Benjamin Biolay / La superbe
Publié le 24 octobre 2009 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Chanson française, Chroniques, Disques | 46 commentaires »Benjamin Biolay vient de briser la malédiction qui le poursuivait. Avec La superbe, il est enfin reconnu à sa juste valeur au sein d’une chanson française amorphe et convenue. 
Depuis son premier album, Biolay a toujours été un surdoué au sein d’un style musical médiocre et dominé par des imposteurs. Depuis plusieurs années, peu d’artistes français rivalisaient vraiment avec les grands noms de la traditionnelle chanson, des années 60 à 70. Une époque où la variété n’était pas un gros mot et restait encore un travail d’artisan. C’est justement ce qu’est Biolay.
Multi-instumentiste, auteur, compositeur, arrangeur, interprète, réalisateur musical : le Caladois fait tout lui-même, entouré seulement de quelques musiciens et d’un ingénieur du son. Un artisanat qui a le mérite d’éviter la dispersion de l’inspiration et de favoriser sa concentration. Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce monumental double album : une inspiration qui touche au plus près de notre émotion. Il y a à peine plus de deux ans, Biolay avait déjà sorti un album majeur, Trash yéyé, marqué par sa rupture d’avec Chiara Mastroianni. Véritable bouée de sauvetage lancée à la mer, ce disque avait permis à ceux dans le même cas de garder la tête hors de l’eau. Deux ans plus tard, c’est à nouveau la rupture qui est au centre de la plupart de ces vingt-deux chansons. Comme si celle-ci déterminait et conditionnait d’abord ce que l’on est, en attendant le prochain amour.
Pour La superbe, l’auteur a certainement écrit ses plus beaux textes. Il se livre enfin entièrement, allant même jusqu’à une impudeur inhabituelle. Réputé pour être très timide (certains disent toutefois qu’il en joue), Biolay la joue ici franco. Les mots sont parfois crus et choquent d’autant plus notre pudeur. Il plaint sa solitude (« Trop longtemps, cent fois trop longtemps que je suis tout seul » dans Si tu suis mon regard), regrette (« Raté de de peu, d’un détail, d’un cheveu, d’un mot, d’une syllabe ou deux » dans Raté), s’aveugle (« J’ai même pas vu que t’étais rien, que tu étais morte de chagrin, que tu étais seule comme un vieux chien, que tu faisais la gueule dans ton coin » dans Tout ça me tourmente), jalouse (« Jaloux du moindre pédé, du moindre cheval que tu montrais, bébé j’avais trop mal » dans Jaloux de tout) et subit (« Je ne sais pas comment te le dire dans les yeux, mais dès que je te croise il y a dans mon coeur comme un pieu. Je ne sais pas comment font les gens heureux, dans leur période rose, dans leur période bleue » dans Reviens mon amour).
Le vrai et incroyable sommet de l’album reste Brandt rhapsodie. Ce duo écrit et interprété avec Jeanne Cherhal aborde l’ultra rabâché thème du quotidien du couple. Habituellement parfait sujet lorsque l’on n’a plus rien à dire, cet éternel mystère de la relation homme/femme pris ici à bras le corps par les deux chanteurs met tout simplement par terre ce qu’il restait de l’infâme chanson française, immuablement sympa et futile. Par le biais d’un échange via post-it collés sur un frigo on se mue en voyeurs, on assiste à la naissance, l’euphorie, les doutes, la routine, la déliquescence et la fin d’un couple. N’importe qui passé par là se prendra cette chanson en pleine gueule, tel un écho à sa propre expérience.
Deux disques, vingt-deux titres, une heure quarante, cette oeuvre s’érige comme l’un des nouveaux monuments de la chanson. Riche, juste, impudique, La superbe est tout simplement l’un des plus beaux albums français depuis des lustres.

Merci !
Chanson téléchargée, places réservées.
Superbe :)
Superbe! J’aime ce que fait Biolay.
Je te conseille un groupe suédois Indie-Pop si tu ne connais pas encore, à savoir Miike Snow, que tu peux écouter sur mon site.
Joli titre mais c’est un plagiat total de « The teachers are afraid of the pupils » de Morrissey.
Rien ne vaut le titre original…
Mouais, Biolay reste fidèle à lui-même je dirais, ce titre ressemble beaucoup à ce qu’il a déjà fait. Si vous ecoutez « Boite à Musique » de son album negatif, vers 2:05, vous vous rendrez compte que l’orchestration en est très proche…
Peu importe, ça reste très bon…
Bonne ecoute !
…le titre Negatif du même nom pardon, petit decalage des morceaux…^^
On ne peut pas appeler ça du plagiat mon cher thefirstofthegang mais tout simplement une inspiration les accords ne sont pas similaires.Quand a la musique on ne change pas une équipe qui gagne c’est du Biolay tout craché.
Tout est dans le titre, mais en tant que grand fan du monsieur, ce morceau date déjà d’ un p’tit bout de temps… « d’ un temps où le temps d’ un instant, cette mélodie m’ a envouté !!! Bravo l’ artiste etsi dieu me le permet, je serai là le 19/10 et là au casino de Paris.
http://www.dailymotion.com/rel.....shortfilms
Quel talent, y’a quand même pas beaucoup de français à pouvoir s’aligner…
Suis vraiment inconditionnel.
à voir en live ou BB perds toute la dimension hautaine qu’on peut imaginer sur ses albums…
Juste, petite rectification à propos du prétendu plagiat de Biolay. Morrissey détourne pour sa chanson “The teachers are afraid of the pupils”, les premières notes du 1er mouvement de la 5eme symphonie de Chostakovitch. Disons que pour Morrissey, on peu peut-être discuter de cette reprise, pour Biolay, c’est peut-être inconscient.
Biolay envoie en l’air toute la chanson française en alternant ou en mélangeant des violons grinçants, des explosions de cuivres, un piano intime, de la pop dissipée de jazz et d’électro, le débit du hip-hop, un slam à deux voix
Petite précision qui s’ajoute à celle d’e-bow, je vous invite à redécouvir pour certain le morceau suivant: http://www.dailymotion.com/vid.....shortfilms
J’avais beaucoup aimé cette version, et je voulais faire partager !
JS,
juste pour te dire que c’est en te lisant que jme suis décidé à écouté l’album qui traine depuis des semaines sur mon bureau,e t quelle surprise. Moi qui ej supporte pas Biolay j’ai vraiment ADORE cet album !
Ça me fait plaisir d’être arrivé à faire changer d’avis quelqu’un à propos de Biolay. Surtout toi. :)
Je suis fan, je n’écoute que ça depuis trois jours :)
Rien écouté d’autre depuis lundi !
brisé la malédiction c’est exactement ça, et cassé aussi son image de poseur,
paradoxalement avec son disque le plus ambitieux, pas seulement parce que c’est un double, l’ambition déborde dès les premières notes, et on suit, jusqu’au bout :-)
chapeau, et belle chronique JS
Merci arbobo ! Même s’il garde sur ce disque encore quelques réflexes typiquement germano-pratins (qui m’énervent aussi), je suis content de voir que son image évolue et que des gens qui n’y seraient jamais venus aiment désormais sa musique. Comme quoi, les œillères ne servent à rien ! :)
Bon sang JS, tu as marqué un point,
j’ai écouté en entier, d’une traite sans même trouver ça chiant… :)
Bon les gens, c’est bon j’ai compris la blague, arrêtez de vous foutre de ma gueule maintenant. ;)
Ton « 10″ me l’a fait écouter ce week-end, mais cette critique me donne vraiment envie d’approfondir. A la première écoute, j’ai presque trouvé ça trop riche et trop ambitieux, lol. Définitivement le genre d’album qu’il faut du temps à ingurgiter. Bon je m’y colle ce soir avec le Limes ;)
Belle critique très fluide par ailleurs :p
Je n’avais jamais écouté Biolay. Et bien maintenant je sais pourquoi, c’est chiant et pompeux. Une voix sans charisme, des paroles de pseudo intellectuel parisien, une orchestration grandiloquente avec ce final jazz qui se veux enlevé sur le morceau la superbe.
Bref, je passe mon chemin et retourne écouter de la vraie musique, mais il est vrai qu’en France, on aime le texte et peu la musique, à l’image de notre cinéma verbeux qui a oublié la magie de l’image.
Je dois avouer que je ne suis pas fan de la soit disant nouvelle génération de la chanson française; je me suis mis à écouter le nouvel album de BB par curiosité, après l’éloge qu’on lui a fait à peu près partout. Je dois dire que j’étais très agréablement surpris; il y’a des morceaux que je qualifierais tout simplement de petits bijoux: la superbe, padam, tu es mon amour, brandt rhapsodie, tout ça me tourmente, et d’autres. Je ne m’imaginais pas un jour écouter du BB mais là je n’écoute que ça depuis deux jours! il faut dire qu’il a réalisé avec brio une alchimie entre les textes et les mélodies. Celles-ci sont très bien travaillées d’autant plus que les textes reflètent l’âme d’un homme blessé; blessé par les coups de la vie tout simplement. Franchement bravo.
Grâce à ton site que j’avais vu fin juillet, que le single La Superbe était téléchargeable gratuitement. L’attente fut longue jusqu’au 19 octobre ! Mais elle valait le coup !
Quel album, qui ne me fera pas néanmoins oublier Trash Yéyé, A l’origine et les autres…
Magnifique Biolay mais il n’est pas le seul artiste à sortir la chanson française de la léthargie car s’il y en a bien un à changer la donne c’est bien Arnaud Fleurent-Didier! Il a marqué 2009 avec son France Culture mais 2010 lui appartiendra avec la sortie de son deuxième album La Reproduction. Moins verbeux que Biolay et des arrangements à tomber par terre! Son LP Portrait Du Jeune Homme En Artiste est un chef d’œuvre!
salut jean seb
un bail que je suis pas passé par ici !
énorme cet album de benjamin biolay
pour être taquin : entre bashung/ foreigner /fontaine/murat / yves régnier/alain delon en passant par gainsbourg : quelle aventure.
c’est ma vision de cyclope sans œillère
la bise
Non mais si toi aussi tu te mets à aimer Biolay, ça va plus. :)
Dansd la vie j’ai deux amour benjamin et biolay.
plus sérieux j’en profite pour te dire que mueros , une formation niçoise passe par la capitale le 14 novembre au Yono.
si t’as rien d’autre de mieux à écouter ce soir là et que tu veux tester la résistance de tes nouveaux bouchons antibruit devant cette formation rock noisy expé alter très rentre dedans et intimiste à la fois je te conseille de faire un tour pour les écouter….
aplus
http://www.myspace.com/muerosmusic
Cool, c’est noté !
Allez hop, j’y vais moi aussi de ma petite chronique critique :
http://davidbenard.free.fr/ind.....a-superbe/
[...] >> A lire également, la critique de JS sur Good Karma [...]
[...] Lire la suite… [...]
[...] Romink : Conquis, comme tombé sous les charmes de La superbe. Un disque d’hiver, enivrant, enveloppant et compact à la fois malgré son format. Pudique et exhibitionniste, parfois dur, parfois tendre, il berce, stresse, repose et interroge. Comme une météorite qui pénètre l’atmosphère, le double album de Benjamin Biolay illumine l’automne et laissera, c’est certain, son empreinte dans la mémoire collective. (A lire également la chronique de JS) [...]
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