Interview Medi & The Medicine Show
Publié le 11 mai 2009 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Interviews | 3 commentaires »Oubliez Jenifer, Loana ou Denise Fabre. La véritable vedette niçoise de ce printemps est Médi et son Medicine Show. Bien plus proches de certaines valeurs sûres de la capitale azuréenne comme Chinaski ou les Dum Dum Boys, Médi est un personnage à qui la chance sourit constamment. Une rencontre fortuite avec Dave Stewart sur une plage, copain de Charlie Winston ou d’Émilie Simon, l’artiste fourmille de projets et donne le sentiment de se trouver toujours au bon endroit au bon moment. Difficile de résister à son charme et sa faconde, nous voilà en face d’un homme tellement cool, qu’il se pose comme premier véritable concurrent à Fonzie depuis Dick Rivers.
Ça fait longtemps que tu es parti de Nice ?
J’avais 18 ans et je suis venu m’installer sur Paris d’abord, puis je suis allé à Londres, mais j’ai toujours envie d’y revenir malgré tout. On y a joué récemment pour le concert de Charlie Winston et on est surtout revenu le lendemain avec lui au Pompéi (NDLR : l’un des pubs dans lequel il a commencé à jouer). On y a joué pendant cinq heures, c’était plein à craquer, les gens debout, quatre-vingts personnes qui ne pouvaient pas rentrer devant.
Pourquoi cette envie d’y rejouer ?
On sait d’où on vient et on a tellement écumé les bars du Vieux-Nice. On sait jouer de la musique en partie parce qu’on vient d’un endroit où il y avait des bars et où on pouvait jouer. Quand je me balade à Paris, je me demande souvent où est le café-concert où tu n’es pas obligé de payer vingt euros pour aller voir un groupe. C’est pour ça que l’idée de ce soir de jouer dans un bar comme l’UFO, nous on adore. Je ne sais même pas si on va avoir une sono qui fonctionne, on verra bien !
Tu abordes ça très simplement.
Oui, notre groupe il vient de là, de ce genre de truc un peu à l’arrache où tu es forcé d’avoir le meilleur son possible, car il n’y a rien pour t’aider. On aime ces endroits qui transpirent, où on sert de la bière. Les gens n’y viennent pas forcément pour toi donc c’est à toi de les convaincre.
C’est une bonne école finalement.
Oui, du coup quand on joue sur de grosses scènes, c’est dix fois plus simple que d’aller jouer à l’Oxford (NDLR : autre bar du Vieux-Nice) où tu arrives tout seul avec ta gratte. Ils se disent « Nooon, encore un musicien ! » Et tac on y va et à toi de capter leur attention, c’est une très bonne école effectivement.
Donc quand tu es sur scène devant un public un peu froid, ce n’est pas vraiment gênant pour toi ?
Non, car à nous de faire notre boulot de faire en sorte que le public soit avec nous. Si le public reste froid, c’est de notre faute. Des fois tu entends des groupes qui disent « Ce soir ils n’étaient pas très chauds », mais c’est plutôt à nous de les rendre chauds.
Depuis la sortie de ton premier album, tu as beaucoup tourné alors ?
Oui, nous on s’arrête jamais, on a toujours un plan pour faire une première partie ou des dates, en Angleterre ou ailleurs. Finalement, la sortie du premier disque n’était là que pour officialiser notre groupe qui n’avait d’ailleurs pas joué sur l’album que j’avais enregistré quelques années auparavant. C’est quand il est finalement sorti que j’ai rameuté mes potes du Vieux-Nice pour le former.
Quelles sont justement les influences des musiciens du groupe ?
Moi je suis très soul et Motown alors que le batteur et le guitariste sont complètement Stooges ou Velvet Underground et le sax est une sorte de gentleman. Donc le son que l’on fait en ce moment est bien plus le son du groupe que le mien, on y retrouve tout autant leurs influences que les miennes.
C’est vraiment un autre son alors ?
Oui, c’est pour ça que je ne peux pas comparer ce premier disque et celui que l’on va sortir puisqu’ils ne sont pas faits par les mêmes. Quand j’ai rencontré Dave Stewart j’avais 21 ans, c’était une première grosse expérience, mais aujourd’hui je me sens mille fois mieux qu’à l’époque.
Comment avais-tu géré cette rencontre à l’époque ? Elle n’est quand même pas anodine.
Apparemment je n’ai pas pété les plombs. Déjà j’ai une mère, mais aussi des potes qui te ramènent sur terre. Et puis surtout Dave Stewart a été cool aussi. Quand je prenais un peu de recul et que je me rendais compte de l’énormité du truc, il me disait « Il est cool hein le film dans lequel je te fais jouer ? » Il m’apportait donc ce regard extérieur très important. Il me rappelait qu’il venait des banlieues de Sunderland et il sait toujours ce que c’est.
Donc c’est vraiment lui qui te mettait le holà ?
Oui et puis moi je ne me prenais pas non plus au sérieux. Quand je me suis retrouvé à jouer avec U2 pour son mariage, si tu te prends au sérieux, tu pars à la renverse. Du coup, ça me fait bien rire quand je vois des gens qui se prennent au sérieux dans ce genre de milieu. Ça donne pas mal de recul sur ceux qui se prennent pour des stars. Mais je suis super content que ces choses-là prennent du temps, d’apprendre à savoir qui on est, écrire des chansons de mieux en mieux, de tourner, d’avoir un son, c’est même encore pas fini.
Finalement, tu as pris ça comme un simple coup de pouce ?
Ouais, c’est juste une rencontre avec un mec qui à un nom énorme et qui a produit mon album. Et maintenant, je n’ai même pas pensé à le rappeler pour produire mon deuxième album. On est toujours en contact, mais je ne m’accroche pas à ce monde-là. Je suis tombé sur lui, sur la plage à Nice, je n’avais rien demandé.
On a quand même du mal à y croire !
Oui complètement, d’ailleurs à force de la raconter elle devient parfois n’importe quoi. C’est Melvil Poupaud qui m’avait raconté ça quand je l’avais croisé une fois au Festival de Cannes. Il avait entendu dire que j’étais le plombier de U2, dans leur maison d’Eze. Dave Stewart était invité ce jour-là et on avait commencé à discuter du fait que j’étais musicien et m’avait proposé de bosser avec lui.
Et ton nouvel album alors ?
Il s’appellera At last et sera composé de deux EP qui seront finalement chacune l’une des faces du disque. Le premier est enregistré de manière traditionnelle en studio, le second l’a été en une journée de manière complètement live alors qu’on avait dormi une heure et qu’on rentrait d’un concert au Luxembourg. C’est donc ce système qu’on est en train de mettre sur pied de notre côté sur notre label. Mais les maisons de disques commencent à nous approcher.
Elles sont intéressées par l’album ?
Oui, mais elles sont souvent été frileuses à pleurnicher, à dire qu’elles ne vendaient plus de disques. Mais nous on ne s’arrête pas d’être musiciens, on veut produire du son. Mais aujourd’hui je pense de moins en moins aux disques dans les bacs. On n’est plus dans l’ancien temps où les mecs sortaient un 45 tours puis un autre, puis l’album.
Tu as quel regard justement sur l’état du marché du disque actuel et notamment sur la loi Hapodi ?
Je trouve ça débile. Si le gouvernement devait attaquer quelqu’un, ce ne sont pas les mecs à qui on permet de télécharger tout ça, ça devrait être les fournisseurs d’accès. On te donne tous les outils pour le faire et après on vient te punir. On a tellement besoin d’Internet aujourd’hui, les artistes disaient la même chose de la radio il y a quarante ans, alors que maintenant tu n’existes pas si tu n’es pas à la radio.
Il y a pourtant énormément d’artistes qui soutiennent cette loi.
Ouais, mais quels artistes ? C’est Florent Pagny ou des gens comme ça qui se disent « Oh mon dieu, avant je vendais six millions, maintenant je n’en vends qu’un. » Mais les musiciens qui vendent deux cent mille disques vivent bien aussi, ils passent à la radio, ils ont des synchronisations. Ça me fait penser à Diam’s qui avait râlé parce que c’était Kamini qui avait gagné pour son clip aux Victoires de la Musique. Elle avait dit que ce genre de clip à cinq-cents euros était la mort des clips à gros budget. Mais ce n’est pas l’argent qui compte, c’est l’idée ! C’est Coldplay qui en parlant de son premier disque disait qu’il l’avait fait dans un garage et que c’était le meilleur. Et en plus, c’est vrai ! Il y a des mecs comme ça que j’adore, comme Beck qui fait des disques de son coté et s’il n’est pas top, il en refait un.
Certains groupes donnent aussi leur musique comme Radiohead ou Nine Inch Nails.
Là c’est différent, car il y déjà dix millions de personnes qui attendent que ces groupes donnent leur musique gratuitement. Les petits ne devraient pas se demander comment est-ce que je vais vendre le plus de disques possible, mais comment est-ce que je vais faire de bonnes chansons, les jouer et pouvoir le faire pendant des années. Comme nous, on est un peu l’éternel buzz depuis quatre ans, quand les gens viennent nous voir, ils nous disent que finalement est toujours là. Mais on y réfléchit pas on fait juste les choses.
Tu as l’impression d’avoir beaucoup de chance ? Tu es toujours bien entouré, comme par Charlie Winston en ce moment.
Figure toi que je fais quand même la sélection des gens qui restent autour de moi. Aller en Angleterre m’a fait rencontré plein de gens, du coup quand je suis revenu en France ce n’était pas pour me mouler dans la façon de faire à la française. Des gens font les choses très bien en France, mais tu as trop souvent de grosses institutions qui ne le permettent pas. Avec Charlie ça fait dix ans qu’on se connait et qu’on joue ensemble.
Tu as été également guitariste pour Émilie Simon. Ce n’était pas trop contraignant de jouer dans un cadre plus codé, car régi par de la musique électronique ?
On s’est rencontré dans un bar, on a commencé à discuter et elle m’a demandé de venir jouer de la guitare pour une tournée en Allemagne pour laquelle il lui manquait un musicien. J’ai vite remarqué qu’il n’y avait pas de guitare dans sa musique, mais elle voulait justement quelqu’un pour ajouter ce côté bordélique. Sur scène je mettais bien des bons pains, j’étais là pour apporter ce côté sale.
Il y a d’autres groupes ou artistes que tu aimes dans la scène actuelle française ?
Ça ne me vient pas là tout de suite, c’est peut-être assez révélateur. Mais je vais vite parler de Bashung, de Higelin, Gainsbourg, Piaf, Brel, Vian. Le dernier groupe de rock français qui m’a touché finalement c’est Téléphone, mais avec le recul je me rends compte que ce n’était pas très original. L’Hygiaphone est du Chuck Berry, mais ils m’ont bien éclaté quand j’avais quatorze ans.



Une anciene interview de Medi ici
http://www.nouvelle-vague.com/.....oom_id=174
[...] vous l’avais déjà dit, notamment à l’occasion de ma rencontre avec lui, Médi a le bagou. Toujours dans les bons plans, il est copain avec une tonne de musiciens anglais [...]
J’étais hier soir à l’Olympia pour le concert de charlie Winston et donc découverte totale de Medi et son groupe. Ils sont géniaux, grosse ambiance et grande découverte du groupe pour la plupart des personnes qui étaient là.