La musique creuse le ciel.

Ólöf Arnalds, Kyrie Kristmanson, Tender Forever – Les Femmes s’en mêlent / Théâtre de la Cité Internationale / 28.03.10

Publié le 28 mars 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 7 commentaires »

Qui a dit que les femmes n’étaient pas des pipelettes ? Cet après-midi au Théâtre de la Cité Internationale aucune féministe n’aurait pu combattre ce cliché. Affables et ouvertes à leur public, Ólöf Arnalds, Kyrie Kristmanson et Tender Forever ont donné une leçon de dialogue.

Ancienne membre de Múm, l’introvertie Islandaise Ólöf Arnalds n’hésite pas à débuter son concert par une chanson a cappella. Simplement accompagné d’une guitare ou d’un charango, Ólöf n’hésite pas à nous expliquer les histoires racontées dans ses textes écrits le plus souvent en Islandais. Certaines chansons sont écrites par ses soeurs, d’autres rendent hommages à ses amis. Agrémentée de reprises de Caetano Veloso et d’Arthur Russel, sa prestation laisse une impression de limpidité, soutenue par des compositions mélodieusement travaillées et une voix cristalline.

Kyrie Kristmanson, n’est Islandaise que par un aïeul, mais vient tout de même du grand froid canadien. Les programmateurs du festival ne pouvaient pas trouver plus parfait enchainement. Alors que son convaincant album Origin of stars vient seulement de sortir, Kyrie se montre à l’aise devant son public, très aidée par son impeccable français au léger accent acadien. Avec son contrebassiste, la chanteuse égrène les titres de son album, entre jazz, pop, folk et musique médiévale. Les spectateurs participent au chant pour soutenir une chanson où elle joue de la trompette, puis admire l’interprétation d’un air vieux de huit cents ans, composé par la trobairitz Béatrice de Die.

Dommage que Tender Forever, qui a pourtant le privilège de jouer dans une superbe salle de la Cité Universitaire ne maintienne pas le niveau musical. La Française Mélanie Valera est aussi très naturelle devant son auditoire, elle enchaine anecdote et blagues en tout genre avec beaucoup d’humour. Malheureusement, ses interprétations aussi bien au piano qu’à la guitare ne convainquent guère après les deux talents bruts précédents. On préférera donc retourner dans le froid du Grand Nord, à la recherche d’une pureté qu’on a touchée par deux fois aujourd’hui.


John Adams / Cité de la Musique / 27.03.10

Publié le 28 mars 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 3 commentaires »

Une silhouette vêtue de noir virevolte devant l’Asko/Schönberg ensemble. Cet homme à la chevelure blanche danse presque devant ses musiciens. Emporté par l’enthousiasme, il n’hésite pas à aller vers eux pour mieux les diriger. Cet homme est John Adams, compositeur de musique contemporaine. Hier avait lieu la dernière soirée de son Domaine privé à la Cité de la Musique. En dix jours, l’Américain y a joué nombre de ses oeuvres importantes pour terminer par les trois présentées hier : Son of chamber symphony, Shaker loops et Chamber symphony.

Chamber symphony et sa descendance Son of chamber symphony sont deux oeuvres exigeantes. Inspirée, d’après le compositeur, par les musiques des dessins animés que regardait son fils, la première création date de 1992. Difficile d’approche, elle est notamment reconnaissable grâce à un mouvement mettant en avant une walking bass directement héritée du jazz. L’impression qui se dégage de ce tout est qu’il découle de l’interprétation presque solitaire de chaque musicien. Chacun semble jouer une partition qui lui est propre sans véritable corrélation avec ses autres partenaires. Son of chamber symphony suit les pas de son ancêtre et en approfondi ses propos, quinze ans plus tard.

Mais la véritable perle de cette soirée était Shaker loops, oeuvre majeure dans la carrière d’Adams. Composée pour un septuor à corde, la pièce marque en 1978 le retour du compositeur à la musique tonale. Les quatre mouvements exécutés en vingt-cinq minutes, sont directement inspirée de Wavemaker une composition qui connut un échec commercial et critique plus tôt cette année-là. Basée sur des boucles et des ondes jouées par les cordes, l’oeuvre est l’une des plus jouées du courant minimaliste. Rythme et oscillations jouent un rôle majeur dans la frénésie qui se dégage de l’ensemble. Pris dans ce tourbillon musical, le spectateur n’a plus qu’à se laisser emporter et admirer cette virevoltante silhouette noire coiffée de blanc qui a composé cette merveille.


Aufgang / La Machine du Moulin Rouge / 25.03.10

Publié le 26 mars 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 5 commentaires »

Flirter avec les limites et jouer sur le fil du rasoir : c’est finalement ce qu’Aufgang sait faire de mieux. Ce trio composé de deux pianos et d’un batteur, également maitre des programmations, produit en définitive une musique en équilibre sur le bon goût. Oui, la musique d’Aufgang pourrait facilement être taxée de facilité. Ne serait-ce qu’un trio d’imposteurs remettant au goût du jour la musique de Rondò Veneziano ou de Richard Clayderman ? À tout moment les compositions du groupe peuvent basculer de l’autre côté du miroir et virer en variété instrumentale.

Et pourtant, il n’en est rien. Aufgang joue justement à bon escient de ce talent mélodique pour proposer une musique à la fois exigeante et accessible. Ce qui sauve le trio est cette omniprésente énergie, notamment sur scène, qui propulse leurs airs bien au dessus de ces interrogations.

Hier soir à la Machine du Moulin Rouge on pouvait pourtant craindre le pire. Bien loin du cadre de leur dernier concert parisien au Café de la Danse en novembre 2009, Aufgang se produisait dans cette salle bien moins intimiste et au sound system plus incertain. Avec un public debout, le groupe était condamné à le faire danser et s’y est attelé plus que de raison.

Revenant du mythique Berghain de Berlin où il se produisait la veille, le trio enchaine les dates depuis quelques jours non sans répercussion sur leur manière de jouer. Habituellement groupe de scène occasionnel, Aufgang trouve dans cette série de concerts une nouvelle vigueur. On a rarement vu les deux pianistes Rami Khalifé & Francesco Tristano communiquer autant et proposer de telles de variations à leurs arrangements. Au centre de la scène Aymeric Westrich fait le boulot à la batterie, toujours de manière aussi carrée et parfois presque austère. Difficile pourtant de trouver une autre manière d’interpréter ses parties batterie, coincées entre les boucles électroniques et les deux pianos.

Hier soir c’est même le batteur qui structurait ce set d’un peu plus d’une heure pendant lequel le trio aura déployé tout son talent. Les montées en intensité faisaient décoller la foule sans coup férir, comme pour n’importe quel bon set de DJ en club. Leur patron du label InFiné Agoria pourrait presque en être jaloux. Malgré son ADN porté sur le piano classique et jazz, Aufgang n’en oublie pas pour autant pas sa colonne vertébrale : la techno.


Tosca – Pony (no hassle versions)

Publié le 24 mars 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 2 commentaires »

L’art du remix est certainement l’un des exercices les plus casse-gueule qu’il soit. Certains s’en sont fait une spécialité à en devenir médiocres dans leurs propres productions, d’autres essayent tant bien que mal de s’y adonner. Outre un simple morceau, le remix peut aussi redonner vie à un album complet.

Depuis les années 90, les remix ou dub albums ont ainsi fleuri de toute part. Quelques exemples ont ainsi illuminé la discographie de certains artistes. En 1995 Ruby, pseudo de Lesley Rankine ancienne chanteuse de Silverfish, sortait ainsi Salt peter son premier album solo produit par Mark Walk. Si le résultat était loin d’être catastrophique, le disque restait toutefois un cran en dessous de la production electro-trip-hop-rajoutezlamentiondésirée de l’époque. Un an plus tard, patatras, il fallait revoir son avis avec la sortie d’un remix album judicieusement sous titré Revenge, the sweetest fruit. On y retrouvait quelques plus beaux noms d’alors : Peshay, Red Snapper, Monkey Mafia, Primal Scream et surtout Fila Brazilia pour une version de The whole is equal to the sum of its parts qui restera l’une des référence downtempo de la décennie.

À la même époque, Massive Attack confie les bandes de No protection à l’un des maîtres du dub : Mad Professor. Passé sous sa moulinette, le disque retrouve le pouvoir hautement hypnotique d’un groupe constamment sous l’emprise d’une herbe folle. Toujours dans l’exercice dub, en 1997 Adrian Sherwood, fondateur de l’incroyable label On-U Sound, passera Vanishing point de Primal Scream au filtre du dub. Cet album d’une richesse déjà affirmée verra son côté hallucinatoire renforcé par le traitement du sorcier du delay sur cet Echo dek.

La démonstration Ruby a donc également court 15 ans plus tard. Sorti l’année dernière, No hassle n’avait pas déchainé les passions par ses compositions plutôt passe-partout. Loin très loin des premiers albums très convaincants du duo autrichien. On espérait alors que le remix album (il est systématique chez Tosca pour chaque nouvel opus) remette du baume au coeur des fans déçus. Bien en a pris à Richard Dorfmeister et Rupert Huber puisque ce Pony (no hassle versions) est une réussite totale.

Le tempo global de l’album s’accélère pour éviter de nous endormir comme l’original. Les influences reggae pointent également le bout de leur nez sur la version de Birthday par Grant Phabao. Le remix d’Elitsa par Stevie Kotey et Robin Lee lorgne carrément du côté des clubs, tout comme celui de Joe Si Ha par Pete Herbert et Phil Mison. L’album se paye même le luxe de se terminer par une magnifique version tout en corde de Rosa par le KuK Streichquartett. Convaincante, cette version prend donc l’ascendant sur l’originale, un comble pour Dorfmeister qui avec Kruder a réalisé quelques-uns des plus beaux remixes des 90s.

  • Album disponible le 29 mars


The Album Leaf / La Maroquinerie / 19.03.10

Publié le 20 mars 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | Pas encore de commentaires »

Hors du temps et hors des modes, Jimmy LaValle creuse son sillon depuis plus de dix ans avec son projet The Album Leaf. Cette «post-pop» presque entièrement instrumentale d’une profonde richesse se décline à l’envi album après album. Son cinquième effort, A chorus of storytellers, n’y déroge pas. Pour ce disque, LaValle s’est entouré pour la première fois d’un groupe live et a mis l’accent sur les cordes.

On ressent l’influence de cette formule sur scène où le leader et ses musiciens s’entendent à merveille. Anecdote étonnante, le quatuor à corde présent sur scène, change entièrement tous les soirs  dans chaque ville. Jimmy LaValle a fait le pari d’en recruter un nouveau à chaque étape de sa tournée. On pouvait donc notamment apercevoir hier soir dans l’ensemble de cordes un violoniste vu aux côtés de Little et The Rodeo.

Le plus important est que ce pari fonctionne parfaitement. Le coeur du groupe emmené par un batteur à lunettes noires exceptionnel, jongle entre guitare, basse, violon solo, glockenspiel, machines et le si reconnaissable piano électrique de Jimmy LaValle. Soutenue par le quatuor à cordes, la musique des cinq musiciens se voit ainsi sublimée.

Toutefois, The Album Leaf possède les défauts de ses qualités. L’homogénéité totale de sa musique à travers ses différents albums se ressent parfaitement en concert. Ce qui sur disque est une qualité indéniable se transforme finalement sur scène en un enchainement de titres aux ambiances très proches. Si l’intensité de la musique ne peut être remise en cause, on a parfois l’impression d’assister à une performance en pilote automatique. Chez The Album Leaf les montagnes russes n’existent pas, Jimmy LaValle préfère l’autoroute. Et c’est lui qui conduit.


Kyrie Kristmanson – Origin of stars

Publié le 19 mars 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 8 commentaires »

Des claquements de doigts, une voix sans artifice teintée d’un grain de folie, un beat de batterie : voilà comment Song X ouvre Origin of stars, le nouvel album de Kyrie Kristmanson. Dès cette première chanson, on est hypnotisé par la Canadienne dont le chant imprévisible peut exploser à tout moment.

Dépassant les canons classiques du folk, la chanteuse n’hésite pas à puiser aussi bien du côté du jazz (Eruption) que de la classique ballade (Wicked wind) ou du chant traditionnel qu’on pourrait entonner autour d’un feu (Song for a blackwind). Et malgré ces différences de styles notables, l’ensemble reste d’une homogénéité à toute épreuve.

Un tour de force que rend possible la grâce de sa voix singulière, loin des clichés folk neurasthéniques du moment. Vingt ans à peine et sa musique sent déjà la maturité à plein nez. Les arrangements restent toujours sobres et minimalistes en faisant appel à la trompette, au piano ou la simple guitare sèche.

Désormais parisienne, l’étudiante prépare à la Sorbonne une thèse sur les trobairitz des XIIe et XIIIe siècles. Elle se permet même une chanson en Français, un hymne médiéval à Montmartre qui rendrait jalouse Amélie Poulain. Quelques mois après l’incontournable Chamber music de Ballaké Sissoko & Vincent Ségal, le label No Format frappe une nouvelle fois un grand coup. En onze chansons et seulement trente minutes, Kyrie Kristmanson met KO Iva Bittová, enfonce Sophie Hunger (de retour le 12 avril avec 1983) et nous rappelle que la Björk des 90s nous manque.


The Captain And Me : groupe Net Emergence de mars

Publié le 9 mars 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques, Internet | Pas encore de commentaires »

Le vote a été difficile ce mois-ci pour élire l’artiste Net Emergence de mars. On vous avait déjà parlé du concept en février avec l’élection de l’incroyable Dorian Wood. Ce mois-ci on change complètement d’ambiance avec les Norvégiens de The Captain And Me.

Avec les beaux jours qui reviennent, on dirait que le jury de Net Emergence a eu envie de jeter la mélancolie par les fenêtres et de faire entrer un peu de joie dans sa playlist. Avec sa « Maximalistic epic conceptual balkan country », le groupe remplit tout à fait cette mission. Maintenant, c’est à vous de jouer et de faire passer la bonne parole. Le but est de faire connaître The Captain And Me tout autour de vous !

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Agoria – Pantha Du Prince / Rex Club / 06.03.10

Publié le 7 mars 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 4 commentaires »

Agoria sait tenir un dancefloor. Tout le monde le savait déjà, mais hier soir, il l’a prouvé une nouvelle fois, tenant en haleine un Rex Club suspendu à ses potentiomètres. La soirée avait pourtant démarré très tranquillement. Olibusta en warm-up se contentait de dérouler un set efficace, mais tout en retenue. Il ne fallait pas trop faire monter la mayonnaise avant le live act de Pantha Du Prince, auteur cette année de l’album Black noise, exigeant et finalement peu dansant. Pourtant, l’Allemand caché par sa cagoule allait faire mentir tous les pronostics. Après une introduction poussive, Hendrik Weber commence à faire rugir ses machines et à lâcher les beats. La réponse est instantanée, les bras se lèvent, les cris fusent. Le Rex Club sera ainsi conquis pour une bonne heure d’un live pas toujours accessible, mais finalement diablement efficace.

Pantha Du Prince

Puis à 3 h 30 Agoria prend les choses en main. Tout de suite, le Lyonnais mise sur l’efficacité. Il se tiendra à cette ligne de conduite tout le reste de la soirée. Bien plus agressif que sur son récent Balance 016 (la soirée était organisée à l’occasion de sa sortie), Sébastien Devaud déroule un set linéaire et exemplaire. Ça tape, ça break, ça fuse, on en prend pleins les oreilles et les premiers frissons commencent à monter sur Sphérique d’Emmanuel Top. Ils ne nous quitteront plus, entretenus par quelques vieilleries telles que The Age Of Love (1990) ou le remix du Good life d’Inner City, remixé par Carl Craig (1988). Agoria confirme ainsi l’universalité de ses prestations, superbe mélange de nouveautés et de classiques incontournables. On en attendait pas moins du cofondateur du désormais très en vue label InFiné.


La Goutte d’Or 1 – VIP Room 0

Publié le 5 mars 2010 | Ecrit par | Catégories : Concerts | 5 commentaires »

Il fallait être très souple hier pour tenter ce grand écart parisien. Début de soirée à la Goutte d’Or pour assister au concert de Pilöt, puis direction le VIP Room Theater, rue de Rivoli, où avait lieu la soirée AZ / Barbara Bui avec Izia, VV Brown et P. Diddy, dans le cadre de la fashion week.

Pilöt

Malgré l’attrait de l’open-bar et la promesse d’y voir quelques modèles peu farouches, c’est contre toute attente le Centre musical Barbara de la Goutte d’Or qui a finalement remporté ce match. Encore la faute de Pilöt, l’un des tout meilleurs de cette scène parisienne qui fait plaisir à voir, aux côtés de La Féline, The Rodeo ou Lily Wood And The Prick. Malgré une prestation bien moins sauvage que celle du Point Ephémère le mois dernier (public clairsemé oblige), le groupe reste tout de même très constant dans la qualité de ses compositions et arrangements. Pour les retardataires, le quatuor sera en concert le 28 mai prochain au Nouveau Casino pour fêter la sortie de son album.

Avec une soirée si bien commencée, on imaginait qu’elle ne pouvait alors que bien se terminer au VIP Room Theater, haut lieu de la hype parisienne. Surtout pour une soirée organisée en grandes pompes par AZ, label très grand public d’Universal dirigé par l’inénarrable Valéry Zeitoun. L’arrivée tardive rue de Rivoli nous fait rater la survoltée Izia de peu (ce n’est pas comme si on l’avait vu 54 fois en concert l’année dernière) et nous laisse juste le temps de nous battre contre des happy few nourris à l’open-bar pour avoir le privilège de boire une coupette. Introduite par Ariel Wizman en flagrant délit de ménage VIP, VV Brown entre en scène, coiffée de plumes de chef indien nous rappelant l’excentricité d’une Ebony Bones quelque peu édulcorée. Il faut pourtant se rendre à l’évidence du talent de ses trois musiciens (guitare, basse, batterie) absolument irréprochables et dépositaires d’un groove qui colle parfaitement à la musique de la miss.

Ariel Wizman

Le gros problème du concert n’était finalement pas dans le son déplorable proposé par le VIP Room (le sound system du Centre musical Barbara, salle municipale, était bien meilleur), mais finalement dans cet horrible esprit VIP du lieu. Il y a d’abord ceux qui restent dehors, puis ceux qui entrent. Deuxième filtre : il y a ceux qui, comme Ophélie Winter, disposent d’un bracelet pour accéder à la mezzanine et ceux qui restent au rez-de-chaussée. Mais ce rez-de-chaussée là, c’est un peu le Bronx du VIP. Que du jeunot de bonne famille mal élevé dont le but premier et de faire des aller-retour entre la salle et le bar, ne se gênant pas pour bousculer tout le monde sur son passage ou renverser, sans y prêter aucune attention, les coupes vides posées sur une table. On y entendra même un « c’est nul ici, je me casse, je vais au Baron », de quoi vous donner une idée de l’ambiance pour ceux qui connaissent le club de l’avenue Marceau. On ne pourra que suivre ce conseil, finalement l’un des plus avisés de la soirée et laisser P. Diddy faire son show devant une population qui ne donnait simplement pas l’impression de mériter autant d’attention.

Prochain défi pour Valéry Zeitoun : organiser sa future soirée AZ à la Goutte d’Or.


Liars / Sisterworld

Publié le 2 mars 2010 | Ecrit par | Catégories : Disques | 3 commentaires »

Sisterworld débute sur une voix  douce accompagnée d’un choeur angélique avant une déflagration, une minute et quarante secondes plus tard. Ce premier titre Scissor résume finalement bien ce nouvel album de Liars : une alternance de mélodies subtiles et de rage expulsée. Sur une rythmique lourde, cordes et glockenspiel habillent No barrier fun, tandis que Here comes all the people commence sur une guitare claire, qui n’est pas sans rappeler les sons utilisés par Cure à ses tout débuts. La suite de la chanson est une superposition d’harmonies vocales et de notes légèrement dissonantes créant cette ambiance toute particulière. Drip évolue dans une atmosphère sourde et cotonneuse, les claustrophobes en seront pour leurs frais. L’esprit post-punk des débuts reprend ses droits sur Scarecrows on a killer slant. Une basse électronique accompagne une rythmique martiale et des guitares saturées.

Puis l’ambiance se calme sur I still can see an outside world où les harmonies vocales rappellent des Beatles encore plus sous acide qu’à l’époque. Mais là encore, le temps se gâte et la retenue ne manque pas d’exploser comme pour rappeler la structure de Scissor. Avec ses cinq minutes au compteur, Proud evolution pourrait presque passer pour un morceau de rock progressif au milieu de ces titres courts, au lieu de ça, l’hypnotisme du morceau ferait plutôt penser à la parfaite résurrection de Can. Drop dead continue ensuite d’explorer cette atmosphère bancale chère au groupe, puis The overachievers renoue avec un punk que les Ramones n’auraient pas renié. Goodnight everything se fait quant à elle plus douce et remplie de riffs lancinants et même conclue par des cuivres. Too much, too much fait mentir son titre en concluant cet album qui parait court malgré ses quarante-deux minutes. Là encore, le chant est mis en avant, Liars en oublie même la rythmique, le faisant évoluer sur une nappe de guitare entêtante.

Superbe effort que ce Sisterworld pour les New Yorkais de Liars. Ne capitalisant pas sur leurs albums passés, le groupe arrive à se réinventer et avancer en explorant de nouvelles pistes. L’un des plus beaux albums de rock de cet hiver finissant.