Laurent Garnier – Inventaire avant disparition / Auditorium du Louvre / 12.12.09
Publié le 13 décembre 2009 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Concerts | Pas encore de commentaires »Hier soir Laurent Garnier rejouait à l’Auditorium du Louvre son Inventaire avant disparition, cinémix déjà produit en 2003 au Palais de Tokyo. Sous l’impulsion d’Umberto Eco, invité d’honneur du Louvre cette année, le DJ et producteur français sonorisait les images tournées par les équipes du mécène Albert Kahn à travers le monde. Images qui avaient comme mission de filmer « des aspects, des pratiques et des modes de l’activité humaine dont la disparition fatale n’est plus qu’une question de temps ».
Une heure et quart d’images, sélectionnées par Philippe-Alain Michaud et Pascale Raynaud de l’Auditorium du Louvre, allant du départ de pécheurs du Havre en direction de Terre-Neuve, au Cambodge, en passant par l’Éthiopie, l’Algérie, l’Inde, l’Autriche ou Marseille : voilà ce que devait sonoriser Laurent Garnier pour cette création. Ces films, tous muets et en noir et blanc, sont issus des Archives de la Planète, projet pharaonique des années dix et vingt, initié par Albert Kahn banquier philanthrope français.
Ce projet noble nait d’un voyage de l’homme d’affaires et de son chauffeur Alfred Dutertre effectué entre 1908 et 1909. Ce dernier est également un opérateur formé chez Pathé et équipé d’une caméra de cette même société. De ce périple « autour du monde » ils en ramènent trois mille plaques stéréoscopiques et deux mille mètres de pellicule. De retour en France plusieurs scientifiques le conseillent et l’encouragent à « mettre au point un programme systématique d’enregistrement photographique et cinématographique à travers le monde entier et centraliser et organiser les données recueillies ». Le manque de rigueur des opérateurs envoyés dans plus de cinquante pays à travers le monde et surtout le manque de moyen auront raison de cette entreprise humaniste. Il en restera toutefois un patrimoine précieux : cent soixante mille mètres de films, quatre mille plaques stéréoscopiques et soixante-douze mille photographies autochromes sur verre.
Le travail d’Albert Kahn n’est finalement pas si éloigné de celui de certains DJ, Laurent Garnier en tête. Avec plus de cinquante-cinq mille vinyles dans sa collection, il archive à sa façon un pan de l’humanité. Le classement de ses disques par ville de production rapproche encore un peu plus le métier de Garnier du projet de Kahn. On imagine encore plus facilement la difficulté à choisir le bon son pour la bonne scène, chacune d’entre elles étant illustrée par un morceau particulier.
C’est là que Laurent Garnier surprend ceux qui pensaient qu’il n’était qu’un DJ de techno. Ici on navigue entre Tino Rossi, Boards Of Canada, Enrico Macias, Frank Zappa, Jacky Terrasson, Virgin Prunes, Pink Floyd ou encore Charles Trenet. La sélection est éclectique, colle parfaitement aux images et rattrape parfois leur réalisation très basique et ennuyeuse. Difficile de captiver les spectateurs avec un panoramique de paysage exotique, la musique compensait ainsi cette exigeante sélection issue des Archives de la Planète.
- Laurent Garnier sera ce soir au Rex Club pour une session «all night long» immanquable par les petits chanceux qui ne travaillent pas demain.
- Toutes les images des Archives de la Planète sont visibles au Musée Albert Kahn de Boulogne-Billancourt.
- Les Duos éphémères du Louvre donneront l’année prochaine carte blanche à Camille.
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