Toute musique qui ne peint rien n'est que du bruit.

Massive Attack / Heligoland

Publié le 10 décembre 2009 | Ecrit par | Catégories : Disques | 17 commentaires »

Massive Attack peut-il se réinventer après plus de vingt ans de carrière ? L’ancien Wild Bunch peut-il être encore musicalement pertinent ? Heligoland, dans les bacs le 8 février prochain, nous donne la réponse. Surprenante.

L’air de rien, Massive Attack sera finalement devenue une vraie institution. Ce groupe, qui apporta ce son trip-hop si particulier dès le début des 90s, est voué aux gémonies par certains (le pillage en règle de Be thankful for what you got sur le premier album Blue lines de 1991) ou adulé par d’autres pour avoir réalisé le crossover parfait entre dub, hip-hop et rock (le climax Mezzanine en 1998).

Wild Bunch à ses début, le collectif a vu passer en son sein, l’un des plus beaux castings de la scène anglaise : Nellee Hooper (qui fondera ensuite Soul II Soul et finira par produire l’immense Debut de Björk), Tricky (auteur de Maxinquaye, le plus bel album de trip-hop à ce jour), les chanteuses Shara Nelson, Nicolette, Tracey Thorn (d’Everything But The Girl), Elizabeth Frazer (des Cocteau Twins), Sinéad O’Connor et l’indispensable chanteur de reggae à la voix de falsetto Horace Andy. On arrête là ?

La carrière de Massive Attack est riche et puise dans tous les courants musicaux, fidèle à la philosophie sound system du Bunch originel. Blue lines faisait sauter les premières barrières entre styles en gardant un cap soul/reggae et mettant déjà en lumière quelques chefs-d’oeuvre du groupe (Safe from harm, One love, Five man army et le beau à pleurer Unfished sympathy). Trois ans plus tard, Protection se tournait bien plus vers l’électronique, notamment grâce au retour de Nellee Hooper aux manettes, mais restait équilibré par les superbes pièces instrumentales arrangées par Craig Armstrong (Heat miser, Weather storm).

Mezzanine sera le grand tournant. Sorti en 1998, à l’apogée du style, l’album abordera la facette la plus sombre du groupe. Toutes guitares en avant, il fera exploser le groupe aux yeux du grand public (passages radio et synchro d’émission télé à outrance pour Teardrop). C’est aussi à cette époque que la formation se révèle enfin sur scène, accompagnée de musiciens et de projections vidéo exceptionnels. Massive Attack n’en sortira malheureusement pas indemne : Andrew « Mushroom » Vowles, âme soul et R’n’B, préférera jeter l’éponge, ne se reconnaissant plus du tout dans cette musique.

C’est finalement Robert « 3D » Del Naja, qui se retrouvera seul membre du groupe à la production du quatrième album 100th window (Grant « Daddy G » Marshall ayant pris congé temporaire pour élever sa famille). L’opus ne manquera de faire parler de lui tant il se coupe d’un pan entier de ce qu’avait offert Massive Attack jusquà présent. Accompagné de Neil Davidge (déjà architecte sonore de Mezzanine), 3D façonne un son très tourné vers l’electronica. Bon album dans l’absolu, il n’atteindra toutefois jamais les sommets artistiques de ses prédécesseurs.

Tout ça pour en arriver où ? Au milieu de la Mer du Nord, en plein archipel de Heligoland au large de l’Allemagne. Drôle de choix pour un album qui signe une vraie renaissance du groupe. Bien moins torturé que son prédécesseur, cet album renoue avec la tradition d’ouverture musicale portée depuis toujours par le groupe. C’est Tunde Adebimpe de TV On The Radio qui a la lourde tâche d’ouvrir l’album par Pray for rain, qui était déjà le meilleur morceau de l’EP Splitting the atom. Puis Massive Attack réalise le transfert de l’année en se payant les services de Martina Topley-Bird, voix enchanteresse du Maxinquaye de Tricky : Babel propose une ambiance tendue au rythme épileptique. Splitting the atom ravira ensuite les très vieux fans par son groove nonchalant : couplets par 3D et Daddy G, refrain par Horace Andy, le coeur du groupe est là.

On retrouve Horace Andy dans un registre très différent sur Girl I love you. Intense, le titre marque le grand retour d’arrangements luxuriants, ici à base de cuivres venant souligner la noirceur du morceau. Martina fait à nouveau entendre sa voix dans Psyche, boucle entêtante et dépouillée de partie rythmique. Une version très éloignée du remix «Flash treatment» de l’EP Splitting the atom. L’electronica est l’inspiration première de Flat of the blade chantée par le mancunien Guy Garvey du groupe Elbow. Soutenu ensuite par quelques arrangements orchestraux, il fera forcément penser à ce que Radiohead réalise depuis quelques années.

Et tout à coup la voix de Hope Sandoval se fait entendre sur Paradise circus, l’un des deux sommets de l’album. Ultra sensuelle, l’ancienne chanteuse de Mazzy Star illumine le disque comme elle l’avait fait à l’époque avec Asleep from day sur le Surrender des Chemical Brothers. Groove lancinant, touches discrètes de cordes et piano, ce titre sera le premier single de l’album, porté par un clip très coquin comme en témoigne l’extrait ci-dessus. 3D se la joue ensuite solo sur un honorable Rush minute, suivi par Saturday come slow chantée par Damon Albarn. Très attendu mais pas forcément convaincant, le titre est un véritable écho à What your soul sings, chantée par Sinéad O’Connor sur 100th window.

Puis l’album se clôt sur Atlas air. Originellement nommée Marrakhech pendant la tournée (certainement pour éviter la fuite d’infos), la chanson interprétée par un 3D à son sommet avait déjà séduit lors du concert de Massive Attack au Zénith. Jouée en rappel au milieu de Unfinished sympathy et Karmacoma, elle y tenait parfaitement son rang. Orgue entêtant,  double beat, percussions, basse travaillée, électronique explosive, tout est absolument réuni pour faire de ce titre un classique du groupe.

« Massive Attack peut-il être encore musicalement pertinent ? » Avec Heligoland la réponse est claire : oui. Ce cinquième album possède déjà tout pour être l’un des meilleurs de l’année 2010. Le trip-hop n’est pas mort, deux gars de Bristol viennent de le ressusciter.


17 commentaires pour “Massive Attack / Heligoland”

  1. 1 Les tweets qui mentionnent Massive Attack / Heligoland -- Topsy.com a dit le 10 décembre 2009 à 10:53 :

    [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Nicolinux, JeanSébastien Zanchi. JeanSébastien Zanchi a dit: Le LOL tweet report de Rammstein à Bercy (http://bit.ly/5wJjgV) et Heligoland de Massive Attack (http://bit.ly/5E8qHx). [...]

  2. 2 Benjamin F a dit le 10 décembre 2009 à 11:30 :

    Disons qu’on est d’accord sur le début et que le fait que tu viennes dire que tu adores la chanson avec Hope Sandoval gâche un peu la dynamique. En tout cas tu as une approche beaucoup plus global que moi, je n’ai quasiment pas parlé de la carrière du groupe, et ta chronique est vraiment super complète. En fait je pense que tu maîtrises le sujet un chouia plus que moi.

    Bon j’ai rajouté le backlink of course, et je file me délecter de ton live report de Rammstein !

  3. 3 Jean-Sébastien Zanchi a dit le 10 décembre 2009 à 11:35 :

    Ouais je suis un très vieux fan du groupe. :)

  4. 4 Cerbere a dit le 12 janvier 2010 à 18:25 :

    En attente de lecture….

  5. 5 tim a dit le 17 janvier 2010 à 20:05 :

    Petite rectification: L’ile du Nord ouest de l’Allemagne se nomme HELGOLAND et non HELIGOLAND. Il faudra donc chercher l’origine du nom de cet album ailleurs :)

  6. 6 Jean-Sébastien Zanchi a dit le 17 janvier 2010 à 20:38 :

    En allemand, en effet tim, mais en français, on dit bien Heligoland.

  7. 7 Papchip a dit le 20 janvier 2010 à 16:19 :

    Très bon papier, merci. ça promet.

  8. 8 Fan69 a dit le 23 janvier 2010 à 19:34 :

    En accord avec le papier ci dessus….
    Je l’écoute en boucle depuis hier et je dois dire que question revival, les gars de Bristol en connaissent un rayon!
    Album à recommander sans hésitation pour Paradise Circus, Altlas Air et Pary for Rain qui restera un monument.
    Bonne écoute!

  9. 9 jejravage a dit le 4 février 2010 à 19:53 :

    Après 2 écoutes, je suis pas aussi emballé…C’est du massive attack, donc c’est de la bonne zic mais…Malgré quelques morceaux qui sortent un peu du lot, on est tout de même loin de leurs chef d’œuvre précédents. Il faut dire que perso je kiffe totalement à chaque écoute de 100thWindows qui pour moi est une véritable tuerie dans le style. Alors ce petit dernier me parait un peu léger du coup!
    Mais si vous aimez M.A achetez cet album, il ne vous fera pas décollé au ciel, mais vous l’écouterez avec un certain plaisir…

  10. 10 Massive Attack – Heligoland (2010) | La Quenelle Culturelle a dit le 8 février 2010 à 12:11 :

    [...] chroniques: P.Society – Gook Karma – Chroniques [...]

  11. 11 Lenox a dit le 9 février 2010 à 08:55 :

    Massive Attack est vraiment un groupe exceptionnel et il le démontre encore grâce à ce nouvel album tout à fait excellent. J’adore et j’en redemande encore ^^

    J’apprécie particulièrement : Saturday Come Slow, proche du thème d’Everywhen si je ne me trompe pas, elle a quelque chose de magique, impossible à définir, bref, c’est du Massive Attack.

  12. 12 Lenox a dit le 9 février 2010 à 09:02 :

    Autant pour moi, c’est What Your Soul Sings et non pas Everywhen, merci de corriger mon billet ! En plus j’avais mal lu le papier, c’est précisé dedans…la honte…-_- »

  13. 13 benoit a dit le 12 février 2010 à 11:44 :

    je partage pas trop ton avis. Je pense que Massive n’a pas su se renouveler. Y’a dix ans cet album aura sans douté été un peu plus pertinent, mais voilà, la musique évolue très vite… et puis globalement c’est assez mou. Tu n’as pas les titres qui emportent tout comme sur Blue Lines Mezzanine ou Protection.

  14. 14 seabass a dit le 14 février 2010 à 14:11 :

    emballé des les 1eres secondes, psyché tourne en boucle depuis ce matin, dire que la musique evolue certes mais massive fait du massive , je veux pas qu ils fassent autre chose pour etre plus commercial, album genial dans la lignée des autres …

  15. 15 The ?uestion Mark a dit le 12 mars 2010 à 02:11 :

    J’avoue que je ne comprends pas certains avis : « Massive n’a pas su se renouveler », « Massive fait du Massive », etc… J’ai même lu quelque part que cet album rappelait Mezzanine !
    Personnellement, j’ai du mal à voir le lien entre Heligoland et ses prédécesseurs. Chaque album du groupe est différent des autres et possède sa propre identité, mais là j’ai presque l’impression d’entendre un autre groupe tellement cet album est à des années-lumière de tout ce qu’ils ont pu faire auparavant ! Tous les éléments caractéristiques du son du groupe, de Blue Lines à 100th Window, ont été balayés pour faire place à une musique radicalement différente.
    Cette impression est renforcée par la multiplication des featurings, et donc le peu de présence vocale de 3D et Daddy G : 2 titres pour l’un, 1 seul pour l’autre, c’est un peu léger pour les chanteurs titulaires du groupe !
    Je n’ai pas encore le recul nécessaire pour juger de la qualité de cette nouvelle orientation musicale, mais en tout cas, bravo à eux d’avoir eu les cojones de se remettre à ce point en question, surtout après une absence aussi longue…

  16. 16 zeisner a dit le 30 mars 2010 à 19:33 :

    A lire tous ces avis et opinons: on peut donner son avis c’est bien, pour ma part j’ai perdu du temps à vérifier tel ou tels dire et au bout du compte je me demande vraiment à quoi ça sert de les lire (y compris l’article de base)…par exemple celui qui corrige en disant que Heligoland c’est bien l’ile au n-o de l’allemagne en français aurait mieux fait de vérifier comment se dit l’ile en anglais (mettez vous a la place des gars de massive attack) pour le coup c’est Heligoland.
    j’en profite aussi pour conseiller d’écouter le 3è album de portishead de 2008 qui je pense à influencé pas mal d’orientations récentes, compter aussi avec de 2007 oblivion with bells de underworld (c’est juste mon avis) comme celui-ci et sound of the univers de depeche mode . La nouveauté dans ces 4 albums récents de british c’est qu’on ne garde prèsque aucun son identique du début à la fin, l’atténuation de l’importance aigus eu basses pércussive, et la vie dans le son même donne des univers complets aux albums, renouvellement l’idée même d’album.
    c’est vraiment fabuleux, la musique à de quoi se renouveller pour des siècles encore…

  17. 17 zeisner a dit le 30 mars 2010 à 19:58 :

    Helgoland est probablement le premier cas historique d’action humanitaire mais aussi d’escroquerie par la philatélie.
    Durant l’hiver 1878 – 1879, l’île eut à subir de sévères inondations et le gouvernement était à la recherche de fonds pour réparer les dégats.
    Julius Goldner, marchand de timbres de Hambourg, persuada le responsable local de la Poste de faire réimprimer à Berlin les timbres périmés libellés en monnaie de Hambourg et de les vendre comme timbres de collection. Le succès fut immense notamment auprès des touristes britanniques d’autant que la reine Victoria était à l’époque très populaire.
    Toutefois très vite, l’intention humanitaire céda le pas à des motivations beaucoup plus mercantiles et frauduleuses. La réimpression de timbres de Helgoland devint une véritable industrie sans aucun contrôle qui ne cessa que vers 1895. En tout, environ trois millions de timbres non officiels marqués Heligoland ont été produits.


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