Java – Maudit Français : l’interview
Publié le 17 mars 2009 | Ecrit par Jean-Sébastien Zanchi | Catégories : Interviews | 11 commentaires »C’est le 27 avril prochain que Java reviendra dans les bacs avec son troisième album Maudit Français. L’occasion de rencontrer une nouvelle fois l’inénarrable chanteur R.wan et le bassiste du groupe Pépouse pour une discussion portée en grande partie sur l’utilisation du folklore dans la chanson française, mais aussi notre manque d’ouverture aux autres.
Comment vous est venue l’inspiration de cette pochette si particulière ?
Java est un vrai groupe. Avec tout le positif, comme la force que l’on a en concert, mais aussi le négatif qui est qu’il n’y a pas de chef. De temps en temps, quelqu’un arrive à se hisser au-dessus en essayant de diminuer les autres, mais ça ne reste jamais longtemps en place. La pochette c’est le batteur qui l’a faite. Au moins, c’est un parti pris, il n’y a pas de concession. De toute manière dans Java, on n’arrive pas à faire un truc qui soit tiède.
Comment se passent justement les prises de décision au sein du groupe ?
On est quand même obligé de faire des compromis sinon on n’aurait pas fait un groupe. On a en plus des gouts très différents, mais lorsqu’on arrive sur scène on a vraiment un truc qu’on ne retrouvera nulle part.
Comment tu choisis tes textes justement, en fonction de tes albums solos ou des albums pour Java ?
Pour les albums solos, je fais ce que je veux, c’est moi le chef. Dans Java les autres peuvent donner leur avis sur les textes. En même temps ils sont très critiques, mais ne proposent jamais rien (rires).
Et en musique tu proposes des trucs ?
Ouais, ouais, c’est un peu moi qui compose les morceaux ! (rires) Non mais bien sûr, le groupe n’est pas du tout cloisonné, c’est un bordel. C’est ce qui fait qu’artistiquement le projet de Java a bien fonctionné. Le groupe répond bien à plusieurs questionnements que certains autres groupes peuvent avoir, comme le fait de chanter en Français. On a fait un projet qui était au départ complètement spontané et instinctif et ça a marché.
Où se situe l’identité de la musique du groupe aujourd’hui ?
On essaye de faire une musique qui corresponde à notre époque, en ayant fait des recherches sur le passé, car c’est important au sein de la mondialisation de ne pas se noyer dans quelque chose de vide et d’avoir nos racines qui sont là pour nous asseoir et pour nous ouvrir sur l’extérieur. On est comme un groupe de rock, sans utiliser les instruments du rock puisqu’on a remplacé la guitare par un accordéon. Et on chante en Français, une langue qui est quand même assez contraignante.
Vous n’aviez pas envie d’aller vers d’autres styles ?
Non ce sont les ingrédients de base. Cet album est quand même différent des autres. On fait de la musique qui doit marcher en concert, qui est assez instantanée et instinctive. Si on voulait faire de la vraie recherche musicale, ce serait dans le jazz ou des musiques plus savantes. Nous on a une recette de cuisine qu’on essaye de faire marcher, tout en étant un petit peu sophistiquée, comme grâce à l’emploi de rythmes ternaires.
C’est important que votre musique soit dansante ?
Oui, qu’on retrouve les mêmes clichés musette récurrents, on s’en fout, autant y aller à fond. Mais il faut surtout qu’on arrive à faire des trucs dansants, c’est ce qu’il manque en France où l’on est super cérébraux. On a tourné avant de faire le disque et on a essayé de garder les morceaux que l’on puisse jouer sur scène, retrouver cette simplicité-là.
C’était la même démarche sur les albums précédents ?
Non, sur le deuxième album pas du tout, il y avait plein de morceaux que l’on était incapable de jouer sur scène, c’était une autre recherche. Comme sur le premier album, il y a des morceaux qui sont très longs, avec énormément de texte. Sorti de France, les gens sont hermétiques à ça, comme on a eu la chance de jouer à l’étranger on s’en est aperçu. Les gens font attention à notre sonorité, il fallait donc simplifier et travailler la musicalité des mots. On a finalement une démarche intellectuelle pour sortir une chose qui est très instinctive.
Et pourquoi mêler autant le folklore français à votre musique ?
Parce que ça fait partie de notre identité. On s’en rend compte quand on va à l’étranger. Il nous manque un vivier où puiser tout ça. J’étais récemment en Bulgarie où il existe une chaine qui ne passe que des chants folkloriques. Alors bien sur c’est ringard, mais au moins on les connaît. On est traversés de manière extraordinaire de choses différentes en permanence qui nous enrichissent. Malgré les grands discours universalistes français et le nombre de productions de world music réalisées en France, on reste dans une sorte de snobisme à regarder tout ça de haut. C’est ce que disait Céline du Français : c’est un être intelligent qui est très malin, qui arrive à comprendre plein de choses, mais est incapable de vivre sa vie.
Parce qu’on ne connaît pas ses racines ?
En effet, on a une population qui est de plus en plus cosmopolite, qui possède ses propres racines, et on est en train de faire une société à l’américaine, communautariste. Dans la musique, les blancs font du rock à l’anglaise, les noirs et les arabes vont faire du rap et chacun se sclérose dans son truc. Alors que tout le monde devrait être influencé par tout le monde. On vit ensemble, on devrait arriver à créer quelque chose de commun.
Tu reviens encore sur Paris dans cet album avec notamment une photographie d’une ville de bobos pas très attirante.
C’est une ville que j’aime beaucoup, c’est pour ça que je suis assez dur avec. C’est une ville qui serait censée être un carrefour culturel, mais c’est au final une vieille dame qui est en retraite et qui vit sur ce qu’elle a fait avant, sur sa rente. Pourtant, Paris n’est pas Venise, ce n’est pas une ville morte, c’est une ville qui est vivante. Mais il manque quand même une sorte de vitalité, il existe une vraie uniformisation. Le ciment de cette ville c’était quand même ses clubs, ses cabarets, ses bars. Mais je ne suis pas nostalgique pour autant.
- La page MySpace de Java
- En concert le 11 mai 2010 au Bataclan
[MAJ] A l’occasion de la sortie de l’album, je rajoute la « e-cover » de Java, un système créé par le site Playlive et qui regroupe écoute de titres, bio, photos, dates de la tournée, etc. Vous en pensez quoi de ce système ?

Excellente interview d’un groupe que je ne connais pas du tout !
bravo, très bon interview puisqu’il m’a donné super envie d’écouter ce nouvel album !
Merci les jeunes. :)
Super ton itw! Ca fait plaisir de retrouver R.wan et Java dans une dynamique toujours aussi sympathique. Comme dit « brice de la nice » ça donne super envie d’écouter leur nouvel album !
Merci merci. :)
Génial ! Me suis permis de linker par ici : http://www.playlive.fm/playlive/band/java/blog …. merci !
Super, merci à toi, Franz !
je vient d’écouter…. excellent, voir génial !!!!sauf le titre » fermer ta gueule » ou là il aurait mieux fait de…..
Très bon système ! C’est le genre de groupe qu’on aimerait entendre parler plus souvent. J’attendais avec impatience leur nouvel album et je suis pas déçu, mais alors pas du tout ! il est très bon, rien à jeter, c’est du JAVA à 100% ! et le concert à l’Elysées était terrible, on était tous à 1m du sol.
JAVA président !
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