Publié le 26 février 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Disques | 27 commentaires »

Gorillaz a changé, c’est ce dont on a pu se rendre compte hier soir lors de l’écoute du nouvel album, Plastic beach, organisée par EMI avant sa sortie le 8 mars prochain. Une écoute c’est insuffisant pour se faire une idée définitive, mais c’est assez pour donner ses premières impressions. Quand on pose le casque, une fois que tout l’album a défilé, un sentiment mitigé se dégage. Oui ce nouvel album détonne dans la discographie du groupe, un pas a été franchi en terme de variété de production. Non, les featurings à foison sur ce disque, prometteurs, ne sont pas tous bons.
Après une Orchestral intro, voilà Snoop Dogg qui débarque dans l’univers du groupe en cartoon. Le beat de Welcome to the world of the plastic beach est lourd, les riffs funky fusent, on se balade dans une Californie enfumée et on s’en prend plein la gueule dès l’ouverture. Kano et Bashy prennent le relais sur White flag. Bien plus agressif ce titre marie hip-hop et sonorités orchestrales orientales. Damon Albarn montre enfin le bout de son nez sur Rhinestone eyes. Quelque peu désabusé, il use ici du talk over sur un rythme downtempo, habillé de quelques riffs de funk synthétique. Stylo, premier extrait déjà entendu sur le Net donne finalement le ton de cet album. Ce retour aux sources electro funk du hip-hop est ce qui fait la marque de fabrique de l’album. Sur ce titre Mos Def (en retrait) et l’immense Bobby Womack s’en donnent à coeur joie. Gruff Rhys de Super Furry Animal donne ensuite le change à De La Soul sur Superfast jellyfish. Couplet hip-hop, refrain pop-rock, on comprend vite qui fait quoi.
Troisième sommet de l’album après Welcome to the world of the plastic beach et Stylo, Empire ants avec les méconnus Little Dragon déroule son ambiance éthérée sur des rythmes qui se colorent une nouvelle fois d’electro funk. Le tout est intense et la chanteuse du groupe emblématique. Glitter freeze s’annonce ensuite comme l’un des importants featurings de l’album puisque Mark E Smith de The Fall y participe. On est vite dérouté, puis emporté. La rythmique est martiale, parfois bancale, les synthés sont agressifs et le chanteur n’y fait que déclamer quelques phrases. La conclusion de la chanson est plus légère et lumineuse. On respire enfin. Une rupture est marquée dans l’évolution du disque.
Nouveau sommet du côté des invités de marque, Some kind of nature avec Lou Reed déçoit. Avec ce titre on repart sur une veine plus pop et Damon Albarn accompagne le New Yorkais dans son délire. Le chanteur de Blur s’offre ensuite son quart d’heure américain, seul sur On melancholy hill (dansant et enjoué) puis Broken aux forts relents de son ancien groupe, Death of a party rode dans les parages. Quatrième sommet de l’album, Sweepstakes donne au flow de Mos Def un extraordinaire écrin. La production très électronique et sombre de cet ambitieux titre propose une progression et une superposition de trames sonores. Des beats de batterie acoustique s’ajoutent au long du morceau, on en ressort étourdi.
Immense déception, les retrouvailles des Clash survivants Mick Jones et Paul Simonon sur Plastic beach sont d’une nullité sans pareille. À trop attendre, on est forcément déçu, Gorillaz ne déroge pas à la règle. To binge marque le retour de Little Dragon, pour une ritournelle en duo avec Damon. Dernier sommet, Cloud of unknowing met en avant toute la classe de Bobby Womack seul aux manettes dans cet exercice soul orchestral. Puis l’album se referme avec un seizième titre offert à Damon, Pirate jet, qui ne propose rien d’inoubliable. Les fans du groupe vont être surpris, le son Gorillaz n’est plus le même. Une nouvelle étape vient d’être franchie, plus adulte, plus mature, plus travaillée. Il ne reste plus qu’à écouter ce disque de nouvelles fois pour se faire un avis définitif.
Publié le 24 février 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Disques | 2 commentaires »

L’art du DJ mix est délicat. Celui enregistré sur disque encore plus. Une prestation éphémère devant un public a ceci d’excitant qu’elle se cale sur le désir de la foule, sur son envie de danser et sa réceptivité à la musique proposée. Certains de ces sets enregistrés en club dans des conditions idéales ont durablement marqué l’histoire des albums mixés. L’un des plus beaux exemples de ce type est la série Mix-up éditée par Sony Japon dans les années 90. Takkyu Ishino, Ken Ishi, Fumiya Tanaka, mais surtout Derrick May et Jeff Mils avaient dynamité le genre avec leurs sets explosifs. Enregistrés en live, on y entendait notamment les cris du dancefloor à chaque break tonitruant. Le genre de disque qui donne des frissons, même après des années d’écoutes intensives.
L’exercice auquel s’attaque Agoria avec ce Balance 016 est tout autre. Il relève de la réflexion plutôt que de l’instinctivité. Ici, rien n’est dû à l’improvisation, on se trouve plutôt devant une compilation mixée. Les titres sont choisis et calés au millimètre. C’est le mental qui prime sur le physique. Le genre avait trouvé l’un de ses maitres en la personne de Richtie Hawtin. Le Canadien avait notamment produit l’un des summums du genre en 1999, Decks, EFX & 909 et dans une moindre mesure, sa suite en 2001, DE9 | Closer to the edit. En écoutant ces disques, on comprend mieux pourquoi il a participé de près à l’élaboration du logiciel Final Scratch. Bien plus récemment Joris Voorn avait franchi une nouvelle étape dans ce sens l’année dernière avec le Balance 014, un incroyable mix chirurgical en deux CDs puisant dans plus de cent titres. Un hymne à l’amour d’Ableton Live.
Le Français Agoria est pour sa part bien plus sage. Ce Balance 016, double CD également, ne s’attaque qu’à une cinquantaine de titres. Bien heureusement, beaucoup de styles y passent, toujours enchainés avec la classe et goût auxquels nous a habitués l’un des fondateurs du label InFiné. LCD Soundsystem, Jonny Greenwood, Tosca, Avril, Aphrodite’s Child, Sylvain Chauveau, Emiliana Torrini ou Aufgang ont ainsi été choisis par le DJ. Autant dire que le voyage proposé (le premier disque est sous-titré Aller retour) ne se limite pas à la seule techno à laquelle certains auraient pu s’attendre. Agoria ne réduit toutefois pas sa participation à la série Balance à un simple enchainement. L’ordre et le mix est d’une cohérence extrême et se nourrit de superbes montées telles celle proposée par l’assemblage d’Altre voci d’Agoria et de Train in Austria part 2 de Glimpse. Sans aucun doute l’un des plus beaux numéros d’équilibriste de ce début d’année.
Publié le 20 février 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Concerts | 9 commentaires »

Un escalier de fer, un couloir étroit et obscur, au fond de ce couloir une porte entrouverte d’où nous parviennent les accords d’une musique qui en ce lieu parait irréelle. Nous ne sommes pas dans l’Empire du côté obscur d’IAM, mais à la Gare aux Gorilles. Ce (rare) squat parisien est installé dans l’ancienne gare du Pont de Flandre de la Petite Ceinture. Pendant underground de la Flèche d’Or, sise dans la gare de Charonne, la Gare aux Gorilles n’est toutefois pas un repère de punks à chiens comme pouvait l’être la Miroiterie. Ici l’ambiance est plutôt celle de bobos parisiens venus s’encanailler dans un lieu où ils se sentent enfin rebelles.
C’est donc dans ce lieu improbable, précaire et insalubre que jouait la Féline hier soir. Trio parisien très apprécié depuis un peu plus d’un an, le groupe emmené par Agnès Gayraud a déjà sorti deux superbes EPs (dont l’un de remixes très inspirés) mettant en avant leur pop-folk bien pensée et arrangée. Ce concert était aussi l’occasion d’entre une flopée de nouveaux titres inédits sur disque. Si beaucoup restent dans la même veine, le groove de l’un d’entre eux donne quand même envie de remuer son popotin. Difficile toutefois dans ses conditions de livrer un concert inoubliable, mais la musique de la Féline au milieu de tapisserie vintage taguée baignant dans les odeurs de cigarettes et de feu de bois a son petit charme.
Publié le 19 février 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Concerts | 7 commentaires »

La Flèche d’Or aurait pu rester de marbre hier soir. Le public était épars pour cette soirée de lancement du nouveau magazine sur le Grand Paris, l’excellent Megalopolis (avec une interview d’Erwan de Java inside). C’était sans compter la performance hallucinante de Mister Eleganz, chanteur du groupe rennais Success.
Découvert il y a quelques mois grâce à leur concitoyenne Disso de Derrière La Fenêtre via La Blogothèque, le groupe était amusant à écouter sur MySpace, mais sans toutefois interpeler outre mesure. Ils avaient tout simplement oublié de prévenir que leur vrai lieu d’expression était la scène. Leur mélange absolument pas original de rock et d’electro trouve tout son sens une fois que le charismatique chanteur Mister Eleganz entre en scène.
Ce type est un vrai personnage de live comme on n’en fait plus. Costard et attitude maniérée, il contraste fortement avec la musique du groupe, très rentre dedans, inspiré autant par un electroclash décadent à la Fischerspooner que par l’electro-rock basique tel qu’on peut en entendre au kilomètre en ce moment. Même si les trois musiciens y mettent toute leur énergie, leur prestation reste statique. Toujours le même problème avec la musique électronique live.
Mais Success, comme Depeche Mode avec Dave Gahan, a trouvé la solution : un frontman hors du commun, capable de happer le public pourtant clairsemé hier soir. Mister Eleganz, toujours avec classe, n’hésite pas à descendre dans la fosse, grimper aux structures de la scène et finir par saluer le public en fin de concert en lui jetant ses poils de torse et de cul en guise d’offrande. La grande classe on vous dit.
Publié le 13 février 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Concerts | 11 commentaires »

La chanteuse ? Une anti Beth Ditto. Une Kate Moss qui aurait enfin du talent. Une adepte du déhanché bien placé qui tape dans l’oeil de n’importe quel mec. Une voix de caméléon qui passe par tous les registres : expirée, intense, mutine, pointue. Le groupe ? Trois musiciens brillants et inspirés. Exaltés par tout ce que le rock a sorti de bon ces dernières décennies : folk, country, punk, noise. Avec ce soupçon d’électronique qui s’intègre à l’ensemble comme on saupoudrerait une chanson de PJ Harvey de quelques sons de Death In Vegas.
Hier soir au Point Ephémère, pour fêter les cinq ans de Radio Campus Paris, il y avait le rock sympathique de General Bye Bye et le rap malicieux et parfois hilarant (mention spéciale à « T’as pas d’papa ») du Klub des 7. Pourtant, tout cela paraissait bien fade à côté de ce quatuor touche-à-tout. Avec talent, il ose le mélange des genres sans aucune vulgarité. Les rythmes ternaires d’une valse s’entrechoquent avec un son de guitare métallique qui fait ressurgir Ry Cooder. L’orgue accompagne les machines qui apportent une intensité sans nom à la matière sonore produite. La chanteuse jongle entre deux micros et joue avec l’effet de delay. Quelques cris rappellent l’Iggy Pop et le Bobby Gillespie des grandes heures.
L’ensemble est cohérent, pensé, mais aussi instinctif et viscéral. Le tout est une claque et s’appelle :Pilöt.
Publié le 11 février 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Concerts | 1 commentaire »

Ne jamais se fier aux apparences. C’est la leçon à retenir de l’incroyable Concerto pour ondes Martenot et orchestre à cordes de Marcel Landowski interprété hier soir par Pascale Rousse-Lacordaire et l’Orchestre du CRR de Boulogne-Billancourt.
Lorsqu’elle entre en scène, qui aurait pu prévoir que cette dame élégante et d’un âge respectable se transformerait quelques minutes plus tard en véritable génie du son électronique. Derrière ses ondes Martenot, la musicienne a interprété cette oeuvre classique de 1954 avec maestria.
Cet instrument de musique électronique présenté pour la première fois en 1928 est un ancêtre des synthétiseurs. Avec un son proche de la scie musicale, produit par un ruban parallèle au clavier, les ondes Martenot savent aussi façonner des fréquences analogiques assez incroyables via son clavier.
Le résultat est des plus surprenants. L’ondiste et la bonne vingtaine de musiciens, tous dirigés par le chef Alain Louvier, ont livré une prestation mélangeant musique classique moderne et tonale avec des sons électroniques sortis d’une autre dimension. Un peu comme si un orchestre jouait avec une grosse GameBoy.
Publié le 10 février 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Disques, Internet | 4 commentaires »

Enfin ! Enfin, je vous parle de cette incroyable « utopie musicale » initiée par Valoche, créateur du très bon blog B comme BoxsSons. Net Emergence part d’une idée simple et noble : faire émerger tous les mois un artiste déniché sur le Web. Pour cela le principe est simple : un jury de 12 personnes (musiciens, blogueurs, journalistes ou simples amateurs de musique) choisit un groupe parmi la liste proposée. Une fois celui-ci sélectionné, chacun doit relayer l’information pour faire connaître l’artiste au plus grand nombre. J’ai l’honneur de faire partie du jury depuis la création du projet il y a trois mois et la honte de n’en parler enfin sur ce blog qu’aujourd’hui !
Ça aurait été un crime de passer sous silence le talent de Dorian Wood. Ce Californien auteur d’un premier album paru en 2007, Bolka, et d’un EP en 2009, Black pig suite, compose une pop qu’on pourrait qualifier tout simplement de parfaite. Avec peu de moyens, Dorian Wood a réussi à réunir sur ces quatre chansons une ribambelle de musiciens et d’instruments : trompettes, accordéons, choristes ou contrebasses. Navigant entre les relents déglingués de Tom Waits et la voix de Michael Stipe, Dorian Wood est une vraie belle découverte. Il ne lui reste plus qu’à compter sur son talent pour attirer le public qu’il mérite. Ou toucher du bois.
Publié le 9 février 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Disques | 4 commentaires »

En ces temps agités de crise du disque, certains artistes ou labels n’hésitent pas à tenter l’innovation. C’est souvent le meilleur moment pour trouver de nouvelles solutions de commercialisation de la musique, comme le soutien Emmanuel Torregano dans son livre d’entretiens Vive la crise du disque. C’est également concrètement le cas de Domenico Curcio, un pianiste belge qui depuis plusieurs mois a mis sur pied son album Piano solo. Désormais enregistré et disponible, l’album a suivi une longue gestation très intéressante dans sa démarche.
Dès l’année dernière, Domenico Curcio commence à faire parler de lui en proposant chaque semaine une vidéo de lui interprétant un nouveau titre de son album. Il dévoile ainsi comme cela son disque au fur et à mesure et mise sur la fidélité de son auditoire. Mais c’est une autre idée qui fera beaucoup parler de lui : son concept de concert à domicile en direct. Le pianiste se déplace ainsi gratuitement chez vous gratuitement (seuls le logement et le voyage sont à vos frais). En invitant ses amis et en les faisant participer à ces frais, on obtient ainsi un concert intimiste par un pianiste talentueux pour un prix dérisoire et très éloigné des tarifs des concerts actuels.
Depuis le mois dernier, l’album de Domenico Curcio est enfin disponible. Là encore, son mode de distribution est original. Le prix du téléchargement est à la discrétion de l’internaute, le montant est libre. Le CD au packaging soigné est en revanche vendu 15 euros, dont 2 euros iront directement dans la poche de l’Unicef. Le comble dans tout ça, c’est que cet album est très bon. Les dix huit titres sont d’une cohérence parfaite et rappellent au grès de leurs notes aussi bien Erik Satie, que Keith Jarret ou encore Harrold Budd, mais avec une influence romantique très présente. En plus d’être sympathique, Domenico Curcio est talentueux et imaginatif. Ce serait dommage de ne pas aller à sa rencontre.
Publié le 6 février 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Disques | 5 commentaires »

Difficile d’arriver après la tempête. Que dire d’un tel album alors que tout a été très justement dit bien avant ? Que faire d’un disque qui obsède autant une platine ? Comment arriver à décrocher d’un tel album ? Difficile à dire quand on entend de quelle manière Kieran Hebden a produit There is a love in you. Touche-à-tout de génie, le guitariste de Fridge (son groupe à la discographie en pointillé) survole les styles sans aucun complexe. Mieux encore, il se permet non pas de les juxtaposer, mais de dépasser ce genre de collage grossier commun à beaucoup de groupes qui tentent le cross over. En résulte des titres d’une finesse extrême, navigant entre l’ambient, le folk, le jazz, le trip-hop ou l’electronica.
La presse britannique s’était même risquée il y a quelques années à inventer le mot folktronica pour qualifier le style de Pause, son second album. Rien n’y fera, même ce néologisme sera de trop pour parler de cette « intelligent dance music ». Énumérer ces genres ne rime finalement à rien, pour décrire la musique de Four Tet. Il vaut mieux parler ici d’émotions, car ce sont bien elles qui guide l’écoute de There is in love in you. Angel echoes nous donne l’impression d’être pris dans un tourbillon vocal. Les neuf minutes de Love cry et sa rythmique jazz hypnotisent par son hédonisme. Circling incite à l’introspection, tandis que Sing et son gimmick entêtant donnent envie de danser. Les arpèges de This unfolds nous plongent dans une léthargie régénérante et Revesing nous englobe dans une ouate confortable et onirique. Puis Plastic people nous en réveille et She just likes to fight conclue l’album en nous donnant un incroyable espoir en la vie.
Parfois, écrire permet d’évacuer une obsession et de passer à autre chose. Rien n’est moins sûr avec ce disque.
Publié le 5 février 2010 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Concerts | 4 commentaires »

C’est acquis, Benjamin Biolay est enfin reconnu à sa juste valeur grâce à
La superbe, son dernier double album désormais disque d’or (50 000 exemplaires vendus). Laché par EMI, recueilli par Naïve une fois ses nouvelles chansons enregistrées, le Lyonnais est aujourd’hui sur les routes de France pour une trentaine de dates. Hier soir avait lieu sa première parisienne au Casino de Paris. Bien plus à l’aise en studio que sur scène, on l’avait pourtant découvert presque confiant il y a un peu plus de deux ans à
la Cigale lors de la tournée de Trash yéyé. Tics de rappeurs (sa grande passion musicale), mais encore timide lorsqu’il jouait de la trompette, Biolay y avait pourtant démontré l’étendue de son talent lorsqu’il s’agissait d’adapter ses chansons luxuriantes à une formation scénique réduite.
Hier soir, c’est à une véritable métamorphose que l’on a assisté. Oubliés les polos et les figurines taille réelle de basketteur NBA (son autre passion). C’est dans un costume entièrement noir qu’il s’est présenté avec ses musiciens : bassiste, batteur, guitariste, harpiste/violoncelliste et un dernier homme à tout faire, clavier/theremin/machines/xylophone. L’ensemble du groupe proposait un niveau technique assez incroyable avec toujours la même dextérité à interpréter les versions adaptées pour la scène. L’autre métamorphose avait également eu lieu dans le public, incroyablement rajeuni. Biolay est désormais aussi l’idole des jeunes filles de 18 ans qui connaissent son répertoire par coeur. Une ferveur qui donne une ambiance encore jamais vue à ses concerts jusqu’alors.
Seul bémol, le chant du principal intéressé reste en de rares moments son point faible. Cela se ressent notamment sur les chansons faisant la part belle au talk-over. Biolay s’y risque à presque rapper, pour un résultat peu concluant (comme sur
Assez parlé de toi).Pourtant, le reste du concert est irréprochable : deux heures de musique, dont trois rappels, balayant surtout ses deux derniers albums. La superbe est le grand gagnant, en plus de la chanson titre :
Padam, 15 septembre, Ton héritage, Si tu suis mon regard et
Prenons le large (qui sonnent presque comme du New Order sur scène),
Lyon presqu’île ou encore
Night shop.
De Trash yéyé, Biolay en tirera Bien avant, Dans la Merco Benz et Qu’est ce que ça peut faire. Une épique version d’A l’origine trouvera toutefois sa place dans le concert lui permettant de se lâcher comme jamais, à genoux sur scène, hurlant dans le micro. Quelques clins d’oeil viendront pimenter la setlist : Nuage noir issu de la BO de Clara et moi (la chanson que Françoise Hardy préfère de lui), Les séparés (écrite pour Julien Clerc), Négatif et Les cerfs volants de son tout premier album Rose Kennedy. Mais tout cela n’était finalement rien par rapport à la conclusion où Biolay nous gratifiera d’un inespéré Brandt rhapsodie en duo avec son incroyable harpiste. Une dernière claque avant de rafler le gros lot du Casino.