bien aériennes que maritimes étant complètes, Éric reste notre dernière chance de rejoindre Gros-Islet, village où a lieu le réputé Friday Night.
La traversée sera épique. Les bagages sont emballés dans des sacs poubelles et les passagers recouverts de cirés. Peine perdue, on arrivera trempé à l’arrivée, au port de Rodney Bay. Rien n’aura joué en notre faveur : le temps est menaçant, le vent souffle, la mer se creuse et une averse finale aura raison de nous. Deux heures suffiront à calmer notre enthousiasme ressenti au début du voyage sur les premiers creux rencontrés. Quelques dauphins croisés au large finiront tout de même par nous consoler.
Une fois sur place, la douane est peu regardante. Éric se charge des formalités, quelques échanges en créole nous font comprendre que le navigateur est en terrain conquis. Il nous confirmera cela au retour, quelques petites attentions ramenées de Martinique facilitent la circulation de ses passagers. Séchés et habillés tant bien que mal, nous fêtons notre arrivée en un seul morceau par la dégustation d’une Piton, la bière locale.
Éric sera notre relais sur place durant tout le week-end. Il nous dégote en quelques minutes un van qui servira de taxi à nous cinq. Peter le chauffeur nous conduit aussitôt, au son de ses baffles qui crachent du reggae, chez Sandra, mama locale qui nous accueille dans son impeccable guest-house. Coqs, chèvres et chiens dorment dans le jardin, pour nous ce sera dans la chambre rose. Rideau de douche et dessus-de-lit en satin digne de Barbie, tableau accroché, mais encore emballé dans son conditionnement d’origine, aucun doute, on se trouve bien au royaume du kitsch.
Une douche salvatrice plus tard, nous voilà partis au village de Gros-Islet, quinze minutes de marche plus loin. Ce qui n’avait pas été prévu, c’était la pluie incessante de la journée. Cinq mois que l’île n’avait pas vu l’eau, pas de bol pour les touristes. Arrivés sur place, un délicieux repas chaud à base de riz et de chatrou nous donnera réconfort. Le rhum local est bien trop fort et moins bon que dans les Antilles françaises pour accompagner la soirée, quelques Piton suffiront.
Malgré la pluie incessante, les stands dans la rue voient leur queue grandir. Toutes sortes de plats locaux y sont servis, tout semble délicieux. Au croisement de Marie-Therese Street, une grande scène est dressée. Rien ne s’y passe pour le moment, mais les énormes enceintes envoient déjà ragga et dancehall à foison. La rue continue à se remplir sous la pluie. Avec 30 degrés, il est bien plus facile d’y rester. Quelques touristes, beaucoup de locaux, le public est dans un esprit bon enfant mis à part quelques pickpockets vite repérés. L’ambiance chauffe et les animations commencent enfin sur scène, un MC harangue la foule et commence à distribuer des t-shirts.
On comprend vite pourquoi cette scène est exceptionnellement là ce soir : elle permet d’honorer la venue de deux special guests, le premier est de taille, le second est gigantesque. Venu directement de Jamaïque, Mr. Vegas vient surchauffer la foule désormais à point. Toujours sous une pluie incessante, il fait danser les spectateurs dans des positions plus que suggestives, on a le sang chaud ou pas. Le déplacement ne sera pas long pour lui, un vingt minutes montre en main. Mais la superstar de ce soir est Michael Jackson en personne. L’illusion est parfaite, le sosie sur scène nous met un doute quant à la mort du chanteur. Son medley déclenche l’hystérie la plus totale dans la rue. Une seule chose est certaine, ce soir-là : Michael a ressuscité. Deux heures du matin, la Friday Night se termine. Suite à de récents débordements, les autorités ont préféré serrer la vis. En rentrant à pied, on croise le van de Peter qui fera donc finalement un détour par chez nous. À son bord se trouvent Éric et ses amis martiniquais, on ne savait pas encore ce qu’ils nous réservaient pour le lendemain.
Fort logiquement, on nous emmènera donc au Saturday Night du village de pêcheurs de Dennery. Après avoir fait un détour de plusieurs dizaines de kilomètres à travers les routes de la forêt tropicale pour récupérer du matériel de pêche qui ne rentrera finalement pas dans le van, nous voilà arrivés sur cette plage après presque trois heures de route sous la pluie. Ce soir on a de la chance, seules quelques averses viendront rafraichir l’air.
Une fois encore les stands de nourriture préparée à partir de la pêche locale sont les stars du soir. Une incroyable soupe de lambis et une brochette de poisson plus tard, nous voilà sur pied pour affronter le sound-system. Cette fois-ci le lieu est tout sauf touristique, nous sommes les seuls blancs présents sur la plage. Soudain la musique se coupe et plusieurs femmes habillées d’un costume créole se pressent autour de percussionnistes. Les chants traditionnels s’enchainent ainsi durant plusieurs dizaines de minutes. Tout le monde danse autour et participe. Un jeune du coin, look US jusqu’au bout de la casquette viendra même rapper sur ces rythmes. Un défilé de miss du coin du plus tard nous voilà repartis vers chez notre logeuse.
On espérait un retour tranquille, ce n’était pas l’intention de nos huit amis martiniquais surchauffés au spice. Pendant une heure, zouk à fond, les tubes s’enchainent et sont chantés à tue-tête. Le lendemain matin, Éric nous attend au port pour un retour bien plus calme en Martinique. Le temps de faire une halte à Fort-de-France pour repartir vers la Dominique. Ici, point de musique, la nature reprend ses droits et nous nos esprits.
Rha que ça fait envie! (et les photos? tu n’en as pas pris?)
Trop de pluie et de pickpockets pour se balader avec du matos électronique malheureusement.
[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par JeanSébastien Zanchi. JeanSébastien Zanchi a dit: Il y a une semaine j'étais au Friday Night sur l'île de Sainte-Lucie. Je vous raconte tout sur #GoodKarma. http://bit.ly/cyFgqM [...]